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Contribution

Souvenirs de Habib Réda

Artiste de talent, Habib Réda était aussi un militant, moussebel et fidaï de haute valeur. ©D. R.

Le 29 mai 2013 décédait Habib Réda, à l’état civil Mohamed Hattab. Artiste de talent durant la décennie 1940-1950, il s’avéra au cours de la guerre d’indépendance un militant, moussebel et fidaï de haute valeur. C’est pour son action de fidaï durant la “Bataille d’Alger” qu’il fut plusieurs fois condamné à mort par les tribunaux coloniaux. Pour préserver la vérité quotidienne des militants du FLN authentique, il a paru  utile, trente ans après leur enregistrement, de publier ces témoignages rendant compte des sacrifices de Habib Réda et de ses compagnons, héros anonymes, que lui de son vivant n’avait jamais oubliés, et que notre Histoire officielle ne saurait occulter.
Pour les différentes actions de fida menées par lui ou sous ses ordres, il a fait l’objet de 5 procès au cours desquels il est condamné à 20 ans de prison pour un attentat, et à 3 ans de prison (dans l’affaire des photographes), puis condamné à mort (deux fois)pour la direction des groupes d’action lors de la “Bataille d’Alger”. Détenu dans différentes prisons d’Algérie, il est par la suite, avec une centaine de condamnés à mort, transféré de Barberousse à Maison-Carrée (El-Harrach) puis finalement en France à Loos-les-Lille. Ils sont environ 80 parmi la centaine de condamnés à mort graciés.
Dès l’arrivée, durant les premiers mois de 1961, le Comité de détention du FLN leur explique les droits du régime “A” arrachés par les détenus FLN par leurs nombreuses grèves de la faim. A la tête du comité deux cadres : Cherrid (qui sera plus tard médecin) et un militant originaire de Guelma.
Ce régime reconnaît aux détenus le droit de s’organiser (bien entendu sous l’égide du FLN), de se faire représenter auprès de l’administration pénitentiaire par le comité, ce qui les protège sérieusement face à l’insolence et au mépris des gardiens. Les détenus conviennent avec l’arrivée des “Algérois” de reconstituer le Comité de détention constitué alors de : Hadj Benalla (venant d’Oran), Rebbah Lakhdar (arrivant d’Alger), Habib Réda également d’Alger et deux autres membres. Le contingent  d’Alger comprenait  plusieurs “têtes brûlées” comme Abbaza, Omar Hamadi, Dhaoui (auteur de plusieurs attentats, un obsédé de l’évasion) et Lakhdar El Harki. D’ailleurs dans le but de s’évader, il avait déjà formé un groupe constitué de trois militants dont Noui.
Toujours dans le même but de préparer l’évasion, Habib Réda prépare une autre équipe avec Omar Hamadi, Hamid Guerrab, Rebbah Lakhdar, Tikniouine Mohamed. Il n’était pas question, par respect de la discipline, d’entreprendre l’évasion sans en avertir au préalable Hadj Benalla, le président du Comité de détention, qui bien entendu ne s’y opposera pas. Madame Hattab, la maman de Habib Réda pourra, malgré les difficultés impératives de l’époque, se rendre à Lille voir son fils. Il s’explique : “Ma mère avait obtenu l’autorisation de venir en France pour me rendre visite. À cet effet, elle contacte le père Marsil que beaucoup de familles de La Casbah connaissaient sous le nom de Sid Ahmed. Ce père blanc avait aidé beaucoup de militants avec lesquels il avait lié des relations d’amitié lorsqu’ils étaient scouts ou jeunes gens. Étant intervenu souvent en leur faveur auprès du général Massu, celui-ci finit par le suspecter ‘d’aide aux fellagha du FLN’, le fait expulser d’Algérie et renvoyer dans son ‘douar d’origine’ (comme on disait à l’époque) qui était justement la ville de Lille. Le prêtre apprenant ma présence à la prison, exprime le désir de me voir. Il me contacte et j’en suis satisfait. C’est ainsi que ma mère qui, à un âge avancé prenait pour la première fois le bateau, s’aventurait en pays inconnu. Elle fut hébergée au presbytère de l’église du père Marsil. Il ne pouvait y avoir meilleure et plus sûre liaison avec l’extérieur qu’un curé”.

