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Économie / Chroniques Mekideche

Rationalisation budgétaire et pression salariale :

une équation difficile à résoudre

La semaine dernière, dans ces mêmes colonnes, nous traitions des conséquences de la forte baisse des prix du brut sur les recettes du pays, et notamment sur ses ressources budgétaires. Sauf à être autiste il faudra bien songer à couper quelque part dans le budget de l’Etat. Le mieux aurait été de commencer dans celui de 2015 pour envoyer des signaux clairs à la société et l’économie algériennes.  Mais avant cela, comme première étape, il faudra savoir résister aux pressions multiformes de l’expansion budgétaire. La pression salariale en est l’une des plus sensibles. Est-elle réellement maîtrisable ? Eléments de cadrage.
Sur le timing et l’agenda d’abord. Cela arrive au plus mauvais moment pour les finances publiques du fait des engagements financiers déjà pris et qu’il lui faudra honorer : financement du plan quinquennal 2015-2019 à hauteur de 265 milliards de dollars, incidences budgétaires de l’abrogation de l’article 87 bis de la loi n° 90-11. Ensuite les hypothèses de recettes pétrolières basées sur un prix de baril variant dans une fourchette de 100 à 110 dollars doivent être revues à la baisse puisque assises dorénavant dans un intervalle de variation de 80 à 90 dollars Et cela risque de durer cette fois. D’un autre côté,  les quantités mises sur le marché international ne pourront compenser ce recul car notre production d’hydrocarbures, au mieux, se maintiendra. S’agissant du deuxième membre de l’équation c’est-à-dire celui de l’emploi des ressources la propension à son expansion s’élargit par un effet conjugué résultant de deux séries de politiques publiques : une politique de soutien de la demande (1 603 milliards DA de transferts sociaux, soit 20% du budget et 9% du PIB) et une politique de soutien de l’offre (17% d’augmentation du budget d’équipement, soutien à la production nationale et à la ré industrialisation). En règle générale ces deux volets de politiques publiques ne sont pas mis en œuvre de façon concomitante par les Etats compte tenu de la forte pression budgétaire qu’ils exerceraient les conduisant inexorablement  à l’endettement. Les seules exceptions à cette règle sont le fait des Etats disposant d’une rente. Mais lorsque cette rente a tendance à diminuer notablement (1986, 2008, 2014 dans le cas de  l’Algérie), des arbitrages difficiles devront être faits sinon des conditionnalités externes pourraient être imposées à terme. Aussi ces arbitrages devraient intervenir au plus tôt pour amortir les chocs dans la durée. Il ne faudrait pas attendre par exemple que le Fonds de régulation des recettes(FRR) soit complètement asséché pour agir : il perdra 16,2% de ses réserves d’ici la fin de l’année prochaine passant de 5285 milliards DA à fin 2014 à 4429 milliards DA à fin 2015. Si un consensus semble se construire sur cette nécessaire rationalisation budgétaire, la difficulté résidera dans les conditions de sa mise en œuvre. Examinons alors les marges de manœuvre, dont disposent les pouvoirs publics pour ce faire.
Décomposons le problème en éléments plus simples. On peut ainsi agir soit sur la réduction de dépenses d’équipement soit sur la réduction des dépenses de fonctionnement. Commençons par les dépenses de fonctionnement. Là aussi on pourrait réduire soit le volume des transferts sociaux soit agir sur la masse salariale en termes de rationalisation des effectifs et/ou de prudence salariale. En termes plus directs il s’agira d’arrêter les recrutements dans l’administration et/ou maitriser l’évolution des salaires. Or, à l’épreuve des faits, la pression conjuguée d’un certain nombre de corps constitués (police,  douanes, protection civile) et de quelques syndicats de la Fonction publique est telle qu’il sera difficile aux pouvoirs publics  de ne pas répondre à des revendications par ailleurs légitimes. Ces derniers ont d’ailleurs anticipé pour réduire les tensions sociales. Il restera à éviter seulement le dérapage salarial. Donc la  solution réside ailleurs. Elle est dans la maîtrise et  rationalisation des politiques  transferts sociaux, y compris les soutiens à un certain nombre de produits et de services. Les niveaux de gaspillages et de fuites de produits aux frontières sont trop élevés pour faire, en 2014, comme si de rien n’était. Un débat national devrait être ouvert sur cette problématique qui revêt un caractère d’urgence et de gravité, en y associant la société civile, les syndicats et la classe politique. L’objectif étant de mettre en place deux types de  mécanismes opérationnels.  Le premier visera  à absorber progressivement les écarts de prix relatifs d’un certain de produits et de services subventionnés. Le second  devra permettre d’identifier les groupes sociaux non éligibles à ces soutiens compte tenu de leurs revenus.
Ensuite l’action sur les dépenses d’équipement. Les leçons du management de la construction et de la mise en service  d’un certain nombre de grands projets d’infrastructures publics  devront être sérieusement  tirées. Il ne sert à rien “d’inscrire”, par pur volontarisme, des projets dont on ne dispose ni des études de maturation suffisantes ni des équipes de maîtrise d’œuvre et d’ouvrage adéquates. Cela engendrera des surcoûts importants et des retards de plusieurs années. Au bout du compte on ne saura même pas qui est responsable de quoi.  De même qu’un toilettage sérieux devra être opéré dans la multitude de fonds souvent créés de façon hâtive et oubliés après. A l’inverse les  retards pris dans le soutien à la dotation de facteurs de production au profit d’investisseurs industriels (foncier, permis et autorisations diverses, financement le cas échéant), devront combattus.
En conclusion, ces quelques pistes de travail  montrent bien que le traitement de la question salariale  de la Fonction publique, mais aussi celle du secteur économique, ne peut  se faire de façon isolée mais doit s’intégrer dans une réponse économique et sociale systémique. Cette réponse implique des performances économiques meilleures de la part de la sphère réelle et une administration efficace mettant en œuvre des politiques publiques fondées sur la justice sociale mais au service du système productif national. Les partenaires sociaux, l’administration et les experts auront probablement l’occasion d’en débattre lors de la prochaine Conférence sur le développement économique et social qui sera organisée par le ministère de l’Industrie et des Mines les 4, 5 et 6 novembre 2014. En tout cas j’y serai pour, notamment, faire avancer ces quelques pistes de réflexion.


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