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A la une / Contribution

Un an après le contre-choc pétrolier

Pour un agenda de réformes urgentes et crédibles (1)

Après des mois d’une quasi-atonie, le gouvernement a commencé à renvoyer à la population la gravité  de la situation. Dans son discours du 30 mars dernier,  M. Sellal a principalement ciblé les secteurs  du commerce extérieur et informel. Ce qui est un bon début. De nombreuses déclarations d’intention, parfois contradictoires, ont suivi, que ce soit sur le thème très important des subventions ou sur les quotas d’importation de voitures et de ciment. D’autres débats connexes ont émergé, en particulier sur la valeur du dinar.


Il y a un an, le prix du baril de pétrole a entamé une longue et forte baisse. Ainsi le prix du baril de Brent est passé de 110 $ à 63 $, une baisse de plus de 40% qui a entraîné des conséquences dramatiques pour l’économie du pays, en particulier une baisse de 20% du dinar par rapport au $ depuis un an ; un déficit budgétaire de 457,2 mds de dinars pour les trois premiers mois de 2015, soit 1828,8 mds de dinars une fois annualisé (19 mds $) - la ponction intégrale annoncée de ce déficit sur le Fonds de régulation des recettes (FRR) réduisant ce dernier à 2579,2 mds de dinars, ce qui conduirait à ce  rythme à son épuisement en mai 2017- ; et enfin, un déficit annuel de la balance des paiements proche de 30 mds. 
Après des mois d’une quasi-atonie, le gouvernement a commencé à renvoyer à la population la gravité de la situation. Dans son discours du 30 mars dernier, M. Sellal a principalement ciblé les secteurs du commerce extérieur et informel. Ce qui est un bon début. De nombreuses déclarations d’intention, parfois contradictoires, ont suivi que ce soit sur le thème très important des subventions ou sur les quotas d’importation de voitures et de ciment. D’autres débats connexes ont émergé, en particulier sur la valeur du dinar. Ces débats sont nécessaires pour peu qu’ils débouchent à court terme sur une politique économique cohérente et globale et ne restent pas lettre morte sous les coups de boutoirs des lobbys encore très actifs. La détérioration des positions budgétaire et extérieure de l’Algérie est si grave que des actions fermes sont urgemment requises. Nous passons en revue quelques-uns des débats ouverts.

Réduire les subventions
Dans une contribution datée du 15 janvier dernier (2), nous avons souligné le caractère anti-économique et anti-social de nombre des subventions actuelles, en particulier celles concernant les produits énergétiques. Le caractère régressif extrême de ces subventions étant avéré, l’idée de réserver les produits énergétiques subventionnés aux catégories sociales les moins favorisés est frappée au coin du bon sens. Nous soutenons le projet de cartes pour limiter les quantités subventionnées comme première mesure urgente. Ce système a fait ses preuves en Egypte pour le pain à tel point que ce pays envisage d’en étendre l’usage pour limiter la consommation d’énergie subventionnée. Nous devons aller dans ce sens et faire bon usage des ressources colossales ainsi dégagées.

Combattre le lobby des importateurs
Les nouvelles orientations du gouvernement sont prometteuses, mais elles devraient se concrétiser de façon plus ferme sur le terrain. Ainsi, le feuilleton sur les quotas d’importation de voitures est en passe d’être désespérant, puisque l’annonce de limiter les importations de voitures à 400 000 pour 2016 est plutôt clémente. En effet, la baisse du dinar suffira à atteindre un tel objectif ! Une politique de limitation des importations n’a de sens que si elle est globale, explicitement fondée sur des plans sectoriels et quantitativement significative ; elle ne peut se contenter de mettre à l’index un ou deux sous-secteurs pour le symbole, sans que cela ne soit suivi d’ailleurs de mesures quantitativement significatives. La crédibilité du gouvernement dans sa lutte supposée contre les lobbys d’importateurs est à ce prix.

Combattre l’informel
Dans son discours du 30 mars, M. Sellal a explicitement ciblé le secteur informel. Mais au lieu d’un véritable plan bien articulé et complet visant réellement à combattre le secteur informel, la principale initiative qui semble avoir émergé est l’amnistie fiscale (moyennant une pénalité à taux plutôt réduit). 
C’est très insuffisant compte tenu des objectifs affichés. Il y a de nombreuses raisons de penser qu’axer une politique anti-informel sur l’amnistie fiscale ne peut réussir dans un pays comme le nôtre si l’objectif poursuivi est un démantèlement significatif et durable de ce secteur. Sans rentrer trop dans la littérature économique abondante sur ce sujet, il est en effet difficile de penser qu’une amnistie ponctuelle comme celle prétendument préparée par le gouvernement puisse avoir un impact à long terme sur la taille du secteur informel en Algérie, elle pourrait même avoir à terme un effet contraire, car elle déculpabiliserait ceux qui, jusqu’alors dans la légalité, seraient tentés de “tricher”. 