Les diverses tentatives d’évasion
Pour une première tentative, Habib Réda obtient, grâce à des complicités,  des scies à métaux dans des boules de pain. Le projet n’aura aucune suite. Plus tard, l’équipe convient avec  Guerrab chargé de dresser la liste des malades à transférer à l’hôpital, d’inscrire les quatre pour le même jour de transfert. Entretemps, Omar Hamadi se  procure un révolver, qui pourrait servir pour couvrir la fuite. Ce projet n’aura pas davantage de suite. Entretemps, le père Marsil lui recommande une visiteuse de prison en relation avec le père de Schemaker, bien connu du nidham local. Ainsi les frères de la Fédération de France sont prêts à prendre en charge les fugitifs et les transporter aussitôt en Belgique, une fois les murs d’enceinte franchis.
Mais l’idée de s’évader continue à torturer notre équipe.  Un ancien militant des maquis du Viêt Minh venu en France et condamné à 20 ans de prison pour une affaire de droit commun, savait que Loos, une très ancienne abbaye, est traversée en sous-sol par un réseau d’égouts, dont le principal donnait sur l’extérieur.
Il lui communique la précieuse information. Habib Réda en informe Omar Hamadi, Mohamed Tikniouine et Rebbah Lakhdar. L’équipe se met à l’œuvre. Elle se fait livrer une torche électrique absolument indispensable d’après l’ami vietnamien qui fournit encore d’autres  précisions sur le réseau souterrain. La préparation va bon train lorsque l’équipe constate, chez d’autres détenus, un comportement bizarre. Ce groupe composé de Dhaoui, Hanine, un nommé Lakhdar et deux autres compagnons, semblait sur la même piste. D’autant plus que pour Dhaoui, l’évasion a toujours été une idée fixe. Depuis, les deux équipes se surveillent mutuellement. Celle de Habib Réda pense en définitive que la meilleure occasion pour tenter l’évasion, c’est la séance de cinéma. En effet, un après-midi par semaine, il était projeté un film destiné aux prisonniers, mais auquel la plupart des gardiens assistaient. Quant aux autres ils relâchaient la surveillance, les détenus se trouvant au cinéma.
Le jour convenu nos candidats à la fuite occupent la dernière rangée près de la porte de sortie. Le film commence. Tout le monde est attentif mais l’équipe constate que Dhaoui et son groupe ont également occupé la dernière rangée.
Curieux !... ils ont dû penser au même scénario.  Bientôt Dhaoui s’éclipse à la faveur de l’obscurité, ses amis après lui. Habib Réda et son équipe suivent le manège. Les gardiens eux, sont captivés par le film. Omar Hamadi chuchote : “Dhaoui nous a planté un drapeau. Il ne faut pas rater l’occasion.” Aussitôt l’équipe décide de partir, car après cette tentative, la filière sera définitivement grillée. Les trois sortent du cinéma pendant que les gardiens sont toujours absorbés par l’intrigue du film. Comme Tikniouine savait que Dhaoui préparait sa fuite à travers les égouts, il se précipite vers la dalle servant de regard. Elle est ouverte. L’autre groupe est  donc passé par là. Tikniouine s’empare au passage de la torche électrique et l’équipe s’engouffre dans la canalisation pour rattraper les premiers fugitifs.
Voici donc nos fuyards à quatre pattes rampant dans ce boyau obscur et nauséabond. Hamadi est en tête. Il tient la lampe entre les dents. On se suit à la queue leu leu, chacun tenant le pied du précédent. Un croisement de plusieurs boyaux se présente. Lequel prendre ? Mais, catastrophe, la torche de Hamadi lui échappe de la bouche et tombe dans la gadoue. C’est le noir absolu. Quoi faire ? Continuer c’est aller au trépas. La mort dans l’âme, ils décident de rebrousser chemin, chacun tenant le pied du précédent pour ne pas se perdre. Arrivés au regard par où ils sont entrés, ils sont “accueillis”, par un directeur goguenard et des gardiens amusés qui attendent paisiblement de les récupérer. Sales, noirs et puants, ils sont minables devant cette “haie d’honneur”. La tentative avait piteusement échoué. Mais leurs devanciers de quelques minutes allaient retrouver la liberté. Pris en charge par la Fédération de France, ils vont passer en Belgique puis en Allemagne pour rejoindre ensuite la Tunisie et le Maroc. Quant à Dhaoui qui a si bien réussi la “belle” il sera, après l’indépendance gendarme motocycliste attaché aux convois officiels.

