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MATRICE D’AVENIR

L’amazighité demeurera le nœud gordien dans la construction de la nation algérienne

© Archives Liberté

La question amazighe a accompagné, formellement ou de manière implicite, le mouvement national dès ses premiers balbutiements, au tout début du XXe siècle. Pour des raisons à la fois intrinsèques et extérieures à une matrice algérienne émergente, la problématique identitaire a rarement rencontré une écoute ou une disponibilité politique favorable à un échange libre, rationnel et serein.

En effet, outre l’écrasement de populations accablées par le dénuement économique et un déclassement social qui a pulvérisé repères et hiérarchies, il convient de rappeler qu’au XIXe siècle, l’Europe, qui a soumis le Sud, s’est structurée autour du concept de l’État-Nation  unitaire. Les droits de l’homme, le pluralisme politique, la diversité culturelle ou l’écologie n’apparaîtront comme demande de l’émancipation de la condition humaine qu’avec les conquêtes de l’ère post-industrielle ; autant de thématiques laissées en jachère par des responsables algériens fascinés par le modèle des vainqueurs et absorbés par les urgences de stratégies organisationnelles.
Sans encadrement aguerri, pressés par un ordre colonial qui ne faisait place à aucune perspective d’indépendance négociée, les dirigeants nationalistes, pour exister et sensibiliser le plus grand nombre autour d’une destinée commune, ont été vers le plus court et le plus mobilisateur. S’ensuivit alors la recherche effrénée d’une identité collective prête à l’affichage au lieu d’être construite à partir de référentiels disponibles mais occultés par les codes des dominants, refoulés par des formations algériennes soucieuses de les imiter ou reniés par les plus vulnérables. Dans un tel contexte, la tentation du recours à l’emprunt identitaire fit litière de toute invitation à l’introspection collective.
En dépit de cet environnement délétère, des entreprises de recherche et de préservation du patrimoine amazigh seront conduites par les tout premiers lettrés autochtones. Saïd Boulifa, Belkacem Benseddira ou Slimane Rahmani furent les plus connus mais non les seuls auteurs à s’engager pour la protection d’une culture sans État. Cas rarissime dans l’Histoire, cette culture a résisté à des invasions ininterrompues, moins par son potentiel militaire que ses capacités d’adaptation portées par des qualités de solidarité, de sobriété et d’ingéniosité hors du commun. Mais malgré cette résilience, elle restera illisible pour le logiciel unanimiste des regroupements politiques algériens naissants.

Aux origines d’un reniement
La dimension amazighe fut, dès le départ, exclue d’une alternative à l’ordre colonial, qui devait résulter d’une vision monolithique inspirée tout à la fois par le jacobinisme français, le centralisme démocratique du mouvement communiste et l’hégémonisme arabo-islamique, autant d’unicismes rétifs à toute forme de pluralisme ou d’altérité.
Le mouvement national n’a pas seulement nié les origines antéislamiques du peuplement algérien, il était obsédé par l’abstraction de leur résurgence, étouffant dans l’œuf toute éventualité de leur développement dans le présent ou le futur communs. D’où l’évanescence de la question amazighe dans la littérature des partis nationalistes. Il y a peu d’écrits sur lesquels on peut construire une conception raisonnée, assumée et pérenne de l’amazighité dans le nationalisme algérien. Pour les tenants d’une idéologie d’arasement culturel et linguistique, envisager un avenir en pensée et en action n’exigeait pas une lecture du génome historique des  origines, étant entendu que le complexe du colonisé avait intériorisé le fait qu’une nation digne et accomplie est celle qui serait apte à se fondre dans les moules du tuteur. Nos peuples n’ont pas fini de payer ce mimétisme originel. Pour accéder à la prégnance de la dimension amazighe dans le mouvement national, il faut contextualiser, analyser et interpréter les séquences factuelles qui ont pesé sur le cours des évènements sans pour autant avoir été portées dans un agenda politique nationaliste qu’elles ont, par ailleurs, souvent impacté.      
Le conflit qui opposait Amar Imache à Messali dès leurs premières rencontres au début des années vingt, était aussi, sinon essentiellement, dû à une divergence d’approche sur un engagement qui devait prendre en compte les valeurs de la démocratie berbère par lesquelles celui qui fut le numéro deux de l’Étoile nord-africaine, premier parti indépendantiste, entendait irriguer le projet d’une société originale à venir. Cette opposition signalait déjà un paradigme politico-idéologique qui ne trouvera jamais sa véritable place dans l’équation officielle d’une nation dont on avait défini les contours contre toute évidence historique et réalité sociologique.  
Les porteurs de l’espérance amazighe, à de rares exceptions près, se verront réduits à devoir se positionner aux avant-postes d’un combat générique pour espérer, le moment venu, être entendus et, éventuellement, reconnus.
Cependant et aussi paradoxal que cela puisse paraître, dans les faits, la culture amazighe, nourrira le combat par ses valeurs, son éthique, ses pratiques sociales et ses structures, sans avoir pu s’affirmer comme une des composantes qui pouvaient façonner le profil de la future entité nationale. Cette vacuité conceptuelle n’a, en effet, pas empêché des irruptions furtives ou des apparitions plus durables de supports politiques et culturels amazighs dans la vie des partis nationalistes.  
À la première moitié des années quarante,  sans ostentation mais aussi sans concession, Laïmèche Ali avait pu faire intégrer dans la vie du PPA une activité culturelle amazighe régulière et dense en Kabylie et dans l’Algérois. Sa disparition prématurée en 1946 à l’âge de 21 ans a privé les animations partisanes des productions militantes kabyles qui avaient, jusque- là, naturellement trouvé place dans l’identité politique du principal parti nationaliste.

