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Contribution

Approche pour une relance économique

Depuis la baisse des cours du pétrole sur le marché mondial, notre pays, l’Algérie, se trouve confronté à des déséquilibres macroéconomiques qui risquent d’assécher les réserves en devises et de réduire les ressources en monnaie nationale dont il dispose si des mesures urgentes ne sont pas prises dès maintenant pour des résultats dans cinq ans au minimum. Nul besoin de démontrer encore par des chiffres et des indicateurs cette tendance au tarissement des excédents financiers qui servaient à alimenter nos réserves de change et notamment le fonds de régulation des recettes, ceci a déjà fait l’objet de rapports d’institutions financières nationales et internationales, et évoqué largement lors d’interventions publiées par des experts.
Il faut juste souligner que cette tendance semble s’inscrire dans la durée vu les perspectives du marché mondial du pétrole s’orientant vers une offre abondante influant inéluctablement sur le cours de cette matière. Il est clair qu’en maintenant les niveaux de production pour éviter une reprise des cours à la hausse vise principalement à mettre un frein à la production des pétroles non conventionnels. D’autres facteurs favorisant cette surproduction de pétrole est le ralentissement de la croissance mondiale, les enjeux géopolitiques (affaiblissement des pays pour raisons idéologiques), l’accroissement de la production dans certains pays tels que l’Iran, l’Irak, l’entrée de nouveaux producteurs et les économies d’énergie grâce au développement de nouvelles technologies (30% à l’horizon 2025).
Certains pays de l’Opep, dont l’Algérie, éprouvent des difficultés à imposer un plan de réduction de la production tant les objectifs des membres diffèrent d’un pays à l’autre. Nous assistons ainsi impuissants à cette dégringolade des cours. Cette situation est propre à tout pays dont l’essentiel de ses revenus provient d’une seule matière première, particulièrement du pétrole. Nous voyons donc qu’il y a un risque de subir une baisse des cours parce qu’il y a des enjeux politiques et géostratégiques qui influent sur les décisions de l’Opep. Aussi il convient de se préparer et d’agir en vue d’empêcher toute atteinte à nos objectifs de développement.
D’où la nécessité pour notre pays d’envisager de réduire notre dépendance des recettes d’hydrocarbures non pas seulement en termes de substitution par d’autres recettes mais en rationalisant les dépenses budgétaires et en procédant à la mise en œuvre d’une véritable politique de substitution à l’importation. Ce qui va suivre portera sur la capacité et les mesures à adopter pour relever ce défi.
Il y a lieu tout d’abord de réformer le système des subventions budgétisées qui représentent environ 20 milliards de dollars. Les autres subventions non budgétisées sont de l’ordre de 20 milliards de dollars, soit un total d’environ 40 milliards de dollars qui sont supportés par l’État, avec comme résultat des produits et des services qui ne reflètent pas les coûts ou les prix internationaux.
Nous avons toujours su que les subventions ont été mises en place pour aider les citoyens à bas revenus, mais la réalité est que tout le monde en profite, y compris les multinationales présentes dans le pays et les contrebandiers qui revendent les marchandises dans les pays voisins. Au plan national, ces subventions ne s’inscrivent donc pas dans la logique d’une justice sociale quant à la redistribution équitable des ressources. Toutes les formes de subventions directes ou indirectes sont connues, je voudrais juste signaler que ces subventions n’ont pas rendu service au citoyen à l’exception de recevoir un gain sans effort, ce qui engendre évidemment chez lui un sentiment d’assisté. C‘est tout le sens du dicton suivant : “Donne un poisson à un homme, il fera un repas ; apprends-lui à pêcher, et il mangera toute sa vie.” Or, en économie c’est le travail qui crée la richesse, d’où l’absurdité d’un tel mécanisme de redistribution institué en dehors des règles élémentaires des lois du marché et du travail. Si ces subventions étaient justifiées au début des années post-indépendance ou alors systématiques dans un régime “socialiste”, elles n’ont plus leur raison d’être aujourd’hui avec l’ouverture économique de notre pays. Toutefois, la suppression de ces subventions ne pourra se faire sans qu’il y ait une véritable refonte de la politique de redistribution équitable des ressources.
