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Élection : le sur-mesure législatif

À force de triturer la Constitution, les lois et les règles pratiques des élections, le pouvoir lui-même ne voit plus clair dans la manière de conduire le scrutin.
À un peu plus de deux mois du scrutin législatif, le parti-État, comme l’appelle son secrétaire général, ne sait pas encore si ses ministres doivent se présenter et si, dans ce cas, ils doivent démissionner de leur poste ou se limiter à s’en éloigner le temps de la campagne et du vote. Il sait encore moins si le Premier ministre peut se présenter aux législatives ou si, pour cela, il doit s’en référer au Président “parce qu’il est Premier ministre et pas seulement ministre”.
En fait, les ministres eux-mêmes hésitent entre la candidature pour un siège de député qui les prémunirait contre l’incertitude d’un remaniement post-législatif et la conservation d’un poste et d’un statut gratifiants mais, par nature, précaires. On peut donc raisonnablement penser qu’“un tiens vaut mieux que deux tu l’auras”, particulièrement sous le régime actuel.
Mais il n’y a pas que du côté du pouvoir que le personnel politique vit l’angoisse des incertitudes nées de l’approximation légale et de l’imprévisibilité de leur mise en pratique ; l’opposition a aussi ses inquiétudes. Comme ces responsables de parti qui ont demandé au président de “la Haute instance indépendante de surveillance des élections”… d’abroger l’article 37 de la loi électorale les contraignant à obtenir 4% de voix exprimés pour pouvoir se présenter au scrutin futur. Il faut croire que, même quand ils ne croient pas beaucoup à leurs chances, nos politiciens restent prévoyants. Pour les perdants programmés, le salut est dans la participation.
Un peu comme le leader d’Ahd 54, probablement le candidat à la présidence le plus régulier depuis l’institution du pluralisme en Algérie. Fawzi Rebaïne vient de se déclarer résolument contre la politique de “la chaise vide”. Pourtant, comme la plupart de ces nombreux intermittents de la politique que compte notre “démocratie”, le chef d’Ahd 54 disparaît au lendemain de chaque élection pour ne réapparaître que la veille de l’élection suivante. Le paysage politique saisonnier compte ainsi des dizaines de sigles submersibles qui émergent de scrutin en scrutin pour remplir leur fonction de figurants électoraux. Entretemps, il n’y a pas que les chaises qui sont vides. C’est toute la vie publique nationale qui brille par sa vacuité.
C’est étonnant cette addiction à des élections politiquement inutiles de la part de  professionnels de la candidature ! Une accoutumance telle que l’idée d’en être privés les effarouche. L’article 37 de la loi électorale, brandi comme une menace de disqualification définitive, semble en rajouter à cette crainte.
Pourtant, si notre législation “politique” avait quelque constance, c’est bien sa variabilité.  Dans notre “démocratie”, c’est la politique qui structure le cadre institutionnel et non l’inverse.


M. H.


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