La culture amazighe a nourri le combat national
Le transfert du pouvoir décisionnaire de l’émigration vers le pays s’ajoutant à la mort de Laïmèche, amplifia l’inclination populiste du PPA/MTLD au détriment d’une rationalité politique bien ancrée dans la diaspora ; d’où un déclin linguistique et culturel kabyle inéluctable avec comme conséquence immédiate une expression arabophone exclusive dans la vie d’une formation prétendant à la primauté de la représentation algérienne. Cette élimination de facto de l’amazighité  et le refus abrupt du dialogue à propos de la définition identitaire de la nation algérienne, conduiront les jeunes lycéens de Ben Aknoun, sur l’initiative d’Amar Ould Hamouda, membre du comité central de ce parti, à produire un document -Idir El Watani- formalisant en 1949 la revendication d’une Algérie plurielle et démocratique qui devait être le but premier de l’indépendance. La violence de la réaction messaliste à l’encontre de militants appartenant, pourtant, à la tendance nationaliste radicale conférera, dès lors, à la revendication amazighe une perception indexée par un non-dit dont les manifestations ne relèveront plus d’un registre expressément politique. Les messages seront désormais atypiques, réactionnels, conjoncturels et se vérifieront quand des sectarismes et des abus primaires cibleront des militants ou des communautés amazighs. Ces positions se traduiront par la défense des périmètres des régions amazighophones lorsque des organes de la révolution tenteront de les éparpiller vers d’autres commandements ou à travers des remises en cause de décisions qui leur seront défavorables pendant la révolution… Après la libération, on enregistrera les mêmes frustrations lors de certains découpages administratifs  qui démembrent des territoires historiquement rattachés à la Kabylie pour les affecter à des wilayates  arabophones.
À la veille du déclenchement de la révolution, Krim Belkacem, pourtant extérieur et même opposé au groupe de Ben Aknoun, imposera au CRUA l’intégrité de la Kabylie dans le découpage politico-militaire de l’Algérie combattante. Plus tard, il sera amené à intervenir personnellement à Tunis pour faire réintégrer la chorale kabyle dans la troupe artistique du FLN d’où elle avait été exclue…
Dans le feu de la guerre, les délégués (tteman) composant les structures ancestrales des villages, fourniront les premiers contingents de responsables locaux au FLN.
Au niveau doctrinal, Abane Ramdane, lui aussi peu sensible aux particularismes culturels, pèsera de tout son poids à la réunion de la Soummam pour marquer le premier texte fondateur de l’Algérie moderne par une conception laïque et citoyenne, ce qui impliquait le retrait des référents arabistes et d’autres à connotation religieuse figurant dans la Proclamation du 1er Novembre. Cette orientation n’échappa pas au Caire et à ses relais algériens. Dès lors, les services spéciaux égyptiens s’emploieront méthodiquement à réduire l’influence de Abane s’opposant de facto à l’idée d’une révolution qui “n’est inféodée ni au Caire, à Londres, à Moscou, ni à Washington” comme le stipulait la plateforme du Congrès d’août 1956.  On a souvent insisté sur des animosités personnelles et des considérations subjectives données comme causes majeures sinon uniques de l’assassinat de l’architecte de la révolution en décembre 1957. Fondamentalement, la mort de Abane a pour mobile l’affirmation de l’autonomie et de la singularité du combat algérien mené pour un pays libre de son destin ; ce qui déboucha, plus tard, sur une Algérie adossée et ressourcée dans et par son humus historique.
Pour les panarabistes, l’immersion et la dilution de l’Algérie dans la “nation arabe” étaient, et d’ailleurs, pour ce qui les concerne, elles demeurent, des postulats qui ne sauraient être négociables.
Certes, le dogme a évolué sous la pression des événements nationaux et de la géopolitique, mais il n’a pas changé de nature et il continue à ce jour à régir la vie de la nation partout et dans de nombreux domaines.
Au lendemain du lancement d’une guerre de libération qui les a surpris, les messalistes ne manquèrent pas de stigmatiser la discrète communauté mozabite, berbérophone et ibadite, pour cause d’appartenance et de fonctionnement culturels et cultuels non conformes aux dogmes arabiste et malékite du MNA. Ce sera encore Abane Ramdane qui ordonnera l’arrêt de ce qui prenait l’allure d’une persécution “ethnique”.

