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contrechamp / ACTUALITÉS

Un fleuve pas facile à détourner

En contemplant la prestation politico-festive au pied des pyramides de nos supporters aéroportés, on est bien obligé de constater que, malgré ses efforts, le pouvoir n’arrive décidément pas à détourner le fleuve de la révolution populaire. Oscillant entre manipulation et répression, en effet, il sévit les mardis et vendredis et manœuvre les autres jours de la semaine. Ces derniers temps, c’est l’excellente prestation de l’équipe nationale en Coupe d’Afrique des nations qui lui a offert l’opportunité de tenter de renvoyer les supporters des Verts à cette passion qu’on croyait si anesthésiante. Or, même s’ils ne se font pas prier pour fêter chaque victoire de leur équipe, ils n’omettent plus jamais de rappeler, le vendredi suivant, l’exigence de changement qu’ils crient depuis le 22 février ! Vendredi passé, ils ont même créé une nouvelle chanson-slogan pour dire que le football ne va définitivement plus les distraire de la défense de leur avenir. Hier, au Caire, ils ont scandé, entre autres messages, le slogan qui a valu un an de prison à l’un d’eux.
En émettant un communiqué de ses propres services pour annoncer l’affectation d’une flotte de six avions au transport d’un renfort des spectateurs pour le soutien de Verts vers l’Égypte, le ministère de la Défense nationale a tenu à exprimer le fait qu’il n’est plus, là, dans un simple rôle logistique, mais qu’il est à l’initiative politique de l’opération. L’action est significative d’une nouvelle posture : la direction de l’armée fait de la politique, ce qui est un fait observé, mais elle fait aussi son marketing politique. L’enjeu, pour elle, est que cet effort pour la maîtrise politique de la foule n’apparaisse pas comme un élément de stratégie contre-révolutionnaire. Le pouvoir s’efforce de survivre au “hirak”. Et pour cela, il doit apparaître comme un régime nouveau, différent du régime Bouteflika, et même opposé à lui. C’est pour cette raison qu’il ne peut, par exemple, pas assumer le recyclage des appareils politiques et sociaux qui ont permis à Bouteflika et à sa bande, au sens large, de sévir si durablement contre le pays et le peuple. Le premier signe formel de cette prudence, de cette attitude consistant à s’éviter la fréquentation de cercles à mauvaise réputation, c’est l’éviction des partis de l’alliance de la présidence de l’Assemblée nationale. Au profit de la mouvance islamiste, ce qui est le signe d’un autre élément de stratégie : le rapprochement avec la mouvance islamiste, dans la logique de la jonction islamo-conservatrice dont le pouvoir actuel se revendique clairement. Pourtant, et comme vient de le montrer l’UGTA à travers sa branche universitaire, le Cnes, les forces de l’ancien régime, pour l’heure contraintes de se tapir devant le désastre auquel elles sont associées, relèvent le nez, en toute occasion, pour dire au pouvoir leur disponibilité à repartir pour une nouvelle ère de dictature et de prébende. Mais l’affront d’une franche restauration du régime serait trop risqué.
Pour le moment, le pouvoir doit se contenter du soutien des éléments conservateurs qu’il arrive à présenter comme étant parties prenantes du mouvement populaire. La réhabilitation de ses alliances classiques devra attendre la dissipation programmée du mouvement. Ce qui ne semble pas près de survenir.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr 


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