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Contribution

Un baril à 40 dollars, une menace pour la sécurité nationale

© D. R.

Il est temps, car relevant de la sécurité nationale, car des moments très difficiles s’annoncent, que les ministres, walis, responsables des grandes entreprises publiques prennent conscience que continuer, comme par le passé, à dépenser sans compter conduirait le pays au suicide collectif.

Les recettes de Sonatrach qui ont été de 63,66 milliards de dollars en 2013, 58,34 en 2014 risquent d’être inférieures aux estimations de la LFC 2015 qui tablait sur 34 milliards de dollars. Avec un cours, comme le prévoit la Banque mondiale dans son rapport du 11 août 2015, d’environ 40 dollars en 2016, les recettes ne dépasseraient pas 25 milliards de dollars, moins de 20 milliards de dollars de profit net devant déduire 25% des charges de Sonatrach.
Dans ce contexte, la proposition d’une réunion extraordinaire de l’Opep proposée par le ministre algérien de l’Énergie, selon mes informations, du fait des nouvelles mutations énergétiques mondiales et de la conjoncture actuelle, me semble difficile à se réaliser. Face aux menaces qui pèsent sur l’Algérie, l’objectif stratégique est de s’attaquer aux réformes structurelles évitant la démagogie, car il semble bien que pour certains responsables n’ayant pas tiré les leçons de la crise de 1986, on continue comme si de rien n’était. Comme conséquence, nous avons un solde global de la balance des paiements de 130 millions de dollars en 2013 et négatif de 5,88 milliards de dollars fin 2014. Durant les cinq premiers mois de l'année 2015, par rapport à la même période de 2014, la balance commerciale a enregistré un déficit de 6,38 milliards de dollars contre un excédent de près de 3,44 milliards de dollars. Plus précisément, les exportations ont assuré la couverture des importations à hauteur de 71% durant les cinq premiers mois de 2015 contre 114% à la même période. Par ailleurs, nous assistons depuis juin 2014 à une baisse vertigineuse du Fonds de régulation des recettes estimé à 3916,5 milliards de dinars à fin mars 2015 contre 5088,6 milliards à fin mars 2014, et ce, pour couvrir le déficit budgétaire, devrait clôturer à moins de 30 milliards de dollars fin 2015 avec un déficit budgétaire prévu dans la LFC 2015 de 28 milliards de dollars à un cours de 98 dinars un dollar, montant qui serait supérieur à un cours de 79 dinars un dollar. Les réserves de change dont 83% sont placées en bons du Trésor américain en obligations européennes et une fraction dans des banques internationales cotées dites AAA étaient évaluées à 193,3 milliards de dollars à fin juin 2014, à 185,273 milliards de dollars à fin septembre 2014, à 178,9 milliards de dollars à la fin décembre 2014, et à environ 160 milliards de dollars fin mars 2015 et devraient être à moins de 140 milliards de dollars fin 2015 si le cours fluctue entre 55/60 dollars, soit 44 milliards de dollars de moins par rapport à janvier 2014. Car la LF 2015 a prévu une légère baisse des importations, y compris les services, environ 57,3 milliards de dollars de biens contre 58,330 en 2014, sans compter les services qui ont été de 11,5 milliards de dollars en 2014 et également les transferts légaux de capitaux. Les sorties de devises qui approcheraient 70 milliards de dollars fin 2015 sauf à geler une grande partie de projets avec d’inévitables tensions sociales, l’économie productive étant marginale, 83% du tissu économique étant constitué de petits services/commerce, important 70% des besoins des entreprises privées et publiques dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15%, l’industrie représentant moins de 5% du PIB, et sur ces 5%, 95% étant des PMI/PME dont la majorité sont peu concurrentielles.