Même si elle venait à faire l’objet d’une décision politique, ce qui dans les conditions actuelles n’est pas envisageable, une vision simpliste de la solution à cette problématique, à savoir supprimer les subventions graduellement et par étapes en vue d’amortir le choc de la hausse des prix des produits, risquerait de se heurter à des obstacles de nature sociale dont les conséquences constitueraient une menace pour la stabilité du pays. L’autre solution consisterait à agir en vue d’épargner le pays des risques de troubles sociaux et qui permettrait de mettre progressivement en place une politique budgétaire ainsi qu’un système financier et monétaire rationnels conformes aux principes et aux règles propres à une économie de marché et mondialisée, et à un État de droit. Parmi les actions à entreprendre, il conviendrait de mettre en œuvre une campagne nationale de sensibilisation des citoyens sur l’urgence d’une réforme des mécanismes des subventions en mettant l’accent sur l’utilité d’une telle démarche au plan de la justice sociale et d’une meilleure utilisation des ressources qui viseraient notamment à améliorer l’accès à l’éducation et à la formation professionnelle, à faciliter l’accès à la santé et à protéger et aider les personnes vulnérables et à bas revenus. Ces actions devront être soutenues par des investissements dans les secteurs concernés. Des réformes devront être engagées pour permettre des transferts de charges au sein du budget de fonctionnement de l’État, et dégager des ressources pour les mettre au service de la production dans les secteurs public et privé, notamment à travers des investissements directement ou indirectement productifs. Parmi ces actions citons celles visant à lutter contre la corruption, à mettre un frein à l’informel et à l’évasion fiscale qui avoisinerait 5000 milliards de DA soit 50 à 60 milliards de dollars et la récupération budgétaire des transferts sociaux à travers la suppression des subventions, y compris sur les carburants qui ont représenté 14,4 milliards de dollars en 2013. En ajoutant le gaz et l’électricité, ce chiffre passe à 20 milliards de dollars. Il devient évident qu’une telle situation devient intenable sans mettre en péril les équilibres financiers. Une récupération de près de 10 000 milliards de DA est réalisable à travers ces actions de rationalisation des ressources budgétaires.
Ensuite, il y aura lieu de procéder à une révision du pouvoir d’achat pour le mettre en adéquation avec une politique de vérité des prix ;  il n’y aurait plus lieu de maintenir un salaire minimum inadéquat à partir duquel sont calculés les salaires qui sont distribués aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé. Dans une économie de marché ouverte à l’international, les prix intérieurs doivent approcher les prix internationaux, même si les salaires sont inférieurs par rapport à ceux distribués au plan international, ce qui pourrait représenter un avantage pour un pays exportateur de produits finis ou manufacturés, donc concurrentiels sur le marché international.  En fait, un premier pas vers une amélioration du pouvoir d’achat a été opéré à l’occasion de la suppression de l’article 87 bis du Code du travail. Cette mesure qui touchait les bas revenus se situant en deçà de 18 000 DA, n’a pas été couplée avec un premier pas important dans la suppression graduelle des subventions, excepté pour certains produits (sous forme indirecte d’augmentation des taux de TVA et autres taxes) comme les carburants et l’électricité, deux produits subventionnés par l’État.
Par ailleurs, il faudra aller plus loin en réduisant les disparités salariales tant l’écart entre le Salaire national minimum garanti (SNMG) et le salaire qui se situe en haut de la pyramide est important. Ceci crée évidemment des distorsions dans le marché du travail entre les entreprises et les secteurs d’activité qui ont pour conséquence une baisse de la productivité et de la qualité, sans compter la fuite des cerveaux qui prive le pays de ressources humaines indispensables pour son développement.
