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Contribution

Réflexions sur le rôle des facultés de médecine en Algérie

Il est primordial de doter les formateurs en sciences de la santé d’une expertise à la fois médicale et pédagogique. © Archives Liberté/Louiza

La faculté de médecine moderne est reconnue pour son rôle social et pour son professionnalisme en termes de qualité de la formation médicale centrée sur les apprenants et les apprentissages. Pour autant, la faculté de médecine d’aujourd’hui est dans l’obligation déontologique et éthique de se doter d’un savoir-faire en pédagogie universitaire appliquée aux sciences de la santé. En d’autres termes, toute faculté de médecine est redevable socialement de la nécessité de répondre aux besoins pédagogiques de ses apprenants en collaboration interprofessionnelle avec les intervenants du milieu hospitalier, et dont la finalité est de fournir des soins de santé de qualité. Les facultés de médecine, en association avec les milieux hospitalo-universitaires, sont des institutions dédiées prioritairement à l’apprentissage dans un contexte de prestations de soins de santé. En outre, elles participent au développement de l’expertise médicale et des activités d’enseignements cliniques dans chaque domaine disciplinaire. Ces activités sont intégrées dans un modèle d’organisation des apprentissages centrés sur les services des soins, et dont la visée principale est de développer l’autonomie des futurs médecins pour les besoins du réseau de santé en Algérie. En plus de ces activités d’apprentissages, les facultés de médecine ont pour mission fondamentale de fournir, à la société, des médecins compétents en mesure d’assurer des soins de santé de première ligne et de deuxième ligne partout en Algérie. La vocation principale d’une faculté de médecine doit s’articuler autour de l’apprenant en sciences de la santé d’un point de vue pédagogique. En d’autres termes, l’apprenant doit être au cœur de la préoccupation de la faculté de médecine, d’autant qu’elle est responsable de l’ensemble de son cheminement pour toute la durée du cursus de formation médicale. On attend souvent des apprenants des sciences de la santé qu’ils accordent une très grande importance à la qualité du service médical offert aux patients. Pour ce faire, il est primordial de doter les formateurs en sciences de la santé d’une expertise à la fois médicale et pédagogique. L’intérêt particulier porté à la compétence pédagogique du formateur est à la base de la qualité de la formation médicale et des soins de santé. Au regard des enjeux liés à la mutation des facultés de médecine en faveur de la formation médicale de qualité, il est important de signaler que les curriculums de formation actuels n’obéissent pas aux normes pédagogiques modernes. En effet, il a été constaté que ces curriculums sont réduits à de simples listes bibliographiques et de titres qui fournissent des informations générales et lacunaires sur le domaine à enseigner et à apprendre. De plus, ils sont dépourvus d’objectifs de formation, des critères et des modalités d’évaluation des apprentissages selon les normes docimologiques reconnues. Par ailleurs, dans les programmes disciplinaires en sciences de la santé, les apprenants ne sont pas informés des approches, des stratégies et des méthodes d’enseignements que le formateur pourrait utiliser pour favoriser les apprentissages. Les remarques ci-dessus ne mettent pas en cause l’expertise médicale des formateurs, mais beaucoup plus les pratiques pédagogiques en termes d’encadrement, de planification et d’évaluation des apprentissages selon des approches pédagogiques en vigueur telles que l’approche par compétence. Dans la culture facultaire des sciences de la santé, la qualité de l’acte d’enseigner et l’enseignement médical en général ne semblent pas être une priorité. En effet, les médecins résidents en sciences de la santé ont souvent noté le laisser-aller de l’acte d’enseigner au profit de la course à l’excellence dans l’expertise médicale et la recherche médicale, et ainsi d’ignorer la valeur ajoutée de l’acte d’enseigner comme assise à l’amélioration de la formation médicale et des soins de santé. La faculté de médecine algérienne est-elle vraiment aussi centrée sur la recherche médicale qu’on le prétend ? Est-elle si réfractaire au changement et à l’innovation pédagogique en contexte des sciences de la santé ? Et pourtant, la formation pédagogique à l’acte d’enseigner représente le facteur essentiel capable de créer les conditions nécessaires à l’émergence d’une culture pédagogique au sein de chaque faculté de médecine, et dont les finalités sont l’amélioration qualitative de la formation médicale et des soins de santé. Il est clair que pour faire de nos facultés de médecine et de nos centres hospitalo-universitaires des lieux d’apprentissage et de formation crédibles et innovants en sciences de la santé, un point est souvent oublié : la pédagogie médicale. Or c’est par la pédagogie universitaire appliquée en sciences de la santé que fonctionnent toute faculté de médecine et tout centre hospitalo-universitaire en tant qu’instances de construction et de transmission des savoirs. Il est reconnu que les formateurs en sciences de la santé sont parmi ceux qui n’ont pas eu d’apprentissage en pédagogie médicale durant leur cursus de formation. Ils sont souvent confrontés à diverses problématiques pédagogiques telles que l’évaluation des apprentissages selon les normes docimologiques en vigueur en milieu de santé, la supervision des apprenants durant les stages cliniques selon les normes d’encadrement reconnues, la planification pédagogique des programmes disciplinaires, l’application des stratégies d’apprentissage en contexte clinique, la pratique des habilités et des méthodes d’enseignement en milieu hospitalo-universitaire, la conception des curriculums de formation, et dans bien d’autres domaines de la pédagogie appliquée en sciences de la santé. Dans la faculté de médecine contemporaine, l’enseignement en sciences de la santé constitue sa mission première, et la qualité des enseignements dispensée doit être plus que jamais au cœur des préoccupations des doyens de médecine, des conseils pédagogiques nationaux et des autorités facultaires. De plus, l’un des facteurs pour promouvoir la qualité des apprentissages et de l’acte d’enseigner en sciences de la santé est la compétence pédagogique des formateurs. Enseigner en sciences de la santé est un métier qui évolue, et pourtant, que font les facultés de médecine pour préparer les formateurs à l’exercice de cette mission première ? Enseigner en sciences de la santé n’est pas aussi simple que l’on prétend, car l’enseignement de la médecine est une activité beaucoup plus complexe. De plus, cette dernière ne doit plus être un exercice de transmission des connaissances par le biais d’exposés magistraux unidirectionnels.
