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contrechamp / ACTUALITÉS

De la résistance en Amérique

Tocqueville, qui inspire la forme de ce titre, avait entrevu les faiblesses du système américain malgré le raffinement du dispositif démocratique institutionnel. Le déclin moral universel n’épargne pas l’Amérique.
C’est donc bien démocratiquement qu’il s’en empare à travers l’accès de Donald Trump à la Maison-Blanche. Mais la partie de l’opinion américaine qui appréhende l’aventure Trump est quand même entrée en rébellion. Non pas qu’elle conteste la légitimité démocratique du quarante-cinquième président des États-Unis, mais parce qu’elle refuse le résultat. Qui aurait cru qu’en Amérique, l’on arriverait un jour à espérer que des “grands électeurs” se ravisent de respecter le choix pour lequel ils ont été élus ou que l’on s’efforcerait de chercher un moyen de disqualifier le scrutin, en sollicitant le recomptage des voix dans certains États ou en invoquant l’intervention cybernétique russe ?
Faute de pouvoir interrompre le processus électoral et de violer ainsi une Constitution fondatrice de l’identité américaine, une partie de l’Amérique agissante organise la résistance contre un dangereux effet de cette démocratie. Et comme il s’agit de la première puissance économique et mondiale, l’inquiétude est partagée un peu partout dans le monde. Aux premières heures du règne Trump, le refus de cette dérive américaine s’exprime dans la plupart des pays démocratiques.
On l’a observé, ces dernières années, dans d’autres pays démocratiques, en Hollande, en Autriche et ailleurs, lorsque les forces politiques remettant en question les valeurs des sociétés libres sont sur le point de s’imposer, il s’y produit comme un sursaut de sauvegarde démocratique. Pas toujours à temps, cependant.
Dans cette élection présidentielle, beaucoup d’Américains ont cédé à la tentation nationaliste. Il n’est pas question, ici, d’expliquer la manière dont un richissime homme d’affaires sans références politiques a pu convaincre une majorité d’électeurs que leur salut est dans le repli sur eux-mêmes, mais il serait excitant, “exciting” comme ils disent, d’observer comment un peuple a toujours considéré l’Amérique comme sa maison et le monde comme son terrain de jeu va se convertir à cette stratégie de l’enfermement. Il serait surtout curieux de voir comment il réagirait à la découverte de ce fait que le protectionnisme, même en supposant qu’il crée un surplus d’emplois, lui rendra la vie autrement plus chère qu’elle ne l’est déjà.
Plus grave encore, ce recul social d’“ouvriers” et de paysans de l’Amérique profonde, qui ont porté Trump au pouvoir et qui ne veulent plus voir ses “boys” mourir sur de lointains champs de bataille, seront surpris de voir qu’“America First”, c’est moins d’importation, moins de fuites de capitaux, moins d’immigrés, mais plus de méfiance et de tensions.
Le nationalisme, ce n’est pas vraiment la prospérité. Mais pire, “le nationalisme, c’est la guerre”, comme le résume la fulgurante formule de François Mitterrand.

M. H.


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