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A la une / Contribution

Ouamar Saoudi répond à Abdelaziz Rahabi

Il reste beaucoup à faire pour instaurer le libre débat

Dans la charge virale de l’offensive de M. Rahabi, il y a des contrevérités factuelles dont on peut se demander si elles participent de “l’indigence intellectuelle”, l’aveuglement engendré par la colère ou la volonté de désinformer.

Le texte de M. Abdelaziz Rahabi paru sur le quotidien Liberté du jeudi 5 mars 2016 en guise de réponse à ma contribution “Makhzen-police politique : une frontière en otage”, publiée le 25 février, à propos de la fermeture de la frontière algéro-marocaine et le coût politique et économique de la non-intégration nord-africaine confirme, si besoin est, la glaciation d’un personnel politique moulé dans les slogans formatés par une police politique tutélaire. Une approche sereine et contradictoire, même sommaire, des sujets évoqués dans mon article aurait pu ouvrir un autre échange et, pourquoi pas, engager le débat auquel appelait mon intervention. Mais, manifestement, les gardiens du temple ne sont pas dans ces dispositions pour que le reste de la troupe prenne le relais d’un dialogue apaisé. La simple éventualité de l’existence d’un courant d’opinion alternatif aux redondances du système est insupportable.
Monsieur Rahabi, interpellé sur un sujet qui préoccupe directement des millions de familles, et, plus généralement, tous les citoyens de notre région, s’estime agressé en tant qu’individu. J’invite les lecteurs à lire ou relire mon écrit, toujours disponible dans les archives de Liberté. Il n’y a pas la moindre connotation d’une volonté polémique et, encore moins, d’attaque personnelle. Apprécions, néanmoins, le raffinement de la prose d’un diplomate qui daigne répondre à un “taré” : “Ce texte présenté sous forme d’une contribution (?) est en réalité un long procès inquisitoire à une interview que j’ai donnée sur les relations algéro-marocaines… L’auteur de ce fatras traite de sujets sérieux et délicats de façon polémique en recourant aux clauses de style linguistique, procès d’intention et autres attaques personnelles qui cachent une véritable tare, celle d’une méconnaissance affligeante de la propre réalité géopolitique de l’Algérie.” Comment être insensible à une littérature qui déplore avec tant de subtilité l’audace d’un “intouchable” qui a osé s’aventurer dans un domaine réservé à l’aristocratie rentière ? Et pour qu’il n’y ait pas de doute sur les règles qui ont façonné la pensée définitive des barons, la conclusion de la sommation assène sans appel la hiérarchie dogmatique à laquelle nul ne saurait déroger, sous peine d’être excommunié : “Je n’ai jugé ni utile ni intéressant de réagir à des attaques personnelles et non fondées parce qu’elles représentent pour moi le degré zéro de la politique, renseignent sur le niveau et l’indigence intellectuelle de ceux qui les portent et n’apportent rien au débat serein et constructif que beaucoup d’entre nous s’efforcent laborieusement d’instaurer dans notre pays.” Fermez le ban.J’aurais pu limiter ma correspondance aux rappels de ces invectives. Elles suffisent à décrire le marasme de ce qui tient lieu de pensée ayant régenté l’Algérie officielle et illustrer l’impasse politique et le désarmement moral qui ont, non seulement, dégradé l’image du pays mais autorisent leurs auteurs à se suffire de leurs turpitudes pour imputer leur propre faillite à des opposants qui sont par ailleurs – et cette réaction est la caricature de ce dilemme – exclus de tout centre de décision. Mais, outre ces alertes éthiques, il se trouve que dans la charge virale de cette offensive, il y a des contrevérités factuelles dont on peut se demander si elles participent de “l’indigence intellectuelle”, l’aveuglement engendré par la colère (la haine ?) ou la volonté de désinformer.
1. À propos de l’agrément de partis islamistes sur lesquels les cinq chefs de l’État avaient convenu de se concerter on peut lire : “Rien de plus faux… Bien au contraire elle (l’Algérie) n’a pas apprécié que le roi (Hassan II), au cours d’une visite à Alger en 1990, reçoive et à sa propre demande uniquement le chef du FIS, Abassi Madani, pour évoquer ‘’le laboratoire algérien de l’islamisme’’.” Beria peut dormir en paix, renié chez lui, il a bourgeonné chez nous. L’accord est connu de tous les observateurs avertis du dossier islamiste pour ne pas appeler plus de commentaires. Ce qu’il y a de plus stupéfiant c’est l’invraisemblable culot par lequel on manipule les événements. Hassan II est venu en 1990 sur son bateau.
Il n’a pas seulement reçu Abassi Madani mais la totalité des responsables de partis de l’époque dont Hocine Aït Ahmed et Saïd Sadi qui n’étaient pas les plus indiqués pour décortiquer de l’intérieur “le laboratoire algérien de l’islamisme”. Et tant qu’à faire, facilitons la propension à la mauvaise foi de M. Rahabi qui, faisant écho à ses prédécesseurs qui condamnaient les opposants comme suppôts de l’impérialisme, nous accuse à son tour d’être les valets de Hassan II.
