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A la une / Contribution

Après la chute des cours des hydrocarbures

Quelle transition énergétique pour l’Algérie ?

©D. R.

L’Algérie se retrouve encore une fois confrontée à une crise pétrolière provoquée par la chute vertigineuse des cours du brut qui, d’environ $115 le baril en juin 2014, est tombé à près de $45 à la fin de janvier 2015. Cette chute ne manquera pas d’entraîner avec elle une rente déjà en déclin.
La transition énergétique dont on parle tant et le passage vers l’après-pétrole qu’on évoque moins souvent, déjà problématiques, ne pourront que l’être encore davantage. En l’absence d’une véritable stratégie de diversification de l’économie, seule solution de sortie de la crise, on se rabat sur une hypothétique transition énergétique présentée comme une panacée capable de résoudre les problèmes anticipés, voire même de remplacer la rente pétro-gazière actuelle par une utopique rente  schisto-solaire. Qu’en est-il au juste ?     

Problématique de la transition énergétique
La transition énergétique en Algérie est le passage d’un système énergétique basé en quasi-totalité sur des hydrocarbures conventionnels en voie d’épuisement vers un nouveau système basé sur un bouquet énergétique aussi diversifié que possible pour assurer au mieux la sécurité énergétique et économique du pays.
La question qui se pose à ce stade est de savoir quel sera le potentiel des énergies alternatives entrant dans ce bouquet ? Dans une analyse précédente, il a pu être montré que ces énergies ne sont pas rentables et que quand bien même elles le deviendraient leur potentiel sera minime par rapport aux besoins futurs.  En résumé :
1 -  Potentiel des hydrocarbures de schiste  
Avec l’objectif officiel de 200 puits par an, on arrivera tout juste à obtenir une production de 6 milliards de m3/an et non pas les 20 milliards de m3/an anticipés. Pour atteindre l’objectif de 20 milliards, il faudrait forer environ 670 puits par an. Pour atteindre celui des 60 milliards de m3/an, le nombre de puits s’élèverait à environ 2000 par an.
2 - Potentiel de l’énergie solaire
Le mégaprojet solaire de 22 000 MW ne pourra économiser plus de 5 milliards de m3 de gaz par an ni plus de 150 milliards de m3 au cours de sa durée de vie d’une trentaine d’années, ce qui est largement inférieur aux 600 milliards avancés dans d’autres estimations.
3 - Potentiel du charbon
Si son exploitation est possible et que deux centrales à charbon de 1000 MW chacune sont construites d’ici 2030, cela permettrait d’économiser un total de 3,6 milliards de m3/an de gaz.
4 - Potentiel du nucléaire
En supposant qu’une telle centrale sera construite, elle ne permettra d’économiser qu’environ 1,9 milliard de m3 de gaz par an.
5 - Potentiel de l’ensemble des énergies alternatives :
Si les projets sont réalisés tels quels et dans les délais, ce qui est loin d’être évident, la contribution de l’ensemble des énergies alternatives s’élèvera à 16,5 milliards de m3/an de gaz, correspondant à 14,8 millions de TEP/an.
Comparé à la production actuelle de gaz d’environ 85 milliards de m3/an, l’apport de ces 16,5 milliards n’en représentera que 19%.
Si on le compare à la production d’hydrocarbures conventionnels (gaz + liquides + brut) qui tourne autour de 200 millions de TEP, cet apport ne représentera plus que 7% du total.
À lui seul, le gaz de schiste n’en représentera que 7% et 2,7% respectivement alors que l’énergie solaire à elle seule n’en représentera que 6% et 2,2%..
Quant aux exportations, prévues s’arrêter vers 2030, elles ne seront prolongées que d’environ 4 ou 5 ans. Mais les volumes exportés seront minimes et varieront d’un maximum de 16,5 milliards de m3 en 2030 pour s’annuler vers 2034/35, soit une moyenne d’environ 8,25 milliards de m3/an avec des marges bénéficiaires dérisoires par rapport au gaz conventionnel.

