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contrechamp / ACTUALITÉS

Libérer la mosquée

Rituel immuable, la télévision publique a retransmis “salat el-Aïd” à partir de la mosquée où le président par intérim a accompli sa prière.

Ceux qui n’étaient pas à la mosquée pouvaient… regarder la prière “officielle”. Et ils n’ont sûrement pas manqué d’avoir une pensée pour ces habitués du premier rang qui, cette-fois, manquaient à l’appel. Certains, parmi ces virtuoses de la corruption, du détournement, du blanchiment et autres transferts illicites, n’en avaient raté aucune depuis près de vingt ans. Dans notre souvenir, l’image est intacte : la tête inclinée vers l’avant, le cou rompu par l’intensité du recueillement, les yeux dans leur giron, ils se forcent à cette attitude méditative jusqu’à la fin d’une cérémonie ponctuée par des vœux chuchotés, ultime signe d’une humilité théâtrale de leur maléfique puissance. 
En Algérie, comme dans tous les pays musulmans, ce ne sont pas les partis religieux qui ont inventé la pratique de l’enfumage “spirituel” des masses. Ce sont les pouvoirs survenus avec la décolonisation, et originellement établis sur la base de légitimité traditionnelle, nationaliste, révolutionnaire, qui ont voulu précéder les forces islamistes dans l’usage manipulateur de la foi.
Quand la politique se drape de religiosité, les apparences sont tellement trompeuses que, dans le cas algérien, la plus grande partie de la sainte vitrine du régime se retrouve en prison. Sévir en bande, détourner en bande, puis prier en bande. Et, le cas échéant, rendre des comptes en bande. Un Tartuffe collectif.
Si les politiciens ont inventé la bigoterie d’État, les hommes de religion ne sont pas en reste pour ce qui est d’instrumentaliser la foi de leurs ouailles. Devant la tentation d’intérêts bassement terrestres, se révèle à eux leur nature vénale qui les pousse à mettre leur influence au service du pouvoir politique. Des imams syndiqués, c’est une force de négociation !
Si, pour plusieurs raisons, les partis islamistes n’ont pas réussi à s’emparer du pouvoir total, il reste que la religion reste une source importante d’autorité et d’influence dans la société et dans les institutions. Le pouvoir en tient compte : il verse dans le populisme bigot pour se rapprocher de la masse pieuse et y étendre son ascendant.
En terre d’islam, la religion hypothèque le développement politique des peuples par sa collusion avec les régimes totalitaires qui y sévissent.
L’imam d’une mosquée de Constantine qui a consacré son prêche de l’Aïd à dénigrer les manifestations et les manifestants du vendredi a fait littéralement fonction de commissaire politique du régime. C’est caractéristique des dictatures : elles tendent à tout transformer, dans l’État et dans la société, en outils de propagande : école, médias, sport, culture et… culte. 
Mais dans l’événement, somme toute courant, c’est la réaction du fidèle qui a un caractère historique. Elle illustre un des triomphes de la révolution pour la citoyenneté à laquelle nous assistons, pour quelques-uns, et participons, pour la plupart. Elle est en train de “tout” libérer : les symboles, le patrimoine, les institutions, l’école, les médias et… la mosquée. Elle doit les libérer de cette exploitation privée qui touche même le sacré !


M. H.

musthammouche@yahoo.fr


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