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#LibertéVENDREDI (Contribution pour la Rédaction Numérique)

A propos d’une polémique : vacances scolaires raccourcies puis rallongées

©D.R.

Ma vocation n’est pas de supporter les uns ou les autres, comme dans un stade. Certes, je suis un fan de football, mais ici ma fonction est de réfléchir. Pour l’école, j’ai personnellement une vision qui ne correspond pas aux canons dominants, traversés par les bruissements néolibéraux.  L’histoire des vacances raccourcie puis absurdement rallongée est l’affaire d’une ministre désignée, marquée par les jeux du discours unilatéral et trop peu démocratique du gouvernement qui prend des décisions sans un travail de concertation préalable. Sa position par rapport à un dossier grave, celui de la retraite par exemple, participerait d’un choix idéologique, néolibéral. J’aurais aimé, comme beaucoup de parents et d’élèves, être associé à une discussion sur cette question de la réduction des vacances scolaires. Mais non, nous serions encore peu mûrs pour être associés à un débat. On recourt à un discours scientiste caractérisé par de grosses failles pour justifier des mesures absurdes. Ainsi, la « science » est convoquée à toutes les sauces, comme si nous étions revenus à l’illusion positiviste du dix-neuvième siècle. On parle aussi de « critères » internationaux sans nous dire lesquels, cultivant le mythe d’une action « moderniste » en évitant de définir les termes ou d’expliquer les enjeux. On n’arrête pas de convoquer les territoires étrangers quand ça les arrange, mais ici, la France, par exemple, est exclue, par un enchantement paradoxal, parce que là-bas, les vacances d’hiver et du printemps sont longues (15 jours pour chaque période). On diminue davantage les élèves qui seraient inaptes à penser pour rendre responsables les enseignants qui seraient de fieffés manipulateurs dont l’objectif serait tout simplement mercantile. Le même motif avait été employé par le ministre du travail, soutenu d’ailleurs par la ministre de l’éducation, pour culpabiliser les travailleurs qui chercheraient à bénéficier de la retraite anticipée pour trouver un autre boulot sans interroger les conditions sociales de beaucoup d’entre eux qui sont déplorables. On ne sait pour quelle raison dès qu’apparait un point de vue différent, on crie au complot et à la manipulation. Une sorte de paranoïa gagne les tranchées du discours dominant, soutenu par les effluves répressifs de la puissance matérielle, dès qu’on prend la liberté de se délivrer d’un espace sacralisé, voix unique, monologique, qui impose ses vues à des contradicteurs qualifiés d’ « archaïques », de personnes qui incarneraient « la famille qui recule », de « champions de l’immobilisme », l’impératif est de rigueur et le vocabulaire policier prend le dessus. On fait appel à des « experts » souvent désignés par des espaces qui n’ont absolument rien à voir avec le sujet. Les clichés et les stéréotypes, les arguments d’autorité marquent le discours des supporters de deux camps, les supporters de la ministre de l’éducation et les autres, comme si nous étions dans un stade ou dans une salle de boxe. Le discours de Lacheraf sur l’école est tout à fait différent, il est marqué par de solides fondements philosophiques et un travail sérieux de questionnement du terrain (état des lieux). Il n’a nullement oublié le fait que l’école est lieu et enjeux de luttes idéologiques. Certes, il a démissionné (il n’a pas été limogé, comme cela avait été dit), c’est vrai que l’auteur de « Algérie, Nation et société » était un véritable intellectuel, un homme d’expérience qui avait le soutien de Boumediene, ce qui est essentiels dans des systèmes autocratiques.

Le débat devrait aller au fond des choses, interroger la place et la fonction de l’école dans la société, partir obligatoirement du point nodal qu’est un projet de société, un pacte national qui associerait toutes les franges et les forces de la société. L’histoire de la réduction des vacances scolaires pose le problème de l’aphonie caractérisant la relation entre les pouvoirs publics et la société profonde. Ce n’est qu’un épiphénomène. Ces sorties des élèves posent avec acuité la nécessité de redéfinir les relations de la société avec les espaces institutionnels et de mettre en œuvre une véritable concertation qui pourrait le point de départ à une refondation sociale, culturelle et politique et à la mise en œuvre d’un système réellement républicain.

Ahmed CHENIKI

Contribution pour la Rédaction Numérique de "Liberté"

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