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Les leçons du Covid-19

© D.R.

Le coronavirus a surpris chacun de nous. L’internet abonde de leçons à tirer pour tout le monde. La pandémie n’est pas encore terminée ; nul ne connaît encore les séquelles tant politiques qu’économiques. Beaucoup d’encre va être déversée sur le Covid-19 tant par les professionnels y compris les doctorants de médecine, biologie, économie, sociologie, psychologie, psychiatrie, criminologie, etc. Beaucoup de gouvernements ont déclaré être en état de guerre pour relever l’attention de leurs peuples mais pire encore, cet ennemi est invisible et nul pays n’était préparé pour cette pandémie. La mort d’un individu est certes un deuil privé et de famille mais avec la pandémie, celle-ci est perçue avec beaucoup d’émotions par chaque citoyen. Tout comme il y eut beaucoup de débats passionnants sur les raisons d’un confinement, la stratégie de sortie suscitera aussi des réflexions profondes. Les réverbérations du Covid-19 vont continuer à être ressenties pour des décennies. Et bien sûr, chacun de nous a ses opinions. Dans cet article, je livre quelques points de vue sélectifs.

Bien sûr, la première leçon est celle d’avoir des personnes capables de gérer une crise, c’est d’abord une affaire de management où tout pays a besoin de personnes disciplinées qui soient capables de cerner le problème, prendre de bonnes décisions, capables de gérer des situations, des têtes pensantes et non des têtes penchantes, aimait souvent répéter mon père, etc.

En deuxième leçon, il faut laisser place aux médecins et scientifiques pour prodiguer les soins, interpréter le data, prendre des décisions à l’échelle locale et ensuite informer les politiciens des feuilles de route et de décisions à prendre en dehors de leurs enceintes, tels l’observance des règles d’hygiène et de proximité, le lavage des mains avec du savon, le port du masque, le respect d’une distance sociale d’au moins deux mètres, le confinement, la quarantaine, les explications avec conviction que ces mesures sont efficaces. De ne jamais minimiser l’importance de le répéter car ces actions limitent la propagation du virus. Il faut citer l’exemple du village de Vo’ qui eut le malheur d’enregistrer la première victime du Covid-19 en Italie mais qui s’est relevé pour battre le virus après être mis en quarantaine. Les populations du monde ont cette fois-ci donné plus de confiance aux professionnels et les populations du monde entier ont apprécié toutes les personnes qui travaillent dans les hôpitaux.

La troisième leçon est que le Covid-19 a mis à nu les services sanitaires de tous les pays du monde. Même les pays dotés de systèmes de santé enviables avec des hôpitaux très bien équipés, telle l’Allemagne, ont montré des failles et admis qu’il y a des leçons à apprendre. Des gouvernements, à travers le monde entier, ont essuyé beaucoup de critiques. L’efficacité du gouvernement est fortement analysée et scrutinée ; chaque décision est passée au crible. Les citoyens jugent les décisions de leurs gouvernements et les comparent à celles prises par d’autres pays, et il y eut des remises en question. 
Dans certains pays comme le Royaume-Uni, la presse ne pèse pas les questions qu’elle pose au gouvernement et ce, chaque jour. N’empêche, les politiciens et les conseillers médicaux reviennent quotidiennement pour donner l’information et de répondre aux questions. C’est aux journalistes de convoyer les soucis du peuple même si le calibre des questions paraît parfois très lourd. C’est d’ailleurs la presse qui a dénoncé, photographe à l’appui, la conseillère médicale écossaise tout comme pour démontrer l’égalité de la loi pour tous les citoyens. Elle a démissionné pour ne pas avoir suivi ses consignes car elle s’est rendue dans sa deuxième résidence durant la période de confinement. Le gouvernement est d’abord élu pour servir le peuple ! Une presse libre et responsable enquête sur les excès, la mauvaise conduite, la non-gouvernance et souscrit à une déontologie, éthique et intégrité. Au fait, elle aide le gouvernement dans sa quête pour la démocratie, promotion de l’égalité de chaque citoyen devant la loi, et normalement les personnes qui adoptent une conduite noble n’ont pas à se soucier d’une presse libre. Il suffit de pénaliser les journalistes qui cachent la vérité, avancent des choses sans fondement et aiment spéculer. Il faut fonder et nous avons tous besoin d’une presse bénie !

Civisme citoyen
La quatrième leçon découle de la nécessité de bâtir sinon d’améliorer son système de santé. Revoir les meilleures leçons de la pandémie du Covid-19 de tous les pays du monde et définir un plan d’action à suivre à la prochaine crise. L’Allemagne et l’Islande ont émulé l’expérience sud-coréenne pour tester autant de gens que possible, ensuite soigner les personnes étant testées positives et confiner le reste de la population.