Les condamnations
Habib Réda avait été principalement poursuivi comme chef du groupe chargé de placer les bombes dans les lampadaires. Celles-ci ont explosé à quelques minutes d’intervalle, à un moment de grande affluence, ce qui a entraîné de nombreux morts, spécialement parmi la population européenne. Le groupe se composait de plusieurs cellules cloisonnées. Hamid Kadri était chef d’une cellule, comprenant entre autres Mohamed Boumelir, Boualem Khaddache dit “Tapioca”, Abderrahmane Bellal, Stasaïd, Rezki Basta, le chauffeur de taxi Bir… La plupart furent arrêtés et certains lourdement condamnés.
Habib Réda se souvient que lorsque “Tapioca” avait été recherché par les paras il a trouvé refuge chez les bonnes sœurs  de la rue Saint-Vincent-de-Paul dans la Basse Casbah au-dessous de “Djamâa el Ihoud”. Par la suite, c’est le Père Marsil qui l’a transporté dans sa 2 CV  au maquis de la Wilaya IV du côté de Beni-Misra.
Dans cette affaire des “lampadaires”  sont intervenus un certain nombre de militants dont Nourreddine Zemenzer et Madjid Hattab qui a dû quitter la Zone autonome pour rejoindre le maquis, où il tomba chahid dans la Wilaya IV. Mais au-delà de l’affaire des lampadaires, beaucoup d’autres bombes ont été déposées, avenue de la Marne, aux Deux-Entêtés, etc., etc.
Dans une autre affaire dite “l’affaire des photographes”, Habib Réda est condamné à 20 ans de prison. Les faits sont les suivants. L’armée française à un moment donné avait exigé des habitants de la Casbah de lui fournir leurs photographies. C’était évidemment pour les ficher. Ce qui était très dangereux pour les militants et leurs familles. A l’époque on ne pouvait le faire que dans un studio de photographe, car on ne disposait pas des moyens d’aujourd’hui tels que les appareils photographiques et les portables. Yacef Saâdi demande au groupe de boycotter l’opération.
C’est alors qu’est diffusé un  ordre  du FLN interdisant  de remettre sa photo. La directive est donnée par  tracts et le groupe de  Hamid Kadri était chargé de les distribuer. Bien entendu, la population avait peur de désobéir à l’armée coloniale, mais il n’était pas question pour le FLN d’abattre les récalcitrants. Il fallait donc trouver une autre parade : s’attaquer aux principaux studios, ceux de la rue Bab Azzoun comme “Mikalef” et  ceux de la rue Bab El-Oued. Le groupe va s’y employer par des cocktails Molotov et certains photographes seront l’objet d’attentats. Tout le monde a compris que l’ordre du FLN devait être respecté et exécuté. La police et l’armée ont fini par remonter la filière jusqu’au groupe d’une trentaine de militants dont beaucoup ont été arrêtés et torturés. Le tribunal militaire va attribuer l’entière responsabilité de l’opération à Habib Réda.

A. H.


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