Le formateur en sciences de la santé est amené à animer des études de cas, à concevoir et à superviser les apprenants, encadrer des stagiaires et des projets en équipe, à organiser des ateliers de raisonnement clinique (ARC) et des séances d’apprentissage par problèmes (APP). Ces activités et pratiques pédagogiques suscitées ont un impact direct et important sur la qualité de la formation médicale et des soins de santé. Pour améliorer la qualité des enseignements en sciences de la santé et des formations médicales en général, il est évident que l’apprentissage à l’acte d’enseigner en sciences de la santé représente le premier chaînon dont le formateur a besoin pour procurer des pratiques pédagogiques centrées sur les apprenants et les apprentissages. En d’autres termes, il est essentiel de traiter en amont les problématiques pédagogiques en sciences de la santé par des formations préalables des formateurs à la pédagogie médicale.
Ces formations doivent répondre principalement à des objectifs de perfectionnement professionnel et de développement des habilités d’enseignement, d’évaluation et de supervision clinique en sciences de la santé. Les propositions pour améliorer la qualité des enseignements en sciences de la santé sont nombreuses, mais encore faut-il que les doyens et les responsables facultaires manifestent un écho salvateur à ces suggestions et qu’ils soient sensibles aux enjeux de la mutation de la faculté de médecine dans le domaine de la formation des formateurs à la pédagogie médicale. Ces enjeux doivent être au cœur des réflexions actuelles du ministère de l’Enseignement supérieur et des doyens de médecine, préoccupés certainement par la pertinence pédagogique de l’acte d’enseigner en sciences de la santé et de la qualité de la formation médicale. De plus, l’amélioration de la formation médicale et des enseignements en sciences de la santé ne peut se concevoir sans le soutien, l’implication et la collaboration pragmatique du ministère de l’Enseignement supérieur (MESRS), des doyens de médecine et des responsables des facultés de médecine. En d’autres termes, les stratégies les plus efficaces pour améliorer les enseignements et la formation médicale sont principalement les contributions des doyens de médecine et des responsables des facultés des sciences de la santé. Pour ce faire, le MESRS peut diriger ses actions et interventions vers les nouveaux enseignants hospitalo-universitaires, vers les professeurs de carrière, vers les comités de promotion et les comités de programme. Par exemple, les membres du jury du concours de maîtrise devraient utiliser les bons critères et des moyens appropriés pour évaluer les habiletés d’enseignement des candidats. De plus, les comités de sélection peuvent également leur exiger au préalable une formation continue ou une certification à la pédagogie médicale et de valoriser à la hausse la pondération de cette formation. L'intégration de cette formation ou de cette certification au processus de recrutement et de sélection des futurs candidats paraît essentielle pour s’assurer de l’acquisition des habiletés d’enseignement, mais aussi de l’appropriation des concepts et principes de bases en pédagogie médicale. Pour une faculté de médecine d’aujourd’hui, encourager les futurs formateurs à se former en pédagogie médicale constitue un signal fort de valorisation de l’enseignement en sciences de la santé et de l’amélioration de la formation médicale en général.
En d’autres termes, recommander la formation à la pédagogie médicale constitue un geste concret de la part du ministère de l’Enseignement supérieur (MESRS) et de son engagement certain en faveur de l’amélioration des enseignements en sciences de la santé. Cela constitue également un geste tangible que l’acte d’enseigner en sciences de la santé occupe une place importante parmi les autres missions de la faculté de médecine. En conclusion, chaque faculté de médecine doit s’outiller d’un savoir-faire en pédagogie médicale et de valoriser l’acte d’enseigner pour améliorer les apprentissages et les enseignements en sciences de la santé. Cela signifie également encourager le développement des compétences et des habilités d’enseignement en mettant à la disposition des formateurs en sciences de la santé les moyens de se former et de se perfectionner en pédagogie médicale, ainsi qu’un programme d’accompagnement pédagogique. Il est également essentiel que le ministère de l’Enseignement supérieur (MESRS) et les doyens des facultés de médecine révisent les normes de sélection et de promotion des futurs formateurs, tout en intégrant la certification ou la formation à la pédagogie médicale comme critère de recrutement, de nomination et de titularisation. Pour ce faire, une pondération conséquente doit être consacrée à la certification, à la pédagogie universitaire appliquée en sciences de la santé.


L. D.
info@lardjane.net
(*) Conseiller et concepteur en pédagogie médicale

 


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1 réactions
Rabahm le 14/09/2015 à 13h38

Pour pouvoir s'investir dans une tache aussi rude que la formation , le formateur doit bénéficier d'un support adéquat. alors que le maitre assistant vie une situation de méprit total pour certain d'entre nous maitre assistant en science médicale on est dans l'obligation de faire 500 km de route par jour pour assurer notre travail dans une total indifférence des pouvoir publique , administration sanitaire nous renvois a la fac pour être loger et la fac nous renvois a hopital ...

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