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A la une / Contribution

Transition économique de l’Algérie

Les élites comme fer de lance

©D. R.

La gestion des finances publiques a provoqué cette formidable mobilisation de notre élite nationale à travers des contributions-analyses et rencontres-débats. Le thème a été décortiqué par nos économistes et experts qui ont émis des propositions sur les voies et moyens permettant de s’engager dans une véritable voie de la relance économique et sortir de la crise. Leurs analyses convergent sur la nécessité de laisser la place à la raison pour surpasser la réalité amère qui caractérise la gestion et la gouvernance de notre économie et ce afin, de projeter l’Algérie dans le monde économique moderne.
Oui, notre pays dispose de ressources largement suffisantes, mais il se doit d’avoir à sa tête de grands hommes dotés de vraies compétences capables de peser sur le cours des évènements et d’améliorer la situation.
De vrais débats d’experts sont nécessaires est l’une des priorités économiques face à une crise énergétique internationale dans un contexte marqué par l’incertitude et l’instabilité des marchés énergétiques est de réaliser au plus tôt la transition d’une économie de rente, qui est une grave menace pour notre avenir socio-économique,  à une économie hors hydrocarbures plus pérenne. Aujourd’hui, il n’y a pas place pour une entreprise ou encore un club sportif professionnel qui vit à la charge du budget de la nation.
Il est donc nécessaire de se pencher sur la question des énergies humaines avant l’argent et la machine qui peuvent constituer un levier stratégique, une base de l’initiative et de l’action compte tenu de l’ampleur des défis qui attendent l’Algérie dans cette transition.
Pourquoi ? Parce qu’on a détruit les motivations de notre élite intellectuelle et nos cadres, voire l’esprit d’entreprise, d’où cette réalité qui fait que les valeurs du travail ne se manifestent guère en Algérie alors que  tout dirigeant économique ou politique se doit d’accomplir ses devoirs envers la société, exercer ses responsabilités en vrai professionnel et posséder les capacités d'anticiper, d’innover, de redresser ou d’améliorer. Et si on veut faire carrière dans la politique, c’est bien dans l’économie qu’on se fait un nom.
En effet, combien de ministres et de présidents directeurs généraux sont passés aux commandes de l’économie sans que cela apporte un quelconque redressement économique ou une libération de notre économie de la dépendance pétro-gazière? L’activité économique en Algérie n’est pas entièrement dirigée par les lois et les concepts économiques, ce qui veut dire que l’économie de notre pays n’est pas gérée, elle est maintenue grâce à la rente pétro-gazière.
Il en ressort ainsi les faibles performances de l’économie algérienne du fait que  notre pays reste mono-exportateur : les recettes des hydrocarbures dominent à 98% et nous sommes structurellement importateurs à 70% de nos besoins (il a été recensé pas moins de 50 000 importateurs, ce chiffre qui exprime parfaitement l’anarchie caractérisant l’activité commerciale du pays). En outre, l’économie informelle représente aujourd’hui près de 50% du PIB, la balance commerciale et la balance des paiements hors hydrocarbures sont largement déficitaires, le secteur public économique qui reste toujours sous perfusion et ne contribue qu’à hauteur de 20% environ de la valeur ajoutée de l’économie nationale et, enfin, une administration fortement bureaucratique et fermée sur elle-même bloque l’initiative et l’esprit d’entreprise.
Les indices indiquent pourtant que, potentiellement, l’Algérie peut devenir le premier pays industriel d’Afrique.
Dans ce contexte de crise énergétique internationale, le temps est venu de préparer une nouvelle politique budgétaire sur une conception dynamique de l’offre pour libérer notre pays de sa forte dépendance des hydrocarbures.

