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Contribution

Conflits armés, une nécessité impérieuse

On entend souvent dire que les Etats puissants excellent dans l’art de piétiner les valeurs humaines universelles pour arriver à leurs fins.

Il s’agit, en fait, d’un état d’esprit et d’une civilisation substantiellement matérialiste qui construit sa force sur la faiblesse des autres nations, et sa richesse sur la pauvreté des peuples. La prédation économique est érigée en système politique inébranlable. Au-delà des besoins vitaux, l’avidité permanente de biens matériels et l’angoisse quasi existentielle du manque conduisent à chercher les ressources par tous les moyens et en tous lieux, quitte à marcher sur des cadavres. Le monde est aujourd’hui entre les mains d’une "race hybride". Mi-humains par leur esprit d’analyse, leurs capacités intellectuelles et leur sens de la stratégie du meilleur profit… sans états d’âme et sans émotions, ni la moindre contrition. Mi-robots, ils sont comme qui dirait programmés pour asservir et détruire tout ce qui se dresse au travers de leurs desseins. L’économie est leur religion, l’argent y faisant office de déité, la science et la technologie sont leur livre saint. Les croyances, les appartenances ethniques, la haine, l’amour, les envies, les émotions, la vengeance, la liberté, la démocratie et autres sentiments et valeurs humaines sont savamment exploités pour préparer les "explosifs". Rompus à cet art, ils ne ratent jamais l’œuvre. La morale, parent pauvre de la modernité, n’a jamais atteint un degré de putréfaction aussi avancé, avec la bénédiction des démocraties. Nul doute, passionné, l’homme est capable de génie et des prouesses les plus surprenantes pour atteindre ses objectifs. Autrement, les fantastiques avancées scientifiques et les grandes civilisations n’auraient pas vu le jour. La mauvaise odeur chassant la bonne, hélas, la soif du pouvoir et de la domination réduit tristement le génial être humain à la dimension de la bête immonde qui tue sans se remettre en cause, comme par nature ou par instinct. Paradoxalement, les raisons et les outils pour faire la guerre ont évolué au lieu de disparaître au gré du développement des civilisations humaines. Plus les nations gagnent en savoir, en technologie et en sciences plus elles se dotent de moyens efficaces pour "tuer plus", "tuer plus vite", "tuer de plus en plus loin" et, finalement, "tuer à tout moment et en tout point du globe". Du coup, l’industrie de l’armement s’est développée de manière exponentielle et monstrueuse. Les rêves de paix et de prospérité de l’humanité se trouvent ainsi piégés, jetés dans un gouffre sans fond. Les guerres froides et les conflits armés sont devenus un besoin impérieux. Toute l’horreur des "temps modernes" est là : la guerre s’est élevée au rang de marché indispensable. La logique, simple et implacable, se résume ainsi : vendre des armes destructives pour servir l’économie. Est-t-il  besoin d’être grand clerc pour comprendre que cet ordre mondial nous condamne, pauvres de nous, en raison de notre naïveté, à vivre au rythme des conflits et des guerres pour longtemps, très longtemps… Serions-nous un jour assez mûrs pour vaincre nos émotions au bénéfice du bon sens et de la raison ? Ce qui n’arrange, bien évidemment, pas du tout les affaires des "puissants du monde". Et s’il se trouve encore un dupe pour penser le contraire on ne peut que le regretter. Car, enfin, fatalement, au risque de me répéter, lorsqu’on fabrique des armes il faut bien les vendre ! Ce n’est certainement pas dans un défilé de mode qu’on en ferait la promotion. La production étant très abondante, il faut des marchés qui ne ferment jamais leurs portes, des oligopoles sur mesure. Pour cela, il est impératif de maintenir en permanence sur les lieux de vente une atmosphère où règne la suspicion, la peur d’agression, la psychose de l’ennemi voisin ou lointain, l’angoisse de se trouver en position de faiblesse, le sentiment de vulnérabilité, etc. Le besoin de sécurité pour les uns et de supériorité militaire pour les autres conduisent naturellement à la course aux armements. Voilà un contrat de vente absolument sûr, hautement juteux et sans le moindre risque. Selon une étude du service de recherches du congrès américain (CRS), les ventes d’armes américaines ont triplé en 2011 par rapport l’année précédente. Et malgré la crise économique, les ventes d’armes dans le monde ont quasiment doublé pour atteindre les 85,3 milliards de dollars, de quoi vous donner le tournis. Pour renflouer d’avantage les caisses, la meilleure transaction est la guerre. L’astuce, au demeurant élémentaire, réside dans le fait de situer d’abord les terrains favorables à la guéguerre. On les trouvera, sans le moindre effort intellectuel, auprès des peuples prédisposés à l’irrédentisme et autres tensions d’ordres ethniques, religieuses ou frontalières. Dans de telles sociétés, pour la plupart dirigées par des despotes illuminés allergiques à toute forme de dialogue constructif, la raison et la sagesse sont très rarement au rendez-vous pour prendre en charge les différends. La suite, tel un jeu d’enfants, consiste à encourager ou, au besoin, cogiter une petite histoire d’échauffourées ou quelques conflits par-ci  par-là en attendant de réunir les