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contrechamp / ACTUALITÉS

Révolution et contre-révolution


La nuit porte conseil. À moins que ce ne soit le conseil qui se tient la nuit. Moins de vingt-quatre heures après la diffusion du “sermon du mardi” de Gaïd Salah, il a fallu émettre un complément de discours pour modérer les appétits autoritaires qu’il avait manifestés dans la première version.

La question qui se pose est de savoir si ce rafistolage répond à une préoccupation de communication trahie par le montage vidéo originel ou s’il s’agit d’un réajustement politique à la suite d’un élan verbal qui, clairement, a révélé une volonté de détournement autoritaire du mouvement populaire. Et cela, au profit d’une option clanique interne au régime. 
Dans la version première de son allocution, et où les arguments complotistes soutiennent l’arme de la menace, le chef d’état-major a fait montre d’une nette volonté de forcer le passage devant sa “transition constitutionnelle”. Une volonté telle qu’il n’est pas exclu que le président qui doit être élu à l’issue de cet intérim serait déjà connu. Et que ce ne serait plus alors à l’ANP d’accompagner le peuple dans sa démarche, mais l’inverse.
Selon ce discours initial, le peuple devait justement renoncer à toute “généralisation” dans sa revendication de rupture et cesser de délégitimer les institutions d’intérim. À se demander ce qu’il lui restera, sinon marcher en silence, suivre le feuilleton de procès de corrompus et corrupteurs, avant d’aller voter le 4 juillet.
Mais, finalement, après avoir indiqué, dans un premier temps, que l’armée allait accompagner le peuple, un peu en le prenant par la main, voici précisé qu’elle rappelle son engagement “à préserver les nombreux acquis et réalisations de la nation, ainsi que l'accompagnement du peuple et de ses institutions à travers la mise en œuvre des solutions possibles” et surtout qu’elle approuvera “toute proposition constructive et initiative utile allant dans le sens du dénouement de la crise et menant le pays vers la paix” ! On s’est apparemment aperçu que c’est plutôt le raidissement annoncé la veille qui était porteur de risques !
Mais la révolution n’est pas accomplie. Même si certains clans du régime sont définitivement anéantis par le mouvement du 22 février, ce qui reste de ce régime continuera, et on le voit dans les allers-retours du chef d’état-major entre “accompagner le peuple” et “défendre la Constitution”, à tout faire pour dévoyer cette révolution au profit d’une restauration conservatrice. Les ingrédients de cette résurrection réactionnaire sont encore là : les partis de la coalition, après avoir craché sur leur passé bouteflikien, sont prêts à “participer à la transition démocratique”, même conduite par un autre clan du système, et les entrepreneurs du FCE, qu’on croyait la tête sous la couette, viennent de “saluer la position de l’institution militaire” et de lui exprimer “leur soutien pour garantir la stabilité et la réussite de la transition, en vue de sauvegarder la sécurité… du pays et des citoyens dans cette étape historique que vit l’Algérie”.  
La révolution est un processus complexe, laborieux et pénible parce qu’elle part de rien pour tout changer ; la contre-révolution est chose plus aisée parce qu’elle était là, préexistante à la révolution.


M. H.

musthammouche@yahoo.fr


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