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Sahara occidental : faut-il une médiation algérienne ?

©D. R. Par :

Ce n’est pas nouveau, le Maroc développe une “logique de la tension” qui est montée de plusieurs crans au moment de la visite  que le SG de l’ONU a récemment effectuée en Algérie et dans les territoires occupés du Sahara occidental. Cette “logique” qui inclut le harcèlement politique et médiatique de l’Algérie porte la marque d’une démarche affichée visant à rendre inopérant le déroulement du référendum d’autodétermination, en arguant que la seule négociation possible est celle qui doit porter sur le “statut d’autonomie régionale”.

La dernière réunion  -informelle- tenue par le Conseil de sécurité pour examiner le “différend” entre le SG de l’ONU et le Maroc, a  compliqué le dossier. Ce différend est survenu lors de la dernière visite du SG de l’ONU et l’utilisation par celui-ci des termes “Territoires occupés” pour qualifier le Sahara occidental. Le Conseil de sécurité (CS) a minimisé les sanctions prises par le Maroc à l’égard de la Minurso et a demandé “d’aborder les circonstances qui ont conduit à la situation actuelle”. Il n’a pas non plus exigé le maintien des personnels de la Minurso expulsés par le Maroc.  Le CS n’a t-il pas pris dès lors le risque de voir la Minurso durablement empêchée d’accomplir ses missions ? C’est là une nouvelle hypothèque qui va planer sur la tenue du référendum dans la mesure où les conditions à sa tenue vont encore se dégrader.
Force est de constater que de façon générale et sur la durée, l’attitude du Conseil de sécurité se révèle peu  favorable au Front Polisario obligé de constater que l’organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationale n’est pas prêt d’amener le Maroc à négocier avec le Polisario. À n’en pas douter, les  membres permanents ne sont pas en faveur de la naissance d’un nouvel État au Maghreb susceptible de réveiller les nombreuses velléités indépendantistes encore vivaces de par le monde, y compris dans certains pays membres permanents. En outre, certains d’entre eux soutiennent le projet d’autonomie régionale du Maroc. Aussi longtemps que le statu quo prévaudra au Sahara Occidental (si précaire soit-il), que la stabilité du Maroc sera préservée et que la sécurité dans la région n’est pas menacée, le Conseil de sécurité se limitera à proroger le mandat de la Minurso.
Le non-règlement de ce problème et l’absence de perspectives de solution politique à moyen terme, ne cessent de poser des enjeux de sécurité dans un Maghreb qui est l’une des régions au monde où l’intégration régionale accuse le plus grand retard. Or, s’il y a un problème à ne pas léguer aux générations futures afin que puisse émerger le Maghreb en tant que tel sur la scène internationale, c’est bien celui du Sahara occidental.
Parce que l’absence de perspective laisse planer une menace sur la sécurité de notre pays et celle de la région, la recherche d’un plan B, autonome des circuits onusiens, serait utile et permettrait d’amorcer une dynamique de dialogue régionale. Un plan B se basant sur le modèle des “Accords d’Évian” qui permettrait aux acteurs de la région de reprendre en main le devenir du Maghreb, c’est-à-dire la recherche d’une solution à inscrire dans une perspective régionale. N’est-il pas souhaitable de voir l’Algérie s’investir en redéployant ses capacités de médiation pour réunir les conditions d’un dialogue incluant  l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, et le Front Polisario ?
Posons-nous la question de savoir si la formule du dialogue direct sur le modèle des “Accords d’ Évian” ne contribuerait pas à mettre sur les rails un processus de négociation “inclusif” et global. Ce modèle n’a-t-il pas démontré sa pertinence “méthodologique” qui a consisté à  tout mettre sur la table, à élaborer un “paquet” et à mettre tout en oeuvre pour parvenir à un accord politique satisfaisant les parties. Une tentative de dialogue politique direct entre les acteurs dans la région serait préférable à une attente indéfinie du bon vouloir du Conseil de sécurité ou à un retour des hostilités militaires. Un signal venant des acteurs de premier plan eux-mêmes serait utile et positif afin de sortir d’une voie qui semble être sans issue.
Dans cette configuration de “dialogue inclusif”, des concessions de toutes les parties sont nécessaires. Le Maroc souffrirait de voir le Front Polisario autour de la même table, mais y gagnerait la présence de l’Algérie qui jusqu’à présent ne se considère pas comme “partie concernée” par la négociation. Le Polisario accèderait au dialogue direct sans que cela préjuge sa reconnaissance par le Maroc, loin s’en faut, et l’Algérie gagnerait la présence du Polisario dans les pourparlers sans que cela induise la reconnaissance d’un quelconque caractère “bilatéral” du problème.
Dans le rapport de force présent, aucune des deux parties n’est en mesure d’atteindre son objectif. Ni le Maroc qui n’accepte la négociation que si elle  porte sur le statut d’autonomie, ni le Front Polisario qui attend la tenue du référendum d’autodétermination qui conduirait à l’indépendance, l’Algérie se considérant, quant à elle, nous l’avons évoqué, “partie non concernée”.
Dans ce contexte, l’objectif de ce  “dialogue inclusif”, serait la recherche d’une solution politique sur la base des termes de référence des résolutions du Conseil de sécurité, tout en laissant les parties libres de s’entendre sur une plateforme de compromis, de discuter d’arrange- ments institutionnels et de sécurité bilatéraux et régionaux, de formules de coopération, de jeter les bases d’un Maghreb uni. Un Maghreb évolutif qui s’ouvrirait à d’autres pays voisins à un stade ultérieur, lorsque les circonstances le permettraient.
Des mesures de confiance seront nécessaires pour apaiser les tensions et préparer le terrain à la négociation, et en premier lieu amener les hommes politiques marocains à la retenue dans  leurs propos. Les tentatives de dialogue qui n’ont pas manqué par le passé  montrent bien que celui-ci est une alternative possible à l’intermédiation des Nations unies. Inciter le Maroc à dialoguer devient d’autant plus impératif que les cycles d’escalades qu’il déclenche se rapprochent sans cesse. Dans cette optique, la réouverture d’un poste frontalier avec le Maroc  accompagnée d’un contrôle renforcé (ce renforcement est en cours) dans le cadre d’un “deal global” sur les contentieux bilatéraux viendrait répondre à l’attente de deux peuples voisins qui ne se côtoient plus. Les peuples maghrébins sont suffisamment sanctionnés par les politiques de visas européennes pour en plus se voir de surcroît empêcher de circuler librement à travers le Maghreb. Les circonstances présentes autour de la question du Sahara occidental et l’échec de l’UMA - le terme “UMA” est devenu impropre parce que le Maghreb est arabe et berbère -  posent de multiples interrogations au sujet de l’avenir du Maghreb dont  les pays ont un avenir inéluctablement solidaire. En vérité, aucune partie n’a intérêt à exploiter les difficultés de ses voisins pour espérer tirer son épingle du jeu à titre individuel. Compter sur des appuis extérieurs et nouer des alliances avec eux pour prendre l’avantage est un faux calcul. Face au poids des autres pôles de puissance, le cavalier de chacun des pays accroît leur vulnérabilité économique et sécuritaire.
En redonnant de l’espoir aux peuples du Maghreb qui se verraient offrir la perspective d’un Maghreb uni émergeant  en nouveau pôle d’influence, l’Algérie contribuerait à insuffler un nouvel espoir,  legs fort pour les jeunes générations, aujourd’hui coupées les unes des autres.

 Dr Nazim Benhabib


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