Les pas avancés dans le développement : L’Indonésie
Par : Ahmed BENBITOUREn Indonésie, l’expérience des réformes a été marquée par le régime du patrimonialisme qui a été mis en place par le général Suharto et qui lui a permis de conserver le pouvoir pendant 32 ans.
Mais parce qu’il n’a pas été capable d’avoir un regard nouveau sur le régime qui a consacré son succès économique, il a été contraint de démissionner.
Le régime patrimonialiste se définit comme la situation dans laquelle, le gouvernement a la capacité de fonctionner dans l’intérêt d’une élite, sans beaucoup se préoccuper de la population en général ; parce que la population est marginalisée, supposée pauvre, arriérée socialement et passive politiquement.
Les “politiciens” opèrent à l’intérieur d’un petit cercle d’élites, et la compétition tourne autour du gain en faveur du général Suharto qui détermine l’allocation des récompenses.
Mais ceux qui sont considérés non fidèles au régime, sont réprimés économiquement et politiquement, et même, supprimés dans certains cas.
Le petit cercle d’élites était composé d’économistes, de technocrates, de techniciens et de patrimonialistes (cadres supérieurs de l’armée, cadres supérieurs de l’administration et membres du parti au pouvoir).
Les réformes économiques engagées sous ce régime ont enregistré d’excellents résultats au début : la part des exportations hors hydrocarbures dans les exportations totales est montée de 17,8% en 1981 à 56,9% en 1990 ; alors que celle de la fiscalité pétrolière dans le total des recettes budgétaires est tombée de 62% en 1982-1983 à 27% en 1991-1992.
Donc l’économie est devenue moins dépendante des hydrocarbures et plus diversifiée.
La croissance économique est passée de 2,5% en 1985 à 7,2% en 1990.
C’est tout le contraire de ce qui se passe dans l’économie algérienne : plus de volatilité, plus de vulnérabilité et plus de dépendance durant la dernière décennie.
Cependant, la crise monétaire d’août 1977 en Asie du Sud-Est a touché l’Indonésie. De août 1977 à décembre 1998, l’emploi dans le secteur agricole formel a perdu 1,8 million de postes de travail.
Même si ces pertes d’emplois ont été plus que compensées par la création d’emplois dans le secteur informel (2,8 millions sur la même période), cela n’a pas empêché le déclenchement d’une crise économique grave.
Plus la crise économique s’aggravait, plus la protestation sociale se répandait et plus la situation politique devenait intenable.
Finalement, en mai 1998, une manifestation importante des étudiants, contre l’augmentation des prix du pétrole, a tourné à l’émeute Alors le général Suharto a dû démissionner après 32 ans de présence au pouvoir. Le départ de Suharto a marqué le passage de l’autoritarisme à la démocratie.
La leçon essentielle à retenir de l’expérience indonésienne est qu’un régime, quelle que soit sa performance économique, ne peut survivre, s’il n’adapte pas, périodiquement la base de sa légitimité aux transformations que connaissent l’économie nationale et l’environnement international.
En effet, malgré une meilleure performance économique et une “bonne” gestion centralisée de la corruption et des activités de rente, Suharto a été obligé de démissionner, ce qui a marqué la fin du régime patrimonialiste.
À jeudi prochain pour la suite de notre analyse. Entre-temps débattons sur les meilleurs moyens d’avancer vers un avenir de progrès et de prospérité pour tous les Algériens.
À la tentation du pessimisme, opposons la nécessité de l’optimisme !
A. B.



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