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Culture / Culture

Le Mausolée royal de Maurétanie bientôt rouvert au public

2000 ans d’histoire et des secrets bien gardés

Le tombeau de la Chrétienne. © Yahia Magha/archives.

Perché sur les collines de Sidi Rached, à Tipasa, le tombeau dit de la Chrétienne dévoile son charme unique, fait du doux parfum de la paysannerie, que viennent peu à peu grignoter les travaux interminables de la nouvelle autoroute. Le mausolée, trônant sur la plaine, délivre encore ses secrets, 2000 ans après son édification par le roi Juba II.

Située à quelque 50 km à l’ouest d’Alger, la plaine de la Mitidja nous accueille les bras ouverts pour un petit road-trip patrimonial en cette fin juin, qui nous mènera de Sidi Rached, où est perché le Mausolée royal de Maurétanie, aux Ruines romaines, se trouvant à un jet de pierre du port de Tipasa, investi dès les premières heures de la matinée par les pêcheurs, les vendeurs et des jeunes à la recherche d’une fraîcheur que peinent à leur procurer les artères du centre-ville. Cette route mythique, qui formait ce qu’on appelait autrefois “La voie romaine” (ancienne route menant d’Icosium vers Césarée, l’actuelle Cherchell), dévoile peu à peu sa splendeur. 

Un charme unique, fait du doux parfum de la paysannerie, que viennent peu à peu grignoter les travaux interminables de la nouvelle autoroute. La grisaille du bitume le dispute à l’arrière-plan vert et ocre des bois et des terres. Et plus nous avançons, plus nous nous rendons compte toutefois de la fragilité de ces lieux, ternis par des années de laisser-aller et d’indiscipline, qui menacent leurs trésors les plus précieux : leurs vestiges d’antan, multimillénaires.

Première étape de ce périple consacré à notre patrimoine : le Mausolée de Maurétanie, construit au premier siècle apr. J.-C.-, aussi appelé tombeau de la Chrétienne en raison “du motif ornemental de ses fausses portes, interprétées au Moyen Âge comme une croix latine”, comme l’explique Serge Lancel dans Tipasa de Maurétanie.

À proximité du site, des travaux sont en cours le long du petit tronçon, nouvellement construit, reliant la voie rapide au Tombeau. Le bitume laisse peu à peu place à la magnificence du bâti érigé à l’ère romaine par le roi Juba II, qui voulait ainsi offrir à son épouse, Cléopâtre Séléné, fille de Marc-Antoine et de Cléopâtre, un monument à la mesure de l’amour qu’il lui portait et de son rang. 

Un colosse aux pieds d’argile 
Haut de 32 m, le gigantesque tumulus fait de pierres en grès est séparé du reste de la petite aire où se trouvent un restaurant et un kiosque par un petit portail en métal. La vue en contre-plongée à partir de cet emplacement rend le monument funéraire d’autant plus imposant, du fait qu’il est situé en hauteur, alors que quelques mètres seulement le séparent de l’entrée du site.

La première chose que le visiteur peut remarquer, aux côtés des fausses portes hiératiques, encadrées sur des chambranles et entourées de colonnes ornées à leur sommet de fresques taillées à même la pierre, est la scissure apparente sur le flanc sud-est du bâti. 

Résultat des attaques que perpétraient les Ottomans contre les Espagnols, nous raconte notre guide, le conservateur Achour Becheur, l’enfant de l’Office national de gestion et d’exploitation des biens culturels protégés (OGEBC). Même défiguré, le colosse de roche reste la fierté de la Mitidja et de sa Méditerranée, qu’il surplombe à plus de 200 m d’altitude, avec un certain dédain, à l’image de son bâtisseur. 

Malgré le passage du temps et les différentes invasions qui en ont altéré la structure, le Mausolée, ce géant de pierre resté debout contre vents et marées – et guerres –, se trouve dans un relatif bon état, du moins à l’intérieur. Son architecture interne est restée intacte, nonobstant les forages des Ottomans qui voulaient trouver l’accès principal, mais aussi les inscriptions datant de 1912, sorte de graffitis du début du siècle dernier faits probablement avec un objet tranchant, par ce qui semble être des profanes qui n’ont eu cure de la préservation du monument.

Pour ce qui est de son aspect externe, cela se gâte, dans la mesure où les mauvaises herbes et les ronces ont investi le sommet du dôme, fragilisant la structure de la pierre. Dans l’année, deux campagnes de désherbage ont lieu au printemps et en automne. Le jour de notre visite, une dizaine d’ouvriers s’affairaient d’ailleurs à désherber la façade sud et l’entrée du site, en attendant sa réouverture au grand public et afin de le prémunir des risques d’incendie. Mais l’autre risque viendrait peut-être aussi de certains visiteurs, qui ne se soucient guère de jeter leurs détritus à même le sol, malgré la présence de bennes à ordures sur tout le pourtour du monument. 

À l’intérieur même de celui-ci, nous avons pu constater la présence de papiers d’emballage, de bombes de parfum et d’autres déchets qui n’ont pourtant rien à faire à l’intérieur d’un monument classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. Le premier rempart face à la dégradation de nos monuments est finalement notre comportement et notre civisme qu’il est de notre devoir d’inculquer aux générations futures. 

Cléopâtre Séléné a-t-elle réellement été inhumée au Mausolée royal ? 
Selon les rapports datant de la période coloniale, nous explique l’archéologue et conservateur Achour Becheur, rien n’atteste que la fille de Marc-Antoine et de Cléopâtre ait été réellement inhumée dans le Mausolée. Aucune trace de sarcophage de l’épouse de Juba II, qui se retrouvait alors à la tête d’un empire couvrant presque totalement le Maroc et l’Algérie actuels, n’a été détectée.

Selon les mêmes rapports, nous explique notre guide, Juba II aurait soit construit ce mausolée se voulant une imitation des Pyramides et l’aurait laissé en l’état pour célébrer les origines de son épouse égyptienne, ou bien, deuxième hypothèse, elle a bel et bien été enterrée ici, mais son corps aurait été exhumé de sa sépulture par des envahisseurs. 

Aucune trace non plus d’un sarcophage de Séléné dans d’autres monuments de l’ancienne Maurétanie. C’est dire l’étendue des recherches qui doivent encore être entreprises et les mystères de l’histoire qui occuperont encore pour un bon moment archéologues, historiens et scientifiques.

Par ailleurs, de petites niches calcinées par les fumées noires des bougies, occupant les flancs est et ouest et le centre de la chambre funéraire principale, viennent pourtant affirmer qu’il y aurait bien eu là, à la construction du monument, un tombeau autour duquel se déroulait peut-être tout un cérémonial en l’honneur de la défunte reine. 

À l’intérieur de cette chambre, extrêmement fraîche pour un mois de juin caniculaire, grâce à sa pierre en grès extraite directement d’une carrière mitoyenne d’alors, deux mille ans d’histoire, qui n’a pas encore révélé tous ses secrets, nous font face et nous invitent à les contempler ou à les questionner. 

La grandeur de ce règne, sous lequel Caesarea connaît un développement rapide, le faste de sa construction et l’histoire d’amour l’entourant en font l’un des monuments patrimoniaux du Maghreb à la fois les plus connus et les plus énigmatiques. D’ailleurs, 20 à 30% du Mausolée n’ont pas encore été explorés, selon l’archéologue. 

La seule partie visible de cette ramification se trouve à l’entrée principale du tombeau, par laquelle on accède en empruntant un petit escalier au sous-sol du monument – un emplacement qui a d’ailleurs donné du fil à retordre aux Ottomans qui voulaient y pénétrer.

Le petit passage en question ressemble au premier abord à une excavation de deux mètres tout au plus, restée telle quelle depuis la période coloniale. Pourtant, elle n’a pas été détruite, nous assure Achour, et l’on ne sait jusqu’à présent à quoi elle sert ni où elle mène. Des recherches seront bientôt entamées afin de déterminer l’existence ou non d’autres chambres funéraires ou d’autres couloirs. 

“Ce qui nous importe le plus est l’état de conservation des lieux, mais d’ici une année on procédera aux fouilles dès qu’on aura le feu vert attestant de l’absence de quelconques dangers.” L’année dernière, soit vingt-sept ans après sa fermeture, un groupe de citoyens a pu visiter, exceptionnellement après les recherches ayant conclu à la sécurité des lieux, l’intérieur du Tombeau.

La reprise a réconcilié avec notre part d’histoire, mais a aussi révélé le peu de moyens dont dispose le site. En effet, au cœur de ce dernier, nous n’avons pu trouver ni sanitaires, ni espace pour se poser, ni même de bureau pour les employés. À la place, ce ne sont pas moins de trois salles qui sont en attente de réaménagement. Il n’y a pas non plus de guide pour qui voudrait découvrir le monument en solo ou en famille. 

Réouverture prochaine et des visites en 3D bientôt disponibles 

Une restitution en 3D des sites de Tipasa sera bientôt disponible in situ et fera découvrir aux visiteurs l’état premier de ces monuments, grâce au travail de Nasreddine Laayeb, fondateur de la société El-Israa. Les sites concernés dans le futur seront l’ensemble des Ruines, le tombeau de la Chrétienne, la Villa des fresques, les Thermes, le théâtre et l’amphithéâtre, avant que cette modélisation ne soit déployée sur l’ensemble des vestiges algériens.

Un prototype de visite virtuelle du Nymphée a d’ailleurs vu le jour grâce à cet informaticien qui a déjà exposé son projet à Dubaï. Projet qui doit d’ailleurs urgemment se faire sur les Ruines, qui avaient belle allure le jour de notre visite, après plus de trois mois de confinement qui lui ont fait le plus grand bien, en ce qui concerne sa propreté. 

D’après M. Becheur, une reconfiguration du site se fera incessamment et concernera l’entrée, l’accueil des visiteurs et l’installation de panneaux signalétiques pour l’identification des monuments. Entre la mer, la terre et le soleil, l’imprenable vue sur la Méditerranée, ce petit coin de Paradis, où Albert Camus aimait d’ailleurs piquer un plongeon, n’a pas fini de nous émerveiller et de nous rappeler la gloire passée de nos ancêtres. 

L’élan que donnera ce nouveau cap dans la promotion du patrimoine architectural algérien s’avère inespéré. D’un côté, les revenus provenant de cette activité commerciale aideront à mieux préserver les sites et procureront une autonomie financière des sites par rapport aux directions générales. D’un autre côté, l’engouement que le projet suscitera assurément de la part des visiteurs pourra à son tour mieux ancrer et rapprocher le citoyen de son patrimoine qui, de ce fait, l’impliquera dans sa préservation et évitera sa dégradation.

Pour la communauté scientifique, cette technologie pourrait s’avérer d’un apport précieux dans la sauvegarde, la réhabilitation et l’archivage du patrimoine. Du reste, le Mausolée de Maurétanie vient prouver que la sauvegarde et la promotion du patrimoine doivent franchir une étape supérieure.  Miné par des épisodes de laisser-aller qui ont failli l’anéantir, le bâti historique ne doit plus être perçu comme un fardeau sur lequel on veille de temps à autre, mais comme un réel investissement, capable de générer des revenus, mais surtout de réconcilier le citoyen avec son histoire. 
 

Yasmine AZZOUZ


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