Il y a bien sûr la logistique : dispensation des soins et des tests, professionnalisme du corps médical, disponibilité des médicaments, prévalence de lits d’hôpitaux et d’appareils médicaux, etc. Docteur M’hamed Lakrimi (*)Chaque pays doit se doter d’un système de gestion informatique qui permet d’analyser les données, de rapporter la disponibilité tant de l’équipement médical y compris de respiration, de diagnostics, que des salles d’opération ou bien des lits, du stock de produits médicaux et pharmaceutiques, des ressources humaines, etc. Ces outils informatiques permettent non seulement une bonne maîtrise de la gestion mais aussi de véhiculer des informations fiables,  en temps réel, et de répondre à la demande aussi de façon continue et de guider tant les hôpitaux que les gouvernements dans leurs décisions. Il faut être au diapason de l’ère digitale accompagnée d’un internet béni ! Le Covid-19 a aussi démontré les défaillances industrielles de tous les pays du monde. La globalisation s’est imposée et nous avons été séduits par les gains à court terme. La Chine était devenue le manufacturant bercail du monde.

A tel point que des pays aussi développés que les Etats-Unis, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, pour ne citer que ces quelques premières économies mondiales, n’ont pu se procurer suffisamment de masques, de matériel de tests, de respiration, de kits PPE de protection à leurs corps médicaux car tout était fabriqué en Chine qui a choisi de se servir d’abord. Au vu du corps médical et de la population en large, c’était vraiment humiliant. Les critiques ont fusé de partout et nous avons assisté à des positions gouvernementales acculées et combien jugées insuffisantes. En Algérie, après un hirak béni, la réponse du peuple était louable. Des villages se sont organisés pour non seulement réguler le confinement de leurs populations mais aussi interdire l’accès aux personnes externes aux villages.

Les comités de village se sont érigés en mini-gouvernement pour gérer la distribution des denrées alimentaires à l’échelle locale. Il y eut des personnes qui ont contribué financièrement ou avec provision d’équipement médical mais surtout des citoyens qui ont fabriqué, de façon bénévole, du matériel de protection pour la protection du corps médical à Tizi Ouzou, Béjaïa et autres villes d’Algérie. C’est d’abord un enviable civisme, vraiment un civisme de géant et surtout une solidarité inouïe : tous pour un et chacun pour tous. La pandémie a aussi montré la façade d’une population bénie.

Développer l’Afrique
Des pays ont fermé leurs frontières. La primauté de l’intérêt national sur le reste du monde a prévalu sans ambiguïté, même dans la communauté européenne qui a pourtant toujours donné l’air d’une hégémonie collective. A l’égard de ses puissances mondiales, Covid-19 a montré qu’avoir l’argent n’était pas suffisant.

La demande pour les kits de protection, de respiration et de tests a dépassé l’offre. Chaque pays doit sérieusement revoir ses feuilles de route pour asseoir ses ressources humaines, son économie d’autosuffisance tant sur le plan industriel, y compris médical et pharmaceutique puisque nous parlons de pandémie, mais aussi et surtout agricole, voire alimentaire. Face à la pandémie, la Chine n’avait d’autre choix que de servir son peuple d’abord et ensuite de porter au secours à d’autres pays. Quand je parle d’industrie, je veux dire de l’équipement entier où la plus-value est ajoutée et non des pièces détachées.
Bien sûr, nous souhaitons que les gens maintiendraient les mesures d’hygiène adoptées pour le Covid-19 à vie, tels le lavage des mains au savon et le savoir des mesures à adopter pour éviter des contagions. Plus de treize laboratoires de renommée mondiale travaillent d’arrache pied pour mettre au point un vaccin. Les meilleurs ordinateurs sont utilisés pour faire la séquence du virus. Nous devons demeurer optimistes qu’un vaccin émergerait d’ici à l’été. Les plus avertis se demandent aussi les technologies qui vont émerger des conséquences du Covid-19. Travailler avec téléconférence, étudier et faire des exercices musculaires à distance sont plus acceptés aujourd’hui. Bien sûr, plus de gens ont adopté le shopping sur internet même pour les courses ménagères.

La Chine a usé de toute sa force, jugée même autoritaire, pour mettre au point mais surtout imposer une application sur portable téléphonique pour suivre le mouvement de chaque citoyen, de vérifier leur proximité avec des personnes porteuses du virus, etc. Les libertés individuelles sont remises en cause pour l’intérêt du collectif. Et on se demande quelles autres idées vont émerger.
Finalement, nous nous devons tous d’avoir une pensée pour développer notre chère Afrique pour que ce continent se serve soi-même. Le regretté Nelson Mandela, qui, doit-on le signaler, a suivi une formation militaire en Algérie, nous a indiqué la bonne voie.

Il n’avait jamais été assoiffé de pouvoir, il a montré l’exemple de conduite politique par sa sagesse de gouverner même avec ses geôliers qui étaient prêts de bâtir une nouvelle Afrique du Sud, une nouvelle République, de l’instauration de la commission de vérité, et d’assurer la gestion de la phase de transition. Ainsi l’Afrique deviendra grande sinon chacun de nous va continuer de pleurer son pays ô bien-aimé !

Par : Docteur M’hamed Lakrimi
(*) Enseignant à l’université d’Oxford (Royaume-Uni)


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