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Marie Stuart l’écossaise et sa revanche post-mortem sur Elisabeth 1re l’anglaise

Marie Stuart d’Écosse Elisabeth 1re d’Angleterre

© D. R.

Après avoir frôlé l’indépendance par un vote référendaire, l’Écosse vient de faire trembler le Parti travailliste en favorisant une élection massive des indépendantistes au détriment de l’ancrage ancien de la gauche traditionnelle britannique. Le Royaume-Uni est plus que jamais au bord d’une scission territoriale. Longue aura été l’attente de Marie Stuart qui doit savourer outre-tombe sa vengeance contre la grande reine anglaise, héritière des Tudor.
La destinée des nations est souvent chaotique lorsque les unions sont historiquement construites sur une base artificiellement élaborée puis maladroitement menées. L’union britannique n’était finalement pas si solide que l’on pouvait croire après tant de siècles qui avaient mené à une gloire militaire commune, au sommet du triomphe colonial et économique.
On connaît la terrible tragédie de la guerre civile en Irlande du Nord qui a coûté très lourd en souffrances humaines. Nous savons depuis longtemps que le Pays de Galles et l’Écosse ont des velléités d’indépendance mais personne n’imaginait qu’un jour le Royaume-Uni en arriverait au risque d’une implosion généralisée. Pourtant, le 18 septembre 2014 le premier coup de semonce est donné, l’Écosse rejette l’indépendance par une courte majorité de 55,5% contre 44,5%, après une bataille féroce menée par les partisans de l’indépendance sous la direction de N. Sturgeon, une femme politique très charismatique. Porté par une immense ferveur populaire, le Parti des indépendantistes a failli provoquer une rupture territoriale historique.
Les raisons, qui ont permis finalement un revirement brusque des derniers jours, sont aujourd’hui analysées et connues. Le projet indépendantiste était, à l’époque, porté par de nombreux militants issus historiquement du Parti travailliste. Or ce parti avait visé comme premier objectif de débarrasser le Royaume-Uni de David Cameron pour que l’Écosse se sente mieux dans un Royaume-Uni maintenu dans son unité. Les Écossais ont effectivement gardé une profonde amertume envers les conservateurs depuis l’époque de Margaret Thatcher qui a provoqué une souffrance sociale durement ressentie, un peu comme la dernière humiliation subie du puissant voisin anglais.
L’autre inquiétude du dernier moment fut la crainte de perdre la part des retombées du pétrole, fondamentale pour l’économie. Enfin, et ce n’est pas la moindre des raisons puisque les Catalans ont la même crainte, la scission avec le Royaume-Uni aurait signifié la sortie ipso facto de l’Écosse de l’Union européenne et l’exigence d’un long et difficile processus d’adhésion pour un éventuel retour alors que paradoxalement les Écossais ont toujours été de grands partisans de l’Europe, au contraire des Anglais.
Mai 2015, voilà que l’histoire se répète avec les élections législatives puisque les travaillistes ont subi une sévère déroute électorale en Écosse au profit de l’élection massive de députés indépendantistes qui iront siéger au Parlement de Londres. La fièvre n’est donc pas retombée et l’Écosse est désormais majoritairement représentée par des indépendantistes.

Que feront-ils à l’avenir ?
Toutes les nations se constituent au gré des circonstances historiques qui sont le plus souvent un enchaînement de batailles, de dominations ou d’alliances. La dramatique histoire de Marie Stuart marquera à jamais une brisure avec ceux qui allaient pourtant être les alliés au sein d’une grande nation durant plusieurs siècles. Comme tout cadavre englouti dans la mer, il finit inexorablement par remonter à la surface. Même s’il n’explique certainement pas à lui seul le contentieux entre les deux communautés, anglaise et écossaise, il n’en est pas moins une réminiscence symbolique et profonde du passé.