Selon sa démonstration, ce serait le monarque marocain qui, après contamination par l’expertise algérienne, serait à l’origine de la flambée islamiste en Afrique du Nord. Exit la culpabilité du couple Chadli-Hamrouche dans une décision qui a saigné la nation, déstabilisé l’Afrique du Nord et, maintenant, embourbé le Sahel. La solidarité entre factions du système est sacrée.
2. Sur la nation et l’État, on apprend : “Je ne suis pas un partisan de la négation de l’État…L’État reste à consolider et demeure une forme d’organisation indissociable à la survie de la nation.” Pathétique.
Ces accusations sont l’exacte réplique de celles avancées par les procureurs de la défunte Cour de sûreté de l’État chargés d’instruire des procès en sorcellerie contre les Algériens qui réclamaient le pluralisme et le respect des droits de l’homme. Ce sont “les tarés” qui ont affronté les sources de ces nostalgies mortifères qui permettent l’affirmation des effets pervers de la démocratie dont les démocrates de la vingt-cinquième heure abusent aujourd’hui sans vergogne. Dans ma précédente contribution, et abordant les récitations de certitudes surannées par lesquelles les apparatchiks nient leurs échecs, je parlais de rechute d’une maladie ; là nous sommes manifestement dans la complication.
3. Mis à part les contrevérités et les contradictions, on ne trouve dans le texte de M. Rahabi aucun élément de réponse aux sujets de fond. La mutualisation des moyens pour le développement régional qu’apporterait la fédération des États nord-africains, la complémentarité des services concernés dans le combat anti-intégriste, les retombées économiques de l’ouverture des frontières sur les zones limitrophes, les terribles séquelles induites sur les générations futures par les tensions criminelles alimentées autant par la police politique algérienne que le Makhzen marocain… sont ignorées par une science diplomatique décrétée infaillible. Comme pour assumer cette dualité maffieuse, au moment même où pérorent les meddahs du pouvoir occulte à Alger, des hurluberlus de l’Istiqlal se rappellent au bon souvenir de leurs complices algériens pour revendiquer Tindouf et Béchar.
Souffler de concert sur les braises pour alimenter le foyer ardant des oligarchies prébendières est la seule stratégie lisible des deux comparses qui ont lié leur destin à la soumission de leurs peuples. On a beau suivre les déclarations de ces va-t-en-guerre, il n’y a aucune esquisse de solution à la crise actuelle : le but c’est la confiscation de la rente par la terreur permanente, quitte à ce que le Sahraoui serve de combustible à la machine infernale. La récente réapparition des Saoudiens et des pétromonarchies du Golfe sur la question du Sahara occidental va donner une autre occasion pour nous affilier au wahhabisme dont le pouvoir algérien a longtemps relayé chez nous les productions les plus toxiques à coup de foires du livre, de conférences débilitantes ou d’émissions sur les médias lourds interdits aux nationaux contestataires. Manipuler les situations conjoncturelles pour boucher les horizons est le pacte de sectes qui ont confisqué l’Algérie au premier jour de son indépendance.  
4. La main sur le cœur, M. Rahabi jure que son intrusion dans la question de l’ouverture des frontières n’a rien à voir avec le discours du président du RCD Mohcine Belabbas prononcé à la salle Atlas deux jours auparavant. La concomitance du vomi médiatique déversé quotidiennement depuis ce meeting contre le RCD par un blog d’héritiers bazaris qui s’improvisent en miliciens de la nation n’a sans doute rien à voir avec sa campagne. Pas plus, d’ailleurs, nous expliquerait-il, que la montée au créneau de celui qui a gagné depuis longtemps auprès des militants du RCD le surnom de janissaire du système, qui s’en revendique, et qui vilipende “les vendus à l’Étranger”. Il y a bien une filiation systémique dans ce jargon faisandé dont la parenté renvoie à la vulgate d’une police politique qui entend survivre à l’Algérie. Police politique – système maffieux ; deux tristes réalités qui disent tout et à tout le monde ; deux données que l’on ne retrouve nulle part dans la litote de M. Rahabi !
Dernière remarque pour le diplomate révulsé par les “attaques personnelles”. L’auteur de ces lignes qu’il stigmatise comme “tout nouveau secrétaire national du RCD à l’économie et à l’environnement” est dans cette fonction depuis le dernier congrès du parti en 2012. C’est finalement la seule bonne nouvelle de cette déplorable polémique : la dislocation du DRS a au moins (provisoirement ?) perturbé la gestion du fichier des opposants.
À l’automne d’une vie professionnelle somme toute protégée, on était en droit d’attendre un débat digne de la part d’un commis de l’État dont on pensait que, faute de tolérance, il était capable de lucidité. Force est de constater que pour les générations futures, le système n’a que la haine et la violence à offrir en héritage.
Oui, il reste beaucoup à faire pour construire des règles et des espaces de libre débat en Algérie.


O. S.
SN du RCD à l’économie et à l’environnement


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