A la une / Culture

Rentrée littéraire à l’Institut du Monde Arabe de Paris

Entre littérature et travail de mémoire

Les dernières œuvres des écrivains algériens tels que Kaouther Adimi et Kamel Daoud sont dorénavant disponibles dans la bibliothèque de l’IMA pour la rentrée 2017-2018.

Pour sa rentrée littéraire 2017-2018, la bibliothèque de l’Institut du monde arabe (IMA) présente, parmi d’autres, des auteurs comme Alice Zeniter (prix littéraire Le Monde 2017), Kamel Daoud et Kaouther Adimi. Kamel Daoud, avec Zabor ou les Psaumes (éditions Barzakh), n’est plus à présenter. D’origine algérienne par son père, Alice Zeniter est écrivaine et enseignante universitaire. Dans son roman L’Art de perdre (Flammarion 2017), elle raconte le vécu des descendants des harkis que la France marginalise et dont l’Algérie ne veut pas. L’auteure fait à sa façon le récit de la guerre d’Algérie du côté des perdants. Mais l’appel des origines, du pays des ancêtres resurgit et lance les nouvelles générations dans un va-et-vient passionné entre les deux rives de la Méditerranée. “Pour tous les personnages, l’Algérie est un nom, un fantasme, un rêve, un trou, un manque ; c’est une carte postale vieillie… L’art de perdre, c’est celui de perdre ses références culturelles”, affirme Alice Zeniter. La crise identitaire que vit aujourd’hui la France incite Naïma à s’interroger sur ses origines, mais elle doit se débrouiller toute seule dans cette quête, car son grand-père, ancien harki, est mort, sa grand-mère ne parle pas français, et son père, traumatisé par une enfance vécue dans des centres de regroupement, refuse de parler du passé. Mais le va-et-vient physique et culturel entre la France et l’Algérie va sans cesse faire resurgir ce passé dont l’auteure semble vouloir s’échapper pour envisager l’avenir avec plus d’espoir et de sérénité pour les nouvelles générations. L’autre roman mis en évidence par l’IMA est Nos richesses de Kaouther Adimi, qui a paru en 2017 aux éditions du Seuil (France) et Barzakh (Algérie). Il raconte l’histoire d’Edmond Charlot qui a ouvert une librairie à Alger en 1936. C’est un modeste local qui va pourtant contribuer, en les éditant, à faire connaître de grands écrivains tels qu’Albert Camus et Jules Roy. Amoureux de la littérature, Charlot va encourager les écrivains indépendamment de leur race et de leur religion, c’est-à-dire y compris les auteurs autochtones, ce qui était mal vu à l’époque où la colonisation venait de fêter triomphalement les cent ans de sa présence en Algérie. Le roman de Adimi va mettre en scène un jeune homme qui, de nos jours, va dépoussiérer le local, comme pour faire renaître une mémoire culturelle. Pour Kaouther Adimi, “dans ce roman, l’Algérie (l’histoire se déroule à Alger) est d’abord un lieu. Ce sont les lieux qui nous habitent et non le contraire. Edmond Charlot était un grand éditeur qui a découvert de grands écrivains. J’ai eu envie d’imaginer l’histoire de ce lieu et de parler de ce que l’on ressent pour lui aujourd’hui, après tant d’années passées depuis sa création. Pour le titre du livre, Nos Richesses, il renvoie à la mémoire, l’histoire, la culture, la littérature, et à tout ce qui nous entoure, c’est cela la vraie richesse.”
Née à Alger en 1986, Kaouther Adimi est diplômée de lettres modernes de l’université d’Alger. Elle vit en France depuis 2009. On lui connaît plusieurs publications : Des ballerines de papicha, roman publié chez Barzakh puis chez Actes Sud en 2011 ; Des Pierres dans ma poche, autre roman (Barzakh, puis Seuil en 2016), Le Sixième Œuf, nouvelle éditée chez le même éditeur algérien en 2011… Kaouther Adimi a reçu des distinctions dont le prix littéraire de la vocation pour L’Envers des autres ; le prix du roman de la fondation France-Algérie en 2015 et également le prix du Feliv-Alger en 2008. Avec son dernier roman Nos richesses, l’écrivaine a été sélectionnée au Goncourt, Renaudot et Médicis. Elle est l’une des représentantes de la nouvelle génération des écrivains algériens.

ALI BEDRICI