Fixer le dinar à sa valeur 
Le dinar a beaucoup baissé par rapport au dollar américain depuis juin 2014 puisqu’un dollar valait 79,3 DA le 30 juin 2014 contre 99 DA le 30 juin 2015, soit une baisse de 20%. Cette baisse est partagée par plusieurs économies dépendantes des hydrocarbures et des matières premières : Australie : -19,6% ; Canada : -15,2% ; Norvège : -21,6% ; Russie : -40%.  Nous pensons que le dinar algérien est encore surévalué et que la Banque d’Algérie (BA) devrait le baisser encore plus. Selon la BA, le dinar était surévalué de 5,11% par rapport à son niveau d’équilibre en septembre 2014. En décembre 2014, la BA affirme encore que “le taux de change effectif réel s’est légèrement apprécié en 2014 par rapport à l’année 2013”, alors que le rapport annuel de la BA de l’année 2013 nous indique que le dinar était déjà surévalué de 4%. Le dinar a beaucoup baissé par rapport au dollar en valeur nominale depuis janvier 2015 (-11,2%), mais c’est aussi le cas de beaucoup de monnaies, euro inclus. Il est donc possible, voire probable que le dinar soit encore surévalué par rapport au prix d’équilibre du modèle de la BA. Il apparaît déjà certain qu’il y a encore une marge à la baisse du dinar par rapport à sa valeur d’équilibre, la marge de 5% mentionnée par la BA n’étant qu’une borne inférieure.
Pour s’en convaincre, il est utile de comparer l’évolution du dinar avec celle d’autres devises de pays dont l’économie dépend fortement des hydrocarbures. Considérons par exemple la Norvège et la Russie, dont la valeur des monnaies est librement fixée par le marché, même si la Russie subit des sanctions économiques qui ont significativement affecté l’évolution de sa monnaie. La figure montre les variations hebdomadaires depuis fin juin 2014 à fin juin 2015 du prix du pétrole, et de la valeur contre le dollar américain de plusieurs monnaies, à savoir le dinar algérien, la couronne norvégienne, le rouble russe et l’euro. Pour faciliter la comparaison, tous les prix ont été ramenés à 100 à fin juin 2014. Par exemple, une valeur de 90 pour le dinar indique une baisse de 10% depuis fin juin 2014 du dinar par rapport au dollar. En résumé, les baisses contre le $ ont été de 20% pour le dinar ; 21,6% pour la couronne ; 40% pour le rouble et 18,4% pour l’euro. En tenant compte des taux d’inflation, on obtient des baisses en termes réels de 15,2% pour le dinar ; 19,5% pour la couronne ; 24,8% pour le rouble et 18,5% pour l’euro. Par rapport à l’euro, les baisses nominales ont été de 1,5% pour le dinar ; 4% pour la couronne et 24% pour le rouble. En tenant compte de l’inflation, la valeur du dinar a en fait augmenté de 3% par rapport à l’euro, alors que la couronne a baissé de 2,2% et le rouble de 8,5%. 
Notons que personne en Europe ne parle de dévaluation mais uniquement de baisse due à des facteurs économiques. En Algérie, des cercles proches de certains lobbys utilisent sciemment le terme “dévaluation” pour des raisons populistes évidentes pour qualifier la baisse économiquement justifiée du dinar, entraînant ainsi la BA dans une communication peu reluisante. Pourtant, on peut affirmer que le dinar a baissé moins que la couronne par rapport au dollar et à l’euro de 2% en termes nominaux et de 5% en termes réels, sachant que l’économie scandinave est bien plus diversifiée et efficiente que la nôtre. La BA reconnaît elle-même une surévaluation de 5%, mais de notre point de vue, cette surévaluation est plus probablement une borne inférieure. Bien sûr, la baisse du dinar a des effets négatifs. Le principal effet négatif est l’augmentation des prix des biens importés et payés en $, c’est-à-dire l’inflation. Il se trouve cependant que l’inflation mondiale est très faible (zone Euro : 0,3% ; Etats-Unis : 0% ; Chine : 1,2%). De plus, les produits agricoles que l’Algérie importe beaucoup sont en forte baisse (indice alimentaire global : -22% ; blé : -35% ; maïs : -23% ; riz : -5% ; sucre : -30%). Ainsi, la baisse du dinar par rapport au $ (20%) est largement compensée par les baisses des produits agricoles. L’argument de l’inflation importée pour dénoncer la baisse du dinar semble pour le moins faible pour le moment. En outre, la baisse du dinar a un effet positif direct sur les finances publiques. Comme les exportations des hydrocarbures ont baissé de 43,67% entre les cinq premiers mois de 2015 et de 2014, le montant en $ des recettes fiscales pétrolières a aussi baissé de 43,67%. Mais les recettes fiscales sont de fait comptabilisées en dinars et l’Etat paye ses dépenses internes en dinar. Ainsi, la forte baisse du dinar par rapport au $ atténue la baisse des recettes fiscales pétrolières en dinars : cette baisse est 31,5% et non pas 43,67%. Enfin, les recettes ordinaires liées aux importations (TVA, droits de douane) bénéficient également de la baisse du dinar (+9,1%). Contrairement à ce que certains prétendent, ces gains fiscaux engendrés par la baisse du dinar sont significatifs. 

Conclusion
Les positions budgétaire et extérieure de notre pays sont très délicates actuellement, et risquent de s'aggraver dans le court terme si les déclarations d'intention du gouvernement ne sont suivies que de quelques mesurettes isolées, formes finales de mesures initiales courageuses édulcorées par les pressions des différents lobbys en action. Il est indispensable que les déclarations gouvernementales se concrétisent par de véritables plans d'action globaux, explicitement fondés et quantitativement significatifs pour espérer avoir un impact à long terme. En attendant, il est urgent d'aller au bout des premières actions annoncées. Il est temps aussi que le dinar soit fixé à sa valeur d'équilibre qui ne doit refléter que les fondamentaux de notre économie.


R. B./R. B-H./ N. M.
(*) Professeurs d’économie.

 

1 - Une version plus longue de la contribution est disponible à http://www.amseaixmarseille.fr/sites/default/files/actu/algerie_etat_urgence.pdf
2 - Le document est posté à http://gremaq.univtlse1.fr/perso/meddahi/BM_Version_Finale_15janv2015.pdf


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