La dépense est facile, la recette est difficile
L’Algérie, à l’instar des pays émergents est amenée à s’adapter. Sinon la stabilité du gouvernement sera difficile à maintenir, sachant que la demande intérieure est critique et à même d’absorber la croissance de 7% que s’est engagé à réaliser le gouvernement dans le nouveau plan de relance 2015-2019, et que va se peser la contrainte du niveau très lourd des dépenses publiques, soit près de 50% du PIB, qui demeure fortement coûteux pour la collectivité nationale au regard de la croissance de la dépense publique. Sur la période 2000 à 2010, les dépenses budgétaires ont augmenté de près de 140%. S’ajoutent à cela les surcoûts enregistrés sur la réalisation des projets qui se situent en moyenne entre 20% et 40%, avec un taux de croissance de 3% en moyenne, alors qu’il devrait être porté à 10%, au moment où tous les pays sérieux font preuve de rigueur budgétaire en raison de la crise financière internationale et la crise énergétique. Les dépenses budgétaires restent en liaison avec l’évolution du prix du baril de pétrole sur le marché international et, par conséquent, il n’y a pas de mesures révolutionnant le cadre budgétaire ou d’une redéfinition de la stratégie budgétaire en faveur d’une meilleure gestion des finances publiques plaidant la règle d’or budgétaire : “Dépenser quand il faut, économiser quand il faut, ou encore dépenser dans l’esprit de gagner”.
Nous sommes encore très loin de nous passer de l’argent du pétrole qui n’est pas en fait une création de richesses ou encore, c’est l’économie du pays. Nos lois de finances n’innovent guère pour une nouvelle culture en matière d’ingénierie budgétaires dans les choix économiques, entre autres l’introduction d’éléments marchands pour répondre aux besoins des investisseurs ou des agents économiques dans une optique de mondialisation, pour s’adapter aux bouleversements et s’intégrer dans les espaces géostratégiques. En plus, elles n’annoncent pas que l’Algérie s’apprête à entamer l’étape de l’après-pétrole compte tenu de l’ampleur de cette chute brutale qui va durer dans le temps. Ne fallait-il pas commencer par des mesures de fond, pour s’attaquer aux contraintes structurelles, notamment institutionnelles, douanières, fiscales, bancaires? Sinon pourquoi avons-nous échoué comme en témoigne les indicateurs économiques, alors que le prix du baril de pétrole était à 140 dollars ?
Comme de rien n’était, on prépare les conditions de mise en œuvre du nouveau plan de relance de soutien à la croissance économique 2015-2019, qui intervient après celui de 2010-2014. Cela se traduit par d’importantes dotations budgétaires entre 2000 et 2019 pour près de 630 milliards sur les fonds du Trésor public, soit l’équivalent de trois fois le PIB du pays. Ce qui illustre ainsi la poursuite des choix politiques du gouvernement orientés exclusivement sur la réalisation des infrastructures et équipements collectifs (investissements improductifs) depuis les années 2000. Alors que tout plaide pour que le gouvernement fasse preuve de prudence ou du moins instaure les règles budgétaires qui imposent un contrôle et une gestion rigoureuse de la rente des hydrocarbures et, notamment, aller vers une loi de finances extraordinaire pour rationaliser au maximum les dépenses publiques. Il faudrait bien pourtant qu’on se mette tous d’accord sur la question stratégique : peut-on parler de plan de relance avec des moyens de financement excessifs sans cerner ses contours et repenser la gouvernance de nos institutions pour maximiser la croissance qui reste en deçà des moyens financiers dégagés dans les plans de relance, sachant qu’on dépense entre 3 et 4 DA pour réaliser 1DA de croissance, ajouté à cela les surcoûts qui vont de 20 à 40%. C’est pourquoi, on considère à juste titre qu’on met ainsi en difficulté l’avenir des équilibres budgétaires qui ne sont pas économiquement soutenables, car la loi de finances pour 2015 n’a pas apporté de grands changements dans le système budgétaire, elle a, notamment, accordé la primauté de la fiscalité pétrolière sur la fiscalité ordinaire ou du moins la participation financière des investisseurs sur tous les projets publics qui relèvent d’un caractère commercial. Ainsi, la politique de l’argent du pétrole doit être revue et corrigée. Oui, d’abord le budget de l’Etat