Problématique de l’après-pétrole en Algérie
L’Algérie est-elle entrée ou pas dans l’après-pétrole ? Une telle question peut surprendre certains habitués à la vague et fausse notion que l’après-pétrole est synonyme de tarissement des gisements, donc une échéance encore lointaine dont il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour le moment.
Aussi, il est indispensable, avant d’aller plus loin, de préciser ce qui est entendu ici par “après-pétrole” en le définissant dans le cadre des problèmes spécifiques qui se posent à l’Algérie, c’est-à-dire dans le contexte du déclin d’une rente en voie de disparition plutôt que dans celui d’un tarissement des réserves.
Dans ce contexte, l’après-pétrole peut être défini comme étant la période commençant le jour à partir duquel la rente pétro-gazière ne suffira plus pour assurer l’équilibre de la balance commerciale. Sur la base de cette définition, l’après-pétrole est déjà là.
Bien qu’il ait été prévu que l’Algérie ferait progressivement, à partir de 2015, ses premiers petits pas dans l’après-pétrole tel que défini plus haut, il n’avait pas été prévu qu’elle y  entrerait brusquement à grands pas avec la chute inattendue des prix et qu’elle s’y trouverait bien enfoncée sans trop savoir comment s’en sortir.
Même sans la chute des prix, il serait resté très peu de temps et de ressources pour mener à bien la transition vers une économie diversifiée, seule capable d’assurer la survie du pays lorsqu’il sera prochainement privé d’une rente déjà déficitaire. Avec la chute des prix, et donc des recettes, il n’en restera certainement pas assez, surtout que le temps requis pour cette transition sera beaucoup plus long que la courte durée de vie restant à la rente. Il s’agit là, en effet, d’un processus lent et complexe pour lequel l’Algérie ne semble avoir aucune stratégie ni vision claires malgré les expériences d’échec vécues jusque-là.
En réalité, le développement s’est tout simplement confondu avec celui des hydrocarbures au détriment de la diversification. Et s’il est vrai que des actions ont été entreprises dans les autres secteurs, la plupart se sont soldées par des échecs, et à chaque échec on sonnait la retraite vers la forteresse des hydrocarbures, seule capable d’assurer survie et protection. À telle enseigne qu’on s’est habitué à s’y réfugier trop fréquemment jusqu’à en faire une résidence permanente et confortable sans trop chercher à en sortir.
Résultat : près de 45 ans après leur nationalisation et malgré des recettes approchant les $1000 milliards, le pays dépend des hydrocarbures à plus de 98% de ses exportations. Une telle situation rend l’Algérie extrêmement sensible aux fluctuations du marché et la met en grand danger en cas de chute des prix et/ou d’épuisement des réserves.