ingrédients nécessaires à une belle guerre : le gros lot. Les gains, incommensurables, sont alors assurés pour tous les secteurs de l’économie de ces pays civilisés, fins stratèges, puisqu’il faut reconstruire ce qui à été autodétruit par les naïfs belligérants avec des armes achetées, à des millions de dollars, auprès de leurs “bienfaiteurs”. L’opération de destruction, premier placement économique sûr, est  souvent menée avec l’appui logistique et même militaire des forces de l’Otan ou une quelconque coalition commandée pour la circonstance. Le rôle de héraut et de chef d’orchestre macabre est souvent assuré par les descendants de l’oncle Sam, secondés par des Etats européens, sous l’œil vigilant du lobby juif et du parrain sioniste. Après coup, sans états d’âme et toute honte bue, on déclarerait solennellement à ceux qui auraient échappé au massacre mais surtout à ceux qu’on aurait habilement désigné pour présider aux destinées de la nation, mise à genoux, qui signeraient à coup sûr les gros contrats, qu’on aurait au demeurant préparé à l’avance : nous sommes vos amis et nous sommes là pour vous soutenir et vous aider…, en murmurant ironiquement tout bas : videz vos poches. En réalité, le prix à payer n’est pas uniquement d’ordre matériel immédiat. Si le pays à des richesses on y puisera à volonté. Autrement, on investirait sur le long terme à travers l’empire financier qui conduit inéluctablement au surendettement de la victime et son étranglement. Les efforts consentis pour  la maintenir en vie sous perfusion ne sont évidemment pas gratuits. La souveraineté, bien que relative, arrachée au prix du sang par le passé est tout bêtement sacrifiée sur l’autel des bourreaux civilisés. Peut-on par exemple imaginer, raisonnablement, que l’Egypte, au bord de l’effondrement économique et son corollaire l’explosion sociale, puisse se passer de l’aide américaine et remettre en cause les accords du camp David ? Rappelons que l’Egypte, du fait des positions pro-israéliennes et pro-occidentales du régime Moubarak déchu, reçoit annuellement une “aide américaine’’, très conséquente, de l’ordre de 2  à 3 milliards de dollars dont 1,3 milliard destiné à l’institution militaire. A en croire certains observateurs, la vente par l’Egypte, tenue en laisse par les USA,  à Israël de gaz à un prix préférentiel dérisoire fait perdre à l’économie égyptienne  autant d’argent, si ce n’est plus. Tout compte fait, “l’aide américaine’’ est indirectement versée dans les caisses d’Israël. Aussi, quelle marge de manœuvre reste-il aux Libyens, aux Irakiens, aux Syriens, aux Maliens, et j’en passe, pour présider aux destinées de leurs peuples ?  Hé oui ! les révolutions “fratricides’’ prennent parfois, peut être plus souvent qu’on ne le pense, des tournures qui nous font regretter de les avoir menées ; à plus forte raison lorsqu’elles sont armées. Quant aux malheureuses victimes de la tragédie, on en ferait une macabre comptabilité qui viendrait étoffer les fichiers statistiques de la bêtise humaine et de l’arrogance des “puissances démocratiques”. Puis, pour se donner bonne conscience, on dénicherait rapidement, dans la classe des mauvais élèves, le bouc émissaire à mettre au banc des accusés. Par de subtils exercices sémantiques, on détourne la vérité, on la travestit.  La Cour pénale internationale (CPI)  de service, à l’affût de la moindre condamnation émanant des maîtres du monde, prend alors en charge le dossier avec l’art et la manière. Les prévenus sont, assurément, le plus souvent coupables et méritent leur sort. Cependant, nous sommes en droit et aussi en devoir de nous demander quelle est le niveau de responsabilité de ces accusés par rapport à leurs accusateurs. Dans un système de vrai droit et de réelle démocratie, les derniers cités seraient vraiment à plaindre ; ils constitueraient un cas de jurisprudence qui incommoderait fortement les maîtres. Mais que voulez-vous, le monde est ainsi fait ! Rêvons quand même un peu et prions Dieu qu’un jour la communauté internationale oserait par exemple juger les nombreux criminels et tortionnaires du peuple algérien et du peuple palestinien. Et tant qu’on y est, pourquoi ne pas se permettre le luxe d’imaginer un instant l’impensable : que la CPI demande au va-t-en guerre George W. Bush  et son administration de répondre de leurs crimes aux quatre coins du monde et en Irak en particulier. Un pays, d’une grande et ancienne civilisation, envahi et dévasté suite à un abominable mensonge, parjure condamnable par la législation américaine elle-même.
Il convient de rappeler que le chapitre VII de la Charte des Nations unies (art. 39-51), intitulé “Action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte d’agression’’, a été interprété à bon escient et utilisé comme alibi dans diverses occasions pour servir les intérêts géostratégiques et économiques des puissances. C’est ce qui s’est passé notamment dans la guerre de Corée, de 1950 à 1953, où on a assisté en fait à une confrontation entre deux blocs. Le premier, soutenant la Corée du Nord communiste, comprenait la Chine et l’Union soviétique. Le second, rangé du côté de la Corée du Sud non communiste, était composé des Etats-Unis d’Amérique, de ses alliés  occidentaux et de l’ONU, toujours acquise à leur cause. Et le cauchemar n’est pas fini !


Pr B. T.