L’objectif à terme serait d’arriver au doublement du SNMG, soit à une charge salariale supplémentaire dans le budget de l’État et pour les entreprises qui progresserait jusqu’à atteindre respectivement environ 500 milliards de DA et 50 milliards de DA. D’un côté, ceci dépendra évidemment des progrès réalisés en matière de recouvrement fiscal et d’économies budgétaires induites par la suppression graduelle des subventions. De l’autre côté, il est certain que cette injection d’argent impacterait favorablement l’activité de production de biens et services et donc du chiffre d’affaires des entreprises publiques et du secteur privé, ce qui leur permettrait de faire face aux charges salariales et fiscales. Nous entrerions ainsi dans le cercle vertueux d’une économie de production diversifiée fonctionnant selon les règles du marché.
Nous devons nous préparer ainsi à affronter le marché international avec la perspective de l’adhésion de notre pays à l’Organisation mondiale du commerce grâce à l’assainissement de notre économie en la débarrassant en premier lieu du fardeau des subventions qui faussent le marché.
En effet, la disparition des subventions permettrait de relancer la production nationale pour les produits concernés, d’où un acquis favorable pour notre balance des paiements. Le citoyen devra sentir le développement dans sa vie quotidienne à travers la satisfaction non seulement de ses besoins essentiels en produits de consommation courante et de première nécessité mais également à travers l’accès aux différents services tels que l’éducation, la santé, le logement, le crédit, bref l’accès au bien-être, mérité grâce à son travail rémunéré à sa juste valeur. Dès lors que ces conditions seraient réunies, se créerait une compétition dans le travail qui aurait des conséquences directes sur la qualité, ce qui aboutirait à l’instauration d’une culture d’excellence et de compétitivité indispensables dans un environnement mondial libéralisé.
Ces efforts devront être soutenus par des mesures de promotion et de protection des entreprises (PME/PMI) dans leur phase d’arrimage au marché des produits et services, afin de leur permettre d’offrir des produits et services concurrentiels en qualité et en prix.
Parallèlement, il faudra encourager une politique de substitution aux importations qui améliorerait la balance commerciale et permettrait la création d’emplois. Un premier axe de réflexion devra se faire en ciblant les produits d’origine agricole ou agro-industrielle. Il est certain que la facture alimentaire de notre pays à l’importation pèserait 20 à 30% des importations globales, soit près de 20 milliards de dollars par an. Des mesures sont à prendre dans le développement de la production agro-alimentaire. Un plan d’urgence est à mettre en place pour juguler cette hémorragie de devises pour des produits que l’on peut avoir chez nous (céréales, légumes secs, lait, sucre, huile, viande…). La solution à la crise financière réside notamment dans le développement du secteur agricole qui servirait de locomotive et entraînerait les autres secteurs économiques dans la croissance et la satisfaction des besoins de notre pays, principalement en produits alimentaires. La consommation de produits alimentaires étant incompressible, contrairement à d’autres produits, d’où la nécessité de garantir cette offre par la production nationale, ce qui nous mettrait à l’abri des situations porteuses d’instabilité sociale ; méditons cette citation connue : “Un homme qui a faim n’est pas un homme libre.”
D’autres pans de l’économie non moins importants et qui impactent notre balance commerciale et notre balance des paiements devront être exploités en promouvant l’ouverture au secteur privé.
La solution est également dans le développement des énergies renouvelables (solaire, éolienne, biomasse, nucléaire civil…).
Une nouvelle ère qui préparerait l’après-pétrole et la fin de la dépendance d’un seul produit pour notre économie s’ouvrirait pour notre pays, ère qui garantirait à nos générations futures un développement durable.
Il reste entendu que dans l’immédiat et dans l’urgence, tous les moyens de mobiliser l’argent qui se trouve hors des circuits financiers institutionnels doivent être exploités. L’emprunt obligataire qui sera lancé par le gouvernement constitue l’un de ces moyens directs de mobilisation, en attendant que les mesures structurelles évoquées plus haut soient mises en œuvre. La promotion de l’investissement privé est un autre moyen, indirect, de mobilisation de l’argent à travers la participation du secteur privé à l’activité économique du pays. Tout ceci contribuera au recyclage de l’argent informel dans l’économie nationale, au retour de la confiance du citoyen et de l’acteur économique vis-à-vis des institutions du pays, en s’insérant dans une logique de production et non de spéculation, à savoir dans le cercle vertueux du développement économique et social.


S. C.
Analyste économique et politique


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