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Contribution

«Pour un espoir fondé»

L’objet de cette contribution est de revisiter l’expérience algérienne de développement, à la lumière d’autres  expériences.

Cependant, je me permets à titre liminaire de m’écarter du domaine de l’économie du développement, domaine que j’ignore le moins, pour une digression en réaction au documentaire diffusé par la chaîne Arte « Alger, la Mecque des révolutionnaires ».

Loin de moi est l’idée de distribuer des bons ou des mauvais points. Je m’interroge simplement : qui ne comprendrait pas que ce peuple, de part sa générosité et le prix fort qu’il a payé pour l’indépendance de son pays, soit mû par l’ardent désir de contribuer à la libération d’autres peuples, en application même du « principe issu du droit international» ? La réponse pourrait-elle être pleinement appréhendée par celui qui ignore non seulement la soif de liberté, mais aussi celle de création, du peuple algérien qui venait de mettre fin à sa colonisation? Car outre les contributions majeures apportées à ces mouvements de libération, c’est aussi par leurs pendants intellectuels et culturels que l’Algérie avait rayonné.

Quoiqu’il en soit, ce documentaire m’aura ainsi offert l'occasion de me replonger dans cette période exceptionnelle de l’immédiat après indépendance.

Au début de l’été 1963, lors de la fête de fin d’année du lycée Mohamed Kerouani (ex Eugène Albertini) que je fréquentais, j’ai été désigné pour lire un texte de Voltaire. « Prière à Dieu ». Un passage est resté gravé dans ma mémoire : « Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères…». Il résumait tout l’humanisme qu’exaltait cette période.

A la fin de l’été, Je me rendis à Alger pour étudier l’économie à l’Université. Plus tard, un enseignant me suggéra de participer à un camp international de la jeunesse qui se tint à Sidi Fredj. C’est là où je rencontrai Boualem, une personnalité hors norme pour laquelle je garde le plus profond respect et une amitié sincère. C’est lui qui mena cette initiative et qui m’y associa étroitement. Cette entreprise donnera naissance à « Nedjma, Bureau des échanges et des voyages de la jeunesse », en hommage à l’œuvre éponyme de Kateb Yacine. C’est en l’accompagnant que je devins, à tout le moins, un observateur d’un monde nouveau, celui de la liberté et de l’épanouissement, dont l’indépendance amorça la construction.

Déjà, dans la salle des actes l’université, j’assistai à des débats économiques, politiques, culturels, sociaux et sociétaux d’une richesse inédite. Mais c’est surtout à l’occasion des activités du camp international de Sidi Fredj que j’allai découvrir quelques acteurs de ce monde en effervescence.

Tout près de ce port historique encore vierge des aménagements ultérieurs opérés par Fernand Pouillon, des conférences et débats furent organisés autour de thèmes concernant l’Algérie bien sûr, mais aussi le reste du monde ; des intervenants venus d’horizon divers y contribuèrent. Parmi eux, un étudiant de l’Ecole Normale Supérieure, faisant montre d’une

capacité d’analyse et d’un esprit critique saisissants, me permit de découvrir cette prestigieuse institution et de profiter, plus tard, de ses activités alors que je préparai ma thèse de Doctorat

à Paris. Je ne fus point étonné d’apprendre alors qu’il fut l’un des principaux leaders du mouvement de « mai 68 » en France. Je compris ainsi l’importance de la qualité de la formation, de l’excellence,  et de l’ouverture de l’esprit au monde, pour la transformation de ce dernier pour le meilleur, et ce quelque soit la divergence d’opinions de ceux qui contribuent à un tel processus.

