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A la une / Contribution

Tahar Absi

Une Algérie du dialogue

Tahar Absi était un humaniste et fervent défenseur de la paix et du bonheur pour toute l'humanité. ©D. R.

En ce six décembre, les amis de Tahar Absi, ancien professeur des sciences de l’éducation à l’université d’Alger II - Bouzaréah, veulent marquer le souvenir de son  rappel à Dieu, il y a un an, après une année de lutte contre la maladie. Dans cette période de l’histoire où nous manquons de références, j’aimerais donner vie à la figure de cet humaniste, qui m’honorait de son amitié, mais, surtout, qui travaillait pour le dialogue des groupes et des cultures. A plusieurs reprises nous avions eu l’occasion de présenter ensemble, sur ce thème, des témoignages, devant divers auditoires, en Algérie comme en France.
L’un des sommets de son engagement fut certainement le colloque qu’il organisa au siège de l’Unesco à Paris dans le cadre des manifestations de l’année 2003 de l’Algérie en France. Cette rencontre, qui fut célébrée, pendant deux jours, les 30 et 31 janvier 2003, au siège de cette organisation internationale, fut sans doute l’une des rares occasions où s’est trouvée rassemblée une représentation aussi équilibrée d’auditeurs, Algériens ou anciens d’Algérie, représentant les trois traditions religieuses de l’Algérie, le christianisme, le judaïsme et l’islam. Ce colloque, sous le thème “Les religions monothéistes en Algérie à travers les âges, judaïsme, christianisme et islam” a pu donner la parole à des intervenants des trois confessions qui se trouvaient présents, à égalité, pour cette rencontre.
Le rapport de synthèse du colloque fut présenté par M. Ghaleb Bencheikh, l’actuel président de la Conférence internationale des religions pour la paix. Parmi les intervenants algériens on notera, particulièrement, les universitaires Nadir Maarouf, Mohammed Aiwaz, Hassan Remaoun et Mohamed Ghalem. Le professeur Asselah devait donner aussi un témoignage remarqué sur le thème “Une conscience chrétienne dans les combats de l’Algérie, le Cardinal Duval”.
En tant que président du colloque, le professeur Tahar Absi présentait des conclusions qui gardent toute leur force, dans l’actualité qui nous interpelle, en cette année 2014, dix ans après ce colloque : “Apprenons à détruire les barrières que les conjonctures historiques ont dressées entre les peuples, les nations et les Etats. Si les religions appartiennent à Dieu, elles doivent nous apprendre à transcender nos différents et les difficultés, de manière à avancer dans les mêmes directions et à aboutir à vivre dans une bonne intelligence… Nous sommes ici, ensemble, pour découvrir, à travers l’histoire des religions monothéistes en Algérie, des messages de paix et de fraternité».
Outre ses contributions scientifiques dans le domaine de son enseignement des sciences  de l’éducation, le professeur Tahar Absi aimait à proposer une réflexion sur la place des religions dans l’histoire de l’Algérie. Il le faisait d’abord en évoquant les continuités entre le développement de l’islam en Algérie et l’existence antérieure des traditions juives et chrétiennes dans le pays. Dans la conclusion de l’une de ces études sur ce thème il écrit : “Ce survol de l’histoire de l’émergence et du développement de l’islam en Algérie, un pays qui n’a jamais renié son passé, qui reste ouvert aux multiples acculturations,… ouvre une perspective qui consiste à dire que si tous les hommes sont égaux devant Dieu, ils doivent dépasser les contextes qui les opposent les uns aux autres, pour pouvoir bâtir une société nouvelle dans une fraternité retrouvée.”
Invité en Italie à un colloque sur “Religion et paix”, il souligne la responsabilité de chaque tradition religieuse dans les travaux de la paix : “Pour avoir la paix nous devons d’abord regarder nos torts, ceux de nos pays et chercher à les réparer. Commençons par regarder nos fautes au lieu de dénoncer celles des autres. Le problème essentiel dans le monde d’aujourd’hui réside dans le déséquilibre entre ce que l’on dit et ce que l’on fait. Pour avoir la paix dans le monde il faut que cette paix soit vécue par chaque personne, pour apprendre à travailler ensemble, à tisser la trame de la compréhension, à créer une confiance nouvelle. L’idéal des religions n’est pas de défendre Dieu ou de mourir pour lui, mais d’apprécier ses multiples qualités pour nous hisser aux responsabilités morales et civiques qui nous attendent.”  Nous retrouvons ce thème du dialogue islamo-chrétien dans la conférence qu’il a donnée à l’Institut catholique de Paris en janvier 2003. “A travers le contenu de la Bible, des Evangiles et du Coran, nous découvrons les liens profonds, à la fois historiques et culturels, qui unissent les trois religions monothéistes et doivent nous aider à faire face aux problèmes d’un monde en plein changement... Le dialogue islamo-chrétien s’inscrit dans une perspective optimiste, car les Algériens commencent à découvrir que leurs ancêtres sont restés ouverts aux échanges et à l’affut des valeurs enrichissantes, en particulier des valeurs communes aux religions monothéistes. L’équivoque qui marginalise notre culture s’estompe, la joie de voir les gens s’épanouir de nouveau au contact des autres cultures se développe. Il ne reste qu’à travailler ensemble pour un monde meilleur.”
Cette vision, Tahar Absi l’applique aussi dans sa réflexion sur les sciences de l’éducation. C’est ce qu’il dit, par exemple dans un colloque universitaire organisé à Alger sur “La responsabilité sociale des religions” : “Dans mon ambition de faire l’inventaire des valeurs qui rapprochent les hommes, nous allons parler des religions — et non d’une religion — et de leurs fondements spirituels et humains, pour évacuer les accidents de l’histoire que certains mettent en relief pour opposer les croyants les uns aux autres.”
Tahar Absi cherchait très particulièrement à échanger ses idées sur le dialogue avec les jeunes. Avant la maladie qui devait l’emporter, iI se rendait souvent à la cité Malki et entrait simplement en discussion avec les groupes de jeunes qui s’y trouvaient. Lors de la conférence organisé par l’EuroMed du 13 au 15 septembre 2006, sur le “Dialogue des peuples et des cultures”, il a insisté sur les chances que les évolutions présentes du monde peuvent offrir au moins dans certains pays, pour une ouverture des jeunes aux autres cultures. Il écrivait : “Des rencontres entre jeunes sont vécues un peu partout dans le monde. Les enfants de confessions et d’ethnies ou d’idéologie différentes passent leurs vacances ensemble. Les familles accueillent ces enfants durant une certaine période. Ces contacts brisent les barrières raciales et culturelles, rapprochent les générations et donnent l’occasion de bâtir le monde de demain et de chanter ensemble l’hymne de la confiance retrouvée, dans un cadre libéré de toute contrainte, mais respectueux des idées universelles qui transcendent les différences. Il ne s’agit pas de faire du prosélytisme, mais de rassembler les forces des nouvelles générations pour bâtir le monde de demain. Nous remarquons à travers ces expériences que la paix pour laquelle chacun de nous se mobilise est à notre portée.”
Dans les développements actuels de l’actualité internationale, des oppositions graves apparaissent entre groupes et confessions dans bien des régions du monde. Il pourrait être précieux que les travaux sur le dialogue de ce penseur algérien, qui vient de nous quitter, soient rassemblés et proposés à la méditation de tous.

H. T.
Ancien archevêque d’Alger


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