est celui de stimulateur et de régulateur dans l’économie nationale en matière d’investissement, de production, productivité, salaire, prix et celui de l’entreprise de devenir performante. Alors que le budget en Algérie reste dans une vision socio-économique basée sur la manne des pétro-dollars qui nous garantissait le fonctionnement du pays au détriment des valeurs du travail et des connaissances et donc loin des réalités des marchés et des évolutions mondiales. Ensuite, nos entreprises qui restent fortement dépendantes de l’importation des biens de consommation intermédiaires (matières premières, pièces de rechange, demi-produits, équipements…), est sans aucun doute fort révélateur d’aggraver davantage les importations pour parvenir à contribuer au taux de croissance de 7%, que s’est fixé le gouvernement pour la période 2015-2019.
Il n’y a pas une stratégie économique claire, car il s’agit de regarder la réalité en face, pour se rendre compte que 52 ans après l’indépendance notre pays vit  toujours d’une économie rentière dépendant à 98% des hydrocarbures. Cela laisse comprendre que la rente est le meilleur choix politique économique ou qu’on ne veut pas développer une économie hors hydrocarbures. Cela va-t-il conduire à une nouvelle rente ?  C’est une question qui suscite actuellement la controverse et qui se présente être la préoccupation majeure de l’heure qui domine actuellement l’actualité nationale à travers tout le pays en particulier le Sud.
C’est là l’une des questions les plus troublantes, car l’Algérie devra redéfinir sa politique économique si elle compte atténuer son déficit fortement excessif et réduire sa dépendance à l’égard des hydrocarbures. On pourrait avancer qu’il y a peu de marge de sécurité à moyen terme dans la mesure où la chute des prix du baril n’est pas près de prendre fin dans les nouvelles mutations énergétiques mondiales. D’où les risques de bulles budgétaires  et monétaires dont la crainte d’un regain d’une économie inflationniste plus importante où il faut donc beaucoup plus de dinars sur le marché et la dépréciation de la valeur du dinar avec pour conséquences la baisse de la compétitivité de la production locale qui ne dépasse guère 40% du PIB, la perte du pouvoir d’achat des ménages et le recours à l’émission de la monnaie n’est pas à écarter.
Le monde économique a complètement changé à l’heure de la globalisation de l’économie et de la finance au moment même où notre développement économique souffre de deux problèmes majeurs : en premier, le manque de compétences et d’expertise qui constituent aujourd’hui une menace pour nos entreprises. En second lieu, l’activité économique en Algérie n’est pas entièrement dirigée par les lois économiques dont fondamentalement la libéralisation de l’économie et la création d’un climat de confiance au sein des entreprises. Notre économie exagérément centrée à près de 90% sur le commerce et les services laissant apparaître un besoin de pas moins de deux millions d’entreprises et une croissance à deux chiffres pour faire face aux bouleversements socio-économiques actuels que vit aujourd’hui l’Algérie. Partant de ce qui précède, l’Algérie a besoin de prendre quatre mesures qui s’imposent pour mettre en place un nouvel ordre socio-économique notamment, celui d’un gouvernement des entreprises en harmonie avec les réalités des marchés et des évolutions mondiales, pour en finir avec une économie subventionnée via la dépense publique. À plus juste raison, lorsqu’on considère que seules les exportations hors hydrocarbures peuvent soutenir la croissance, l’emploi et le pouvoir d’achat. Le gouvernement est appelé à respecter et faire respecter les règles et les mécanismes de l’économie de marché et la nécessité de l’internationalisation des activités de nos entreprises. Il lui faut également agir sur la libéralisation du marché et pour la création d’un climat de confiance au sein des entreprises. De même, il lui faut encourager une  législation économique favorable à l’initiative et l’action qui libère l’entreprise et faire en sorte qu’il y ait une levée de tous les blocages qui continuent d’entraver l’action économique en Algérie.

A. M-H.
(*) Financier et auteur de deux ouvrages : Comptabilité des sociétés et Gouvernance des entreprises.


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