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A la une / Contribution

Polémique autour de la construction du Grand Maghreb

La réponse de Abdelaziz Rahabi

© Billel Zehani/Archives Liberté

Votre quotidien m’a fait l’honneur d’un papier publié le 13 mars dans lequel, pour la deuxième fois en moins d’un mois, Saoudi Aoumar,  secrétaire national du RCD à l’économie et à l’environnement, fait que la mauvaise foi le dispute à une connaissance superficielle de sujets qu’un responsable digne de ce nom se doit d’approcher avec autant de responsabilité que de réserve.
Il n’est pas aisé de poser les éléments d’un débat serein car il sacrifie à la redondance et à l’insulte pour voiler une méconnaissance affligeante des sujets et afficher de surcroît la prétention de les proposer à un débat public :
1. ainsi, l’auteur du texte écrit sur le Maghreb : “… La mutualisation des moyens pour le développement régional qu’apporterait la fédération des États nord-africains, la complémentarité des services concernés dans le combat anti-intégriste, les retombées économiques de l’ouverture des frontières sur les zones limitrophes, les terribles séquelles induites sur les générations futures par les tensions criminelles alimentées autant par la police politique algérienne que le Makhzen marocain… sont ignorées par une science diplomatique décrétée infaillible.’’
La lecture de ce passage ne peut que laisser perplexe le lecteur pour au moins quatre raisons :
- primo : l’auteur change la nature de l’organisation du Maghreb et la porte d’un trait de plume au statut de fédération d’États sans mesurer les limites légales propres à chaque pays.
- Secundo : il réduit le Maghreb à “la mutualisation” (sic) de moyens, qui n’existe pas dans les relations entre États soucieux de leur souveraineté. Ceux-ci coopèrent dans des perspectives de complémentarité, d’intégration ou de loyale concurrence dans les formes qui préservent les intérêts bien compris de chaque État.
- Tertio : il considère l’intégrisme comme une menace à la construction maghrébine et justifie paradoxalement la doctrine de Hassan II sur le laboratoire algérien.
- Quarto : il essaie de relancer une campagne sur le coût économique du non-Maghreb, lancée et financée il y a 6 ans, par le think-tank marocain Amadeus qui cherchait à rendre l’Algérie non seulement responsable de l’échec de l’UMA mais également de son retard économique.
Les deux opérations, bien mieux élaborées que celle de M. Saoudi, ayant échoué, je pense qu’il est inutile de s’essouffler à les ranimer avec si peu de moyens intellectuels et d’arguments sans fondements politique ou économique. Enfin, l’auteur du texte passe entièrement sous silence le drame du peuple sahraoui chez nous et nos frontières en se fondant dans un discours qui tient de l’anthropologie coloniale et du racisme de sous-développé qui trouve enfin plus pauvre ou plus faible. Frantz Fanon avait raison de penser que des colonisés rêvaient de prendre la place du colon.
2. Il écrit encore : “… Au moment même où pérorent les meddahs du pouvoir occulte à Alger, des hurluberlus de l’Istiqlal se rappellent au bon souvenir de leurs complices algériens pour revendiquer Tindouf et Béchar.’’
Je laisse le soin aux lecteurs de mesurer plus la légèreté d’un haut responsable de parti politique algérien que celle d’un parti étranger qui n’a jamais reconnu l’Algérie dans ses frontières actuelles. Le Maroc de Mohamed Allal El-Fassi est bien plus que “hurluberlu” (bahloul en arabe algérien, vourourou en tamazight), il est expansionniste par ce qu’il revendique depuis 1955 le Sud-Ouest algérien, le nord-ouest du Mali et le nord de la Mauritanie jusqu’ au fleuve Sénégal. Dimanche dernier encore les partisans de l’Istiqlal réclamaient dans les rues de Rabat la récupération des providences de l’Est (Tindouf, Béchar, Kenadsa, Hassi Beïda,Tidikelt…).
Cela est d’ailleurs toujours enseigné dans les manuels scolaires et Ouamar Saoudi aurait été mieux avisé de rappeler aux “générations futures” que les frontières ouest de la Numidie occidentale s’étendaient jusqu’au fleuve Mulucha (Mouloula) ou que pendant l’occupation de l’Algérie, ses frontières avec le Maroc étaient régies par le traité Lalla Maghnia du 18 mars 1845. A se demander si les Huber lulus ne sont pas plutôt en Algérie car ce n’est pas en se réfugiant derrière un terme venu du français du Moye Âge que cela réduirait l’irresponsable légèreté de son auteur.
3. Sur la question du Sahara, des relations avec le Maroc et de l’UMA, l’auteur de ce papier écrit : “ … Mis à part les contrevérités et les contradictions, on ne trouve dans le texte de M. Rahabi aucun élément de réponse aux sujets de fond.” Pour la forme, je lui recommande de ne pas aller trop au fond au risque d’y rester. Pour le fond, il n’y a rien de plus faux, car toutes mes réponses ont porté sur une présentation des éléments d’information diplomatiques sur les sujets évoqués et sur les accords qui fondent le processus contrarié de la construction maghrébine.
Pour le reste, je refuse de me prêter à ce jeu devenu de mode en Algérie qui consiste à étaler le vécu professionnel de chacun pour pérorer et passer pour un averti en étalant des informations d’un certain niveau de confidentialité qui sont de nature à nuire aux intérêts diplomatiques de notre pays. C’est une attitude citoyenne avant tout.
M. Saoudi estime qu’il s’agit de ma part d’une attitude de “janissaire du système”, pour expliquer son besoin irrépressible de porter sa défense des thèses anti-algériennes au niveau de vertu patriotique, pensant misérablement faire de la rectitude l’esclave de duplicité.
Ancien cadre dans un cabinet ministériel encore tout récemment, au titre du quota politique, responsable au sein d’un parti politique qui était représenté au gouvernement, il doit avoir appris que les politiques étrangère et de sécurité nationale se construisent - comme partout ailleurs- autour d’un consensus national dans lequel doivent s’associer les pouvoirs publics, les partis politiques, la société civile, les élites et s’appuyer sur des synergies avec le monde l’économie.
Enfin, je pensais que le sujet était clos après ma réponse (1) à sa charge donquichottesque dans laquelle, à l’évidence, il ne peut pas prétendre au rang de cavalier parce qu’il lui manque la verticalité des hommes libres. Ses commanditaires changeront bientôt de monture parce que le résultat est inversement proportionnel aux moyens mobilisés et insignifiant pour un ambitieux agenda de géopolitique régionale.
Il lui restera alors comme fait de guerre, d’avoir commis trois pages entières dans le quotidien Liberté contre Abdelaziz Rahabi parce celui-ci a défendu les positions de la diplomatie de son pays au Maghreb.
J’ai décidé, à l’avenir, de ne plus réagir à ce fatras incongru et à géométrie variable d’un excité en mal de publicité qui pense trouver la solution au problème dès qu’il pense avoir trouvé le mot.
Il m’a fait perdre de mon temps et n’a rien apporté au débat sur les véritables inquiétudes des Algériens qui réclament une classe politique en mesure de les faire avancer vers la voie de la construction d’un pays prospère et plus juste.

(1) http://www.liberte-algerie.com/contributions/il-reste-beaucoup-a-faire-pour-construire-un-consensus-sur-notre-politique-etrangere-243161


A. R.

 


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