La chute actuelle des prix annonce-t-elle une crise plus grave que les précédentes ?
Bien qu’elle ait déjà traversé des crises de cette nature dans le passé, l’Algérie ne semble pas en avoir retenu les enseignements et a vite fait de les oublier pour se replonger aussitôt dans l’aisance d’une rente providentielle dès que les prix du baril remontent. Il suffit de se souvenir du choc pétrolier de la fin des années 1980, suite à la chute des prix provoquée par le principal exportateur de l’OPEP, pour comprendre à quel point une telle situation peut déstabiliser un pays et le précipiter dans le chaos.  
Or la crise actuelle pourrait s’avérer encore plus grave. En effet, si à cette époque-là les prix avaient fortement chuté jusqu’à $10 le baril avec une dette insupportable dépassant les $30 milliards, les réserves, quant à elles, étaient encore substantielles avec un potentiel de production soutenu. De plus, les hydrocarbures non-conventionnels, en particulier les hydrocarbures de schiste, n’avaient pas encore fait leur apparition. Il faudra attendre plus de 30 ans pour cela.
Par contre, la crise actuelle est plus préoccupante car la chute des prix vient se superposer à une crise préexistante de nature pérenne avec l’affaiblissement des réserves, le déclin de la production, l’envolée de la consommation interne, et le fléchissement des exportations. Bien sûr, le pays se prélasse aujourd’hui dans une aisance financière très confortable avec une dette extérieure presque nulle, des réserves de change s’élevant à environ $190 milliards et un fonds de régulation des recettes (FRR) avoisinant les $75 milliards. Mais l’existence d’un tel matelas financier peut conduire à un sentiment de sécurité trompeur et dangereux car il laisse  croire que ce fonds et ces réserves permettront de surmonter, sans grandes difficultés, une crise supposée passagère et de courte durée. Or rien ne prouve qu’elle soit de courte durée.
D’abord parce que le pays subit deux crises superposées : pérenne pour l’une, imprévisible pour l’autre. Ensuite, parce que les réserves de change et le FRR ne pourront renflouer l’affaissement de la rente que pour une période limitée. Or l’effondrement des prix pourrait durer bien plus longtemps si la véritable géostratégie de l’Arabie Saoudite est de protéger ses parts du marché international.
Dans ce cas, il est à craindre que la baisse des prix se  maintienne encore longtemps. En effet, la révolution des schistes est venue perturber le marché en y ajoutant d’importants volumes d’environ quatre millions de baril par jour sans parler du gaz. Ces volumes pourraient doubler dans le moyen terme et accroitre une offre déjà excédentaire. De plus et sans entrer dans les détails techniques, le mode d’exploitation des hydrocarbures de schistes, de par leur résilience à céder des parts de marché et leur réactivité à les reprendre, ne peut que favoriser la baisse des cours face à la détermination de l’Arabie Saoudite. Or, ce bras de fer entre deux acteurs en compétition risque de durer longtemps avec des prix qui fluctueront probablement entre $40 et $80/baril pour se stabiliser quelque part entre les deux, sauf évènement majeur venant bouleverser l’équilibre établi. Par ailleurs, d’autres acteurs comme l’Iran, la Lybie et l’Irak pourraient reprendre leur niveau de production normal ou même l’augmenter et inonder le marché, ce qui ne favorisera absolument pas les prix.
Si ce scénario s’avère juste et surtout s’il perdure, des jours difficiles s’annoncent pour l’économie algérienne qui ne tient qu’au seul fil, prêt à se rompre à tout moment, d’une rente précaire. Il illustre également la vulnérabilité du pays et les dangers qui le guettent face aux caprices des cours qu’il ne peut ni prévoir ni contrôler car déterminés en dehors de ses frontières.

Les hydrocarbures conventionnels, seule ressource pour financer la transition
Il est clair que les énergies alternatives, même si elles s’avèrent rentables, ne pourront apporter qu’une contribution très marginale par rapport aux besoins énergétiques anticipés à l’horizon 2030. Elles seront donc loin de pouvoir générer les ressources nécessaires au financement d’une économie hors hydrocarbures.  
Dans ces conditions, seuls les hydrocarbures conventionnels semblent posséder le potentiel d’une énergie capable de combler le déficit énergétique qui s’annonce et de générer les ressources requises pour financer la transition économique. D’autant plus que le domaine minier algérien est réputé être sous-exploré et sous-exploité. Aussi, il est primordial de concentrer le gros des efforts dans l’amont, même si la baisse des cours du brut persiste, afin de freiner ou encore mieux inverser le déclin des réserves et de la production.
Si ces efforts portent leurs fruits et si la rente n’est pas dilapidée comme par le passé, alors une nouvelle chance, à ne pas rater, s’offrira pour préparer l’après-pétrole. La dernière chance peut-être car les capacités futures de l’amont sont incertaines et semblent proches de leur limite. À défaut, c’est une transition en terrain très accidenté sur fond d’endettement international et de troubles sociaux qui s’annonce.
Il est également primordial de concentrer les efforts sur l’énorme gisement non exploité que sont l’efficacité énergétique et les économies d’énergie. D’autant plus qu’un tel gisement présente le gros avantage de se trouver déjà en surface, contrairement à un gisement classique où il faut investir dans l’exploration, le développement et l’exploitation pour l’y amener.( …)

M. T.
Ancien directeur à la Sonatrach

mterkmani@msn.com


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