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contrechamp / ACTUALITÉS

Le mauvais choix au mauvais moment

On ne se l’est jamais représenté intellectuellement, sauf peut-être dans des laboratoires de prospective : une épidémie d’une maladie qui n’a ni remède ni vaccin.
Et puis la première fois qu’on le conçoit, c’est parce qu’on y est déjà. On a alors du mal à se glisser dans un contexte de vide où l’on ne peut plus faire la plupart des choses que l’on faisait jusque-là mais où l’on peut faire ce qu’on veut de son espace de réclusion. Chassé de l’espace général, refoulé dans son espace privé.
Imaginons l’état d’esprit d’un dictateur, individuel ou collectif, qui endurait un soulèvement, même pacifique, depuis plus d’un an et qui découvre un espace public entièrement dégarni des foules insurgées qui régulièrement venaient réclamer la fin de son règne. Le vide et le silence que toutes les répressions n’ont pu, auparavant, imposer s’étalent enfin sous ses yeux. Le régime peut-il alors être tenté d’exploiter les circonstances pour organiser la répression préventive d’un retour post-épidémie à la contestation politique ? Et serait-il alors tenté d’affaiblir les potentialités revendicatives du mouvement populaire en sapant ce qui lui paraît être le ressort humain de ce mouvement ?
On ne peut que le penser au vu du durcissement de la répression judiciaire qui, ces derniers temps, se précise. La mise en détention provisoire de Khaled Drareni, outre qu’elle porte à trois le nombre de journalistes aujourd’hui emprisonnés, atteste de ce fait que le pouvoir appréhende le confinement physique nécessaire de la population comme une opportunité d’étouffement de l’expression politique et citoyenne. Ce confinement, salutaire pour une population que le virus traque, s’avère négativement profitable pour un régime que la contestation populaire menace. Ce recentrage autoritaire manifeste est particulièrement navrant que la menace épidémique qui pèse sur la société a eu pour effet de suspendre la contestation politique et d’orienter l’attention générale sur le péril vital qui pourrait rapidement nous submerger. Dans des conditions où le fonctionnement correct des tribunaux devient impossible, du fait même de l’épidémie, qu’est-ce qui peut justifier ce regain d’activité judiciaire ? Est-ce de l’intérêt du droit que la justice agisse dans un contexte qui la contraint matériellement à tenir ses procès dans un quasi-huis clos ?
Ce qui se passe autour des affaires judiciaires liées au mouvement citoyen n’aura certainement pas d’effet sur l’avenir post-épidémie du hirak, tant il est établi que le mouvement ne dépend pas de la situation ni de la volonté de quelque activiste en particulier. L’horizontalité est le secret de sa vitalité et de son “ irrépressibilité”. Il aura cependant l’effet de démoraliser des pans entiers de la société qui auraient préféré s’investir dans la tâche de sauvegarde nationale que nous impose le fléau du coronavirus plutôt que d’être perturbé par cet usage politique malsain d’une catastrophe sanitaire. Dans sa précipitation répressive, le régime se semble avoir choisi, ici, ni la bonne méthode ni le bon moment.

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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