Ainsi, il ne faut pas se faire d’illusions comme cette proposition d’initiatives, ayant induit en erreur le président de la République et le Premier ministre algérien, de l’ex-ministre de l’Énergie qu’il y aurait une réunion extraordinaire de l’Opep avant juin 2015 pour endiguer la baisse des cours. Or, sa tournée à travers bon nombre de pays n’a eu aucun impact. Le nouveau ministre fait la même erreur en oubliant que la cheville ouvrière de l’Opep qui reçoit des instructions des membres les plus influents est le secrétaire général de l’Opep qui a écarté récemment toute nouvelle réunion avec l’aval, selon nos informations, de l’Arabie Saoudite. Or sa récente déclaration ajoute à la confusion en erreur de l’opinion algérienne qui est consciente de la gravité de la situation. L’Opep qui n’a plus l’influence des années 1970, représente actuellement moins de 33% de la production commercialisée, 67% se faisant hors Opep, la Russie privilégiant ses intérêts propres, ayant pris des parts marchés croissants lorsque l’Opep baissait ses quotas, du fait de la stratégie internationale de Gazprom, puisqu’il n’existe pas de sentiments dans les affaires. Sur ces 33% l’Arabie Saoudite avec les pays du Golfe au sein de l’Opep représentent plus de 60%, l’Algérie (0,8% des réserves mondiales de pétrole et moins de 1,8% des réserves de gaz naturel) et le Venezuela qui est d’ailleurs en faillite, étant marginaux et ayant très peu d’influence.
L’entrée de nouveaux producteurs dans le monde dont les importantes découvertes en Méditerranée orientale, au Mozambique qui deviendra le 3e réservoir d’Afrique dès 2016, du pétrole/gaz de schiste américain qui a bouleversé toute la carte énergétique mondiale, la décision récente du Congrès américain d’autoriser les exportations hors USA dès 2017, l’entrée en Iran dès le 1er janvier 2016 avec 160 milliards de barils de pétrole de réserve et 34 000 milliards de mètres cubes gazeux de gaz traditionnel (le deuxième réservoir après la Russie), le relèvement prochain de la production de l’Irak et certainement de la Libye accroîtront l’offre. Or la demande est faible, notamment en raison de la crise mondiale qui perdure, et qui touche particulièrement des pays émergents, surtout la Chine (croissance prévue inférieure à 6%), avec une production déjà excédentaire de plus de deux millions de barils jour, sans compter le développement technologique dans l’efficacité énergétique, une prévision d’économies fossiles d’environ 30% à l’horizon 2025, pour les pays développés et pour la Chine et l’Inde.
Le ministre de l’énergie responsable du secteur, compte tenu de l’épuisement inéluctable des fossiles traditionnels (horizon 2030 avec une population de 50 millions d’habitants) du fait des extrapolations d’exportation et de la forte consommation intérieure, pouvant découvrir des milliers de gisements mais non rentables financièrement, doit s’attaquer à l’essentiel, non au secondaire, nous proposer notamment en relation avec ses collègues de l’Industrie et des Transports, supposant une coordination sans faille, un nouveau modèle de consommation énergétique. Ce modèle, je l’avais proposé déjà en 2007/2008, avec un débat à la commission économique de l’APN, lorsque j’avais dirigé le dossier carburants, assisté du bureau d’études américain Ernest Young, des cadres dirigeants de Sonatrach et d’experts indépendants où avait été également démontré le gaspillage du fait de subventions généralisées et non ciblées.
D’une manière générale, il existe dans la majorité des secteurs une certaine inconscience impliquant des dépenses monétaires sans se soucier des impacts, comme cette frénésie à faire et refaire des trottoirs chaque année et dans toutes les wilayas du pays, avec du carrelage qu'on ne trouve même pas sur les Champs-Élysées et de prendre des circulaires qui ne collent pas avec la réalité sociale et économique. Pour la dernière mesure qui ne concerne que la partie dinars, qui consiste à inciter les tenants de la sphère informelle à déposer leur capital-argent dans les banques contre un impôt de 7% (vous déposez 100 milliards de centimes, vous payerez 7 milliards de centimes) sans être poursuivi, il faudra attendre la mi-septembre 2015 pour en faire le bilan qui établira si, oui ou non, il existe une confiance envers les banques publiques qui sont actuellement des guiches administratifs, et surtout une confiance État-citoyens.
Mais l’objectif stratégique est ailleurs dans ces mesures techniques secondaires. Il est temps, car relevant de la sécurité nationale, car des moments très difficiles s’annoncent, que les ministres, walis, responsables des grandes entreprises publiques prennent conscience que continuer, comme par le passé, à dépenser sans compter conduirait le pays au suicide collectif, l’État, à travers tous ses démembrements, devant donner l’exemple par la bonne gouvernance et la rationalisation de ses choix.


Dr A. M.
ademmebtoul@gmail.com

 

Professeur des universités, expert international, directeur d'études - ministère de l’Énergie/Sonatrach (1974-2007)


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