Marie Stuart, qui portera le nom de Marie 1re Stuart, est née de la lignée prestigieuse de la Maison de Guise (royaume de France) par sa mère et du roi d’Écosse Jacques V, son père. Marie fut proclamée reine d’Écosse au décès de son père dès les premiers jours qui ont suivi sa venue au monde. Comme on voulut la marier rapidement, elle fut tout d’abord promise au fils d’Henri VIII d’Angleterre pour apaiser les tensions guerrières entre les deux royaumes. Mais sa mère, soutenue par la noblesse d’Écosse, et à la grande fureur d’Henri VIII qui menaça d’enlever la petite Marie, la fit fuir d’Écosse pour un accueil dans la cour du roi Henri II de France, époux de Catherine de Médicis. Marie a alors à peine six ans lorsque commence son incroyable aventure.
Promise à des fiançailles avec l’héritier du roi de France, le projet avait été accompagné d’un traité permettant au royaume de France d’obtenir l’héritage de l’Écosse en cas de décès de Marie Stuart. Une clause stipulait la possibilité immédiate, en cas de recouvrement par Marie de ses droits sur la couronne d’Écosse, de permettre d’y établir des forteresses militaires, gage d’un renforcement de puissance contre le royaume anglais. Une chose tout à fait courante à l’époque puisque les contrats d’union entre les grandes familles régnantes d’Europe étaient de véritables traités diplomatiques et militaires. Un traité qui mit en fureur sa cousine, Elisabeth Ire, fille d’Henri VIII qui accéda au pouvoir à la mort de son père.
Mais la fatalité continua à s’acharner sur Marie Stuart puisqu’en 1560, après un court règne de deux ans, elle perdit son mari, de santé fragile et à peine âgé de 17 ans. On pensa dans un premier temps à la marier à l’infant d’Espagne, Don Carlos, mais son père, Philippe II, ne voulut pas prendre le risque d’une guerre hasardeuse pour rétablir les droits de Marie sur le royaume d’Écosse. Marie Stuart se résout à revenir en Écosse en 1561 où tous les malheurs l’attendaient.
La jeune reine trouva un royaume déchiré par les luttes intestines des nobles locaux et surtout par la fronde menée par le prédicateur extrémiste John Knox, passé de la religion anglicane au calvinisme. Malgré tout, elle arriva à reconquérir le cœur des Écossais et prôna une certaine tolérance religieuse réciproque pour un court moment. Hélas, ses deux mariages hasardeux l’éclaboussèrent et l’entraînèrent vers le pire. De plus, comme les malheurs se suivent, on somma Marie Stuart de suspendre une relation illégitime. Son refus conduira à son incarcération et à sa destitution au profit de son fils.  Marie Stuart s’évada et se réfugia en 1568 auprès d’Elisabeth
Ire d’Angleterre.
Embarrassée par l’affaire Marie Stuart, Elisabeth l’incarcéra à son tour pendant dix-huit années après lui avoir dénié sa position d’héritière dans l’ordre successoral de la couronne d’Angleterre. Accusée de complot avec les papistes, Marie Stuart finit par avoir la tête tranchée malgré une forte hésitation de sa cousine régnante. Les Communes avaient fermement réclamé son exécution pour haute trahison et les conseillers de la reine avaient crainte d’une guerre avec la puissante et très catholique Espagne.
L’histoire de Marie Stuart inspira tellement d’écrits qui, souvent en magnifiant le portrait, l’élevèrent au rang de martyre et de mythe.
Sa mémoire est toujours vivante en Écosse où l’on vous racontera spontanément l’histoire de cette légendaire figure nationale.
L’alliance de l’Écosse avec la France est appelée la “Auld Alliance” qui est en fait la transcription de “Old alliance”. Il n’est pas étonnant que l’Écosse ait un sentiment d’appartenance au Vieux Continent auquel son adhésion ne fera jamais défaillance malgré le projet de vouloir rompre avec le Royaume-Uni. Mais l’affaire se complique car comment concilier le souhait de se maintenir en Europe et celui de rompre avec le Royaume-Uni ? Un dilemme qui va désormais se poser à l’Écosse lors de la campagne référendaire sur le maintien ou la sortie de l’Union européenne que veut organiser le Premier ministre David Cameron.
Même si l’histoire romanesque de Marie Stuart nourrit encore le sentiment national écossais, il ne faut pas douter que l’attachement actuel des Écossais à l’Europe est surtout d’ordre économique. L’Europe est un puissant contributeur au développement des régions et l’Écosse en bénéficie largement.
Qu’importe pour Marie Stuart qui doit avoir eu de là-haut un sourire vengeur lorsqu’elle a appris le raz-de-marée indépendantiste écossais et son entrée triomphale au Parlement anglais. Comme une revanche post-mortem de Marie l’Écossaise contre Elisabeth l’anglaise.


S. L. B.
(*) Enseignant


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