Dans les Aurès et dès les premières phases de l’insurrection algérienne, les contestations, souvent sanglantes, qui se multiplièrent après la mort de Ben Boulaïd étaient aussi connotées par des clivages où s’affrontaient les appartenances identitaires arabophones et berbérophones. Fin connaisseur de son milieu, conscient de la fragilité de son organisation et des menaces internes et externes qui la guettaient, le chef auréssien avait, de son vivant, recommandé à ses hommes de se “retourner vers leurs frères kabyles au cas où il (lui) arriverait quelque chose”.

Amazighité et résistance citoyenne
Après l’indépendance, Aït Ahmed s’engagea dans un maquis basé dans un territoire amazighophone, la Kabylie, et géré par un cadre politique largement modélisé sur le format de la djemaâ, instance multimillénaire de la cité nord-africaine.
Bien plus tard, ce sera aussi la Kabylie qui, s’appuyant sur ses organisations traditionnelles, revendiqua la résistance citoyenne pour se protéger de la double menace des ramifications du terrorisme islamiste et de leurs manipulations par le pouvoir.   
Dans les sphères scientifique et universitaire, les choses étaient tout aussi aléatoires. Pendant une vingtaine d’années après l’indépendance, Mouloud Mammeri dut développer des trésors de patience et d’imagination pour contourner les interdits et lever les obstructions qui lui étaient opposés afin de trouver les artifices permettant d’assurer un enseignement symbolique du berbère à la faculté d’Alger.
Néanmoins et malgré son effacement du glossaire politique nationaliste, le fait amazigh, telle la houle qui pousse les vagues des mers démontées, réapparaît épisodiquement dans des projections implicites mais toujours lourdes de sens quant à la répartition du pouvoir et, au-delà, de sa configuration, son exercice et son contrôle dans le futur État national.
L’amazighité, essentiellement portée et assumée par la Kabylie, demeurera le nœud gordien dans la construction de la nation algérienne.   
Cette guerre de tranchées où les collectivités amazighes ont dû subsister dans l’ambiguïté politique pour pouvoir compter dans les organisations nationalistes a aussi prévalu au Maroc. La République du Rif, l’assassinat d’Abbas Messadi, responsable de l’Armée de libération marocaine, les révoltes du Haut-Atlas, à l’instar de celle d’Addi Ou Bihi ou, plus tard, les deux tentatives avortées de coup d’État — celle du palais de Skhirat comme celle de l’attaque du Boeing royal — sont, chacune à sa manière,  des révélations d’un irrédentisme amazigh qui n’a pas trouvé à s’accomplir par une transformation civile dans un pays soumis au conservatisme d’un makhzen dont la sacralisation et la concentration du pouvoir cachaient mal une hostilité rédhibitoire à une culture rejetée à la périphérie rurale depuis les effondrements des grands royaumes berbères.
Dans la Tunisie de Bourguiba, l’empreinte amazighe se retrouve dans ses choix géopolitiques et sociétaux. Quand il a fallu analyser sa consécration après les multiples tentatives de déstabilisation fomentées par Nasser contre lui, le leader tunisien, qui avait refusé d’adhérer à une Ligue arabe déjà envahie par un panarabisme d’exaltation, avait expliqué qu’il était “un Jugurtha qui a réussi”.
Pendant la lutte contre l’occupant colonial, il avait veillé à ce que les agents de renseignement du Destour soient, chaque fois que possible, recrutés parmi les habitants de régions berbérophones du Sud pour limiter les interceptions et écoutes des messages confidentiels. Anecdotique, l’information vaut d’être notée car la laïcité de Bourguiba qui intégrait l’islam syncrétique de l’Afrique du Nord prenait aussi acte, par le biais de ces affectations, certes accessoires, des spécificités de la société.

