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“Hirak”, enjeu global et enjeux catégoriels

Dix jours après son déclenchement, les magistrats ont mis fin à leur grève. Le public, qui voyait déjà le monde de la justice enfin engagé dans une démarche d’émancipation politique, est surpris par cette rapide issue.
Il faut dire que le SNM et tous les “leaders” du corps de la magistrature n’ont rien fait pour réfréner l’illusion révolutionnaire qui s’est formée autour de leur action. Après l’intervention de la gendarmerie dans l’enceinte de la cour d’Oran, un membre de la Cour suprême, le secrétaire général du syndicat et un représentant du “Club des magistrats” ont, tour à tour, dédié cette action, originellement motivée par des revendications professionnelles, à la cause de l’indépendance judiciaire.
Les étudiants n’ont pas manqué, hier, de consacrer l’essentiel des slogans de leur trente-septième mardi au soutien des juges et procureurs en lutte pour leur libération et à la dénonciation des actions répressives survenues dans certaines juridictions. On comprend alors que ce revirement de situation ait affecté des citoyens qui voyaient dans cette démarche un renfort appréciable pour le mouvement populaire. Au point que beaucoup s’en veulent d’avoir cru, un temps, à une revendication portant sur le statut politique de l’institution judiciaire. à la vérité, l’incarnation syndicale d’une revendication politique ne peut être elle-même que le fruit d’une méprise, dans le contexte de syndicalisme rentier qui est le nôtre, un contexte qui ne déteint pas sur l’expression sociopolitique du seul monde judiciaire. Avatars de l’UGTA et des “organisations de masse”, les syndicats actuels de la Fonction publique et du secteur économique d’État ont du mal à s’affranchir de leur condition de dépendance institutionnelle. Ils fonctionnent sur la base de pactes dont l’objet dépasse la relation sociale et institutionnelle pour prendre, tacitement bien sûr, des contours politiques.

En voici sommairement les termes : les revenus proviennent de la rente et, pour les mériter, il faut participer au maintien de la pérennité du régime rentier. C’est d’ailleurs dans cet esprit de captage politique du maximum de catégories sociopolitiques que le pouvoir s’emploie à empêcher le développement d’autres sources de richesse que la rente, comme l’entreprise et le travail par exemple. Il explique aussi l’attachement viscéral à la “valorisation” des hydrocarbures !
Mais, à l’occasion, l’opportunisme corporatiste n’hésite pas à profiter des difficultés du régime. Observons comment, dans les conditions actuelles de revendications sociétales, les initiatives syndicales, amalgamant requêtes socioéconomiques et doléances politiques, fleurissent, dans les secteurs de l’éducation et de l’énergie, notamment. 
Ce conservatisme culturel qui influe sur la sociologie des organisations : le pouvoir y est conçu comme le lieu de négociation entre intérêts catégoriels et intérêts politiques. Partis, associations, syndicats y souscrivent et fonctionnent comme parties d’un système négociant avec le centre du système. 
Le hirak, comme démarche révolutionnaire aspirant au changement de système, ne peut pas s’attarder à évaluer la contribution catégorielle à un mouvement global. C’est la seule santé du mouvement populaire global qu’il faudrait donc surveiller. Car le système changera dans son intégralité ou ne changera pas.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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