Des soirées musicales animèrent également le camp, auxquelles nous eûmes le plaisir d’écouter des légendes de la chanson algérienne telles que Hadj El Anka et Fadela el Djazairia. En hommage à ces maîtres de la musique, un disque 33 tours fut édité, et c’est le grand maitre de la peinture, M’hamed Issiakhem, qui accepta d’en orner la pochette en y appliquant sa main trempée de peinture tout en déclarant : « rien de plus cher que notre jeunesse ; pour elle je sacrifie ma seule main ! ». Je compris alors qu’un véritable créateur est toujours généreux, qu’il donne toujours plus qu’il ne reçoit ; que serait-il s’il oubliait un instant de penser aux autres, aux jeunes notamment ?

L’émulation intellectuelle qui anima cette époque s’étendit aussi au théâtre. Je n’oublie pas l’émotion du jeune comédien auquel on proposa la direction du théâtre du Mogador devenu « théâtre de la jeunesse ». Ses ainés l’assistèrent alors même qu’ils furent eux mêmes engagés dans de formidables processus de création. Je compris qu’il ne sert en effet à rien de disposer de savoir et de savoir-faire si l’on est incapable de les transmettre aux autres, en particulier aux jeunes, encore une fois.

Il en fut de même en matière cinématographique. Alors que Ponte Corvo ou encore Costa Gavras réalisèrent des chefs-d’œuvre à Alger, Lakhdar Amina se vit décerner, plus tard, la Palme d’Or à Cannes. La cinémathèque algérienne accueillit par ailleurs des débats auxquels contribuèrent des sources intarissables de connaissances, d’origines et d’opinions diverses.

C’est aussi en Algérie que l’illustre figure de l’architecture moderniste, Oscar Niemeyer, alors en exil, fut accueilli. L'architecte brésilien y trouva un terrain propice à des créations remarquables : « J’y ai trouvé la meilleure des solidarités. J’ai beaucoup aimé ce pays, j’ai gardé de l’affection. J’ai aimé beaucoup Alger si lumineuse et accueillante », avait-il confié en 2006 au quotidien El Watan. 

Tout ceci pour rappeler simplement que cette soif de liberté ainsi que ce désir de création et de partage qui habitaient la jeunesse et les intellectuels de l’époque permettent de mieux apprécier l’accueil réservé à ceux venus d’ailleurs, avec la volonté d’accéder eux aussi à la liberté. Car au-delà de la liberté des peuples à disposer d’eux même, à laquelle l’Algérie a fourni un soutien sans faille, c’est la liberté de réflexion dans tous les domaines ainsi que celle de la création culturelle et artistique que l’Algérie a aussi accueillies et nourries.

Cela me ramène à l’objet de ma contribution :

 -I- De L’accumulation coloniale : substitution d’exportations  et surexploitation;

- II- De l’expérience nationale  de développement économique et social ;

Le traitement de la  question coloniale permet de mieux apprécier cette soif de liberté évoquée plus haut, alors que celui de la question  suivante montre que quelque soient  les difficultés du moment, l’Algérie a les moyens de les transformer en opportunités génératrices d’un espoir fondé, pour notre jeunesse notamment.

Professeur des Universités, Abdelouahab Rezig a été notamment Recteur de l’Université d’Alger3, membre du Conseil National Economique et Social (CNES), membre du conseil consultatif du rapport des Nations Unis sur le développement humain dans le monde arabe (PNUD), Professeur associé et/ou invité notamment aux universités de Naples, de Lyon, de Grenoble et de  Tempéré.

Lire également: "Comment passer d'une économie “atypique” à une économie de marché"

&

"De l’accumulation coloniale : substitution d’exportations et surexploitation"

 

Professeur Abdelouahab Rezig

Professeur d'économie à l’Université d’Alger III, avocat omis, a été doyen de la Faculté de sciences économiques d'Alger, dire‹cteur du Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread), directeur du Centre de développement des Nations unies pour l’Afrique du Nord, recteur de l’Université d’Alger 3, membre du Conseil national économique et social (Cnes), membre du conseil consultatif du rapport des Nations unies sur le développement humain dans le monde arabe (Pnud). Il a en outre été professeur associé et/ou invité notamment aux universités de Naples, de Lyon, de Grenoble et de Tempéré.


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