Une portée politique nord-africaine
Il faudra des études plus poussées que celles dont on dispose aujourd’hui pour savoir comment les amazighophones libyens ont vécu les périodes qui ont marqué les différentes luttes de leur pays. Il reste que sous le glacis de l’ère Kadhafi, ce sont les Amazighs qui, au nom de leur identité bafouée, ont été les premiers et ceux qui ont le plus combattu un régime implacable.  
En 1962, les Touareg maliens entrent en dissidence contre Bamako qui, encouragé par le pouvoir français, soucieux d’éviter “une autre congolisation” au Sahel, demandera et obtiendra de Ben Bella un droit de poursuite en territoire algérien qui fut fatal aux hommes bleus.
Aujourd’hui encore, dans la complexité du conflit où s’embourbe le Nord-Mali, l’aspiration amazighe, portée par le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), demeure une donnée importante de la solution à la crise malienne.
C’est le MNLA qui a libéré les provinces septentrionales du Mali avant d’y proclamer leur indépendance. Mais les mouvements djihadistes, aidés directement ou via des intermédiaires par les pétromonarchies du Golfe, ont aussitôt détourné puis récupéré la victoire militaire.
Dans cette concurrence asymétrique, l’Algérie a préféré dérouler le tapis rouge à l’organisation terroriste Ansar Eddine, rivale autochtone du mouvement indépendantiste. L’intrusion des pays du Golfe auprès des djihadistes est assumée par leurs affidés locaux alors que le discret soutien des Occidentaux apporté au MNLA devait être masqué sous peine d’accusation hérétique.
L’islam posé a priori comme facteur de légitimation du combat condamnait ipso facto l’ambition amazighe au Mali. Premiers au combat, les Touarègues revendiquant leur berbérité pâtiront autant de la tiédeur de leurs appuis diplomatiques que de leurs dérisoires soutiens logistiques avant d’être abandonnés : éternel recommencement.   
Ce survol de l’histoire politique évènementielle de l’Afrique du Nord du vingtième siècle et du début de celui que nous vivons témoigne que le substrat amazigh, qui ne saurait être réductible à la langue, a habité et rythmé la conduite des mouvements de libération contre le colonialisme ainsi que les diverses secousses politiques qui les ont suivi après les indépendances.
L’absence de coordination entre les différentes composantes amazighes de la région, l’unanimisme qui devait fédérer les énergies contre le colonialisme, les interférences des pays arabes, notamment l’Égypte, dans les instances dirigeantes des partis nationalistes nord-africains, le jacobinisme français dont l’hypercentralisation a aliéné la réflexion des mouvements de libération et des pouvoirs bureaucratiques post-coloniaux ont réduit la culture amazighe à un instrument de lutte qui n’a pas su se donner une lisibilité pouvant en faire une offre politique constitutive des élaborations étatiques d’après-guerre.
Sans leadership, handicapés par une mutilation historique qui a nié les réalisations amazighes de l’antiquité ou du Haut Moyen-Âge, privant ainsi les militants de leviers mémoriels stratégiques pour la conceptualisation d’une doctrine fondatrice pouvant entrer en résonnance avec les défis de la modernité, l’amazighité a été l’orpheline de son propre combat.

Une adhésion populaire affirmée
La néantisation de l’amazighité par les pouvoirs autocratiques qui ont confisqué les indépendances fut à la fois un symptôme et une conséquence d’un déni démocratique plus global.
Il a fallu que la génération d’après-guerre, analysant sans complaisance les luttes anticoloniales, se réappropriant les segments féconds de son histoire et concevant le combat identitaire amazigh comme socle d’un devenir politique et cadre idéologique démocratiques de leur pays, pour que le printemps berbère d’avril 80 amorce la restitution de l’histoire à sa terre.
 La pertinence des méthodes de luttes et la justesse de ce combat singulier ont eu un écho quasi instantané au Maroc avant de se diffuser à travers tout l’univers péri-saharien.
Les concessions arrachées à des systèmes foncièrement réfractaires au pluralisme attestent de l’adhésion des populations qui ne sont plus disposées à se laisser déposséder de leur identité individuelle et collective ; conscientes qu’elles sont désormais de l’opportunité historique qui s’ouvre devant elles.
Jamais recherches, analyses, débats n’ont autant concerné les sociétés nord-africaines et leur diaspora en France, Canada, Belgique…
Il y a lieu, maintenant, d’aborder les deux conditions, vitales entre toutes, de la valorisation de la culture et de la langue amazighes : l’introduction obligatoire dans l’enseignement et l’utilisation dans l’administration.
Le travail urge car les congélations historiques qui ont asservi l’Afrique du Nord se dissolvent sous nos yeux.

Une histoire à assumer
Aujourd’hui, le conglomérat regroupé sous le vocable arabo-musulman qui s’est imposé par une culture de nivellement et de répression connaît des impasses qui l’ont durablement coupé de l’universalité. L’instrumentalisation de l’Islam qui a occulté les véritables enjeux civilisationnels et géopolitiques atteint ses limites. Les désordres géostratégiques qui hypothèquent l’avenir immédiat des pays les plus riches du Proche et Moyen-Orient sont d’abord le fait des échecs de politiques d’État qui ont ignoré l’homme culturel, c’est-à-dire le citoyen.
Dans ces contrées, l’avenir des forces de progrès comme celui des femmes est, hélas, des plus incertains. Nous assistons à des scènes d’actualités d’une violence insoutenable en Turquie, au Yémen, au Bahreïn où des populations entières sont victimes d’un déni identitaire qui confine, dans certaines situations, à une entreprise génocidaire.
Les reproductions de ces dérives, trop souvent sanglantes, et les luttes démocratiques des peuples déplacent les centres de gravité alternatifs vers d’autres zones.
L’Asie musulmane - où l’Islam imprégné par le boudhisme et le shintoïsme a pu être vécu dans des sphères non invasives - connaît une prospérité économique et une cohésion sociale que le wahhabisme n’a pas pu engendrer malgré des ressources naturelles exceptionnelles.   
Pour sa part, l’Afrique du Nord a longtemps servi de caisse de résonnance au mythe arabo-islamique. Réconciliée avec elle-même, cette région qui a enfin récupéré son nom, Tamazgha, peut être le pôle qui aspire les humanités de la rive sud de la Méditerranée occidentale vers la liberté et le progrès. Une telle ambition suppose que notre sous-continent assume une histoire qui a toujours été aux confluences de mondes pétris par des traditions multiculturelles et multiconfessionnelles.
Cette renaissance passe par une nouvelle mise en perspective d’un espace nord-africain dont l’une des premières exigences est la restauration pleine et entière de l’amazighité qui demeure, avec le statut de la femme, le dossier dont la prise en charge détermine la crédibilité de la construction d’une fédération d’États démocratiques éligibles à la modernité.
À charge pour les militants d’Avril 80 restés fidèles à leur engagement de retrouver les chemins de l’effort et du consensus, synthèse de la pensée critique et de l’action organisée, afin de mieux servir une jeunesse victime d’un système éducatif fermé mais qui a su investir la révolution numérique pour se connecter à un monde dont on a voulu la couper.  
Plus qu’une réappropriation d’un patrimoine oublié, la promotion de l’amazighité est la clé qui ouvre à la fois les portes de notre accomplissement personnel et celles de l’espérance démocratique des peuples d’Afrique du Nord.


S. S.

 


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Commentaires
2 réactions
no passaran le 19/04/2016 à 10h49

Chaque mot a son histoire. Le poète avec son talent le marie avec d’autres mots pour créer du sens et de la beauté. Il ne faut donc pas utiliser les mots ‘’ ronflants’’ pour masquer la pauvreté de la pensée. S’agissant du problème de la langue, du statut et l’image de la femme, il faut une véritable révolution de la pensée pour éviter la mort de la langue et chasser les ténèbres pour que la femme puisse jouir de la lumière. Une Pensée qui lit l’Histoire en se libérant des scories du tribalisme..

no passaran le 19/04/2016 à 10h54

défrichons les chemins pour construire notre propre avenir. La langue comme la femme nage dans le torrent de la vie, il faut donc les outiller pour qu’elles puissent faire face aux fureurs de ce torrent. Une pensée qui fait du POLITIQUE, art suprême selon Aristote, le moteur de notre société polluée aujourd'hui par le régionalisme, la religiosité bigote et l'incompétence....

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