Scroll To Top
FLASH
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

contrechamp / ACTUALITÉS

Dangereuse obstination

Ni le Président ni ses partisans ne sont apparemment arrivés à prendre la mesure de cette revendication populaire, calme mais résolue, pour un changement radical et immédiat.
À moins que, tout en étant conscients de la résolution populaire, ils aient, lui ou eux, préféré prendre le parti de faire triompher la volonté du clan sur celle du peuple. En effet, pendant que les Algériens défilent par millions pour l’appeler à renoncer à un cinquième mandat, Bouteflika se présente, par procuration, au siège du Conseil constitutionnel, avec un cortège de fourgons aux essieux comprimés par le poids des formulaires d’agrément ! On parle de six millions de signatures ! Tout l’État et ses dépendances diverses ont travaillé dur pour lui confectionner un dérisoire moyen d’impressionner un peuple pourtant devenu insensible à ces farces et attrapes qui ont fait le ridicule de notre “démocratie”. Il y a un trop grand écart de méthode, un écart culturel entre, d’un côté, des manifestants en nombre, un peuple qui a fait le choix de l’expression civilisée et de la revendication clairement énoncée et, de l’autre, un régime qui se réfugie dans ses vieilles ficelles faites de subterfuges et de manœuvres.
Et encore ! Il ne recourt ainsi à l’artifice que lorsque les conditions de la répression, son langage naturel, ne sont pas réunies.
En fait, on peut bien voir qu’au-delà des dispositions tactiques qu’il a prises, le pouvoir est enfermé dans son refus de céder à la demande de la population. Très probablement parce que Bouteflika ne peut pas souffrir l’affront d’assumer l’idée d’un rejet populaire. Cela fait vingt ans qu’on lui témoigne de sa prééminence naturelle sur des concitoyens qu’il a un jour menacés de “les laisser à leur médiocrité” s’ils ne lui donnaient pas une “majorité
écrasante”.
Dès son avènement, des ambitions venues de tous horizons, du sérail traditionnel comme de l’opposition, se sont bousculées pour venir faire allégeance au Président qui avait promis du pouvoir et des privilèges pour tous. Devant l’affluence opportuniste, il a fini par croire que, pour son emprise, il lui suffisait d’entretenir cette cour chaque jour élargie par l’empressement que suscite une trésorerie sans cesse croissante. Le résultat en a été une dépolitisation du pouvoir ; il n’y a plus qu’une autorité unique et des personnels “politiques” qui avaient abandonné leurs programmes et principes à l’entrée du régime.
Il est utile, à l’heure des dérobades, de rappeler que si le régime convient certainement à une conception bouteflikienne du pouvoir, il n’est pas l’œuvre du seul Bouteflika. C’est tout le système de “démocrature” qui est rattrapé en pleine crise de survivance par une prise de conscience qui, comme par miracle, a concomitamment éclairé le peuple dans son “écrasante majorité”. Le régime s’aperçoit soudain que les coteries et les clientèles ne peuvent alors plus le prémunir de la colère populaire !
Par ce fait qu’il n’ait jamais envisagé le réveil populaire qu’il est en train de subir, il est probable qu’il compte sur un essoufflement à brève échéance de la contestation. Son obstination conservatrice sera alors porteuse de gros risques.


M. H.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER