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A la une / Culture

Exposition “Bourgs et faubourgs” d’Otman Mersali

Expier la tragédie à travers l’art

L’une des œuvres de Mersali. © D.R.

Jusqu’au 22 juillet, le peintre expose une trentaine d’œuvres dédiées aux quartiers du vieux Alger, aux migrants et à la femme, où l’espoir se heurte à la tragédie.

Traditions, migrants ou nostalgie sont les thèmes qu’a choisis l’artiste peintre Otmane Mersali de présenter à la galerie Mohamed-Racim (Alger-centre) jusqu’au 22 juillet. L’artiste invite son public à la contemplation et la réflexion, à travers plusieurs séries de toiles où il explore différentes techniques, desquelles émerge un intrigant mariage entre l’abstrait et le figuratif.
L’autre intérêt de cette exposition est le minutieux travail qu’a effectué le plasticien sur la lumière et son éclat, notamment dans les toiles représentant les femmes de la Casbah en haïk. S’exprimant sur le contenu de ces œuvres, Mersali dira : “Ma démarche actuellement se compose de deux éléments : d’abord la recherche de lumière, ensuite le mariage de l’abstrait et du figuratif. Le sujet travaillé est dessiné d’une manière figurative, avant d’être déstructuré pour devenir plus ou moins abstrait.”
À l’exemple de l’œuvre Souk d’Alger : le haïk des algéroises se faufilant dans les venelles de la Casbah scintille de mille feux dans la toile où les promeneuses semblent propager autour d’elles une aura particulière. Dans Souk aux tissus, les femmes en haïk se meuvent sous les yeux du visiteur et laissent s’échapper de leurs yeux perçants une curiosité, un orgueil ou un empressement dans ce lieu aux constructions verticales arborant de chatoyantes couleurs.
Si les femmes du tableau précédent véhiculent une palette d’émotions, à travers un regard consciencieusement travaillé, les personnages du tableau Montmartre (100*81) semblent errer dans les rues du célèbre quartier du 18e arrondissement parisien, sans but précis, visage effacé, tandis qu’au-dessus de la petite foule inconnue se dressent les toits des immeubles, majestueux, abreuvés de toute la lumière d’un soleil printanier.
Le drame des migrants survenu en 2015 suscitera la réalisation de deux tableaux très forts de par le sens chez le peintre. Plus de lumière, de couleur ou d’éclat ici, la déchéance de milliers de personnes ne pouvait s’exprimer chez l’artiste que par des couleurs rappelant le deuil et la souffrance, comme dans Radeau de l’espoir (2015). “J’ai toujours été très sensible à ce qui se passe autour de moi”, a confié le plasticien à propos de ses deux œuvres, tout en ajoutant : “L’artiste engagé se doit de témoigner de cette situation quitte à froisser certaines têtes pensantes, qui prétendent qu’il doit être au-dessus de la mêlée et ne s’occupe que de son art.” Sur une embarcation de fortune, où sont entassés femmes, enfants et vieillards, formant une sorte de pyramide humaine, vu de l’exiguïté du canot, l’horreur, la douleur et la colère sont palpables. Un personnage, hissé en haut de cet amas humain, lève les yeux au ciel, refusant de regarder ses compères souffrir. Alan Kurdi, l’enfant syrien échoué sur une plage turque en 2015, fait partie de ce radeau du désespoir, visage crispé, appréhendant déjà son tragique destin… que Mersali a choisi d’immortaliser dans un autre tableau à partir de la désormais célèbre image où l’on voit son corps sans vie étendu sur la plage de Bodrum en Turquie.
Mais cette fois, la dépouille du jeune garçon se retrouve dans un chariot renversé, derrière lequel une vingtaine d’enfants décharnés, visages émaciés. Mersali prouve à travers ces œuvres desquelles se dégagent un humanisme sans bornes, qu’il est essentiel d’expier la tragédie, aussi abjecte soit-elle, à travers l’art qui devient le seul pont entre les peuples dans ce genre de situation.
Aussi, a-t-il tenu à rendre hommage à la femme, son insolence, et le bouillonnement des quartiers populaires qu’il divinise, en leur procurant cette aura si singulière, grâce à son amour pour ces temples de notre histoire et des techniques dont lui seul a le secret.


Yasmine Azzouz

 


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