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A la une / Culture

Zabor ou les Psaumes de Kamel Daoud

Hymne à la vie ou l’anti-mort

Kamel Daoud récidive et surprend avec son dernier roman. Plongé dans l’univers spirituel avec ses questionnements. Zabor ou les Psaumes s’oppose au livre qui valide la mort. Il la sauve. Fabuleuse fable où l’auteur prend sa revanche.

Au commencement, il y avait “Lis”, intimation pour la lecture d’un livre qui n’existait pas encore, relève Kamel Daoud dans Zbor ou les Psaumes. Paradoxe initial ? Il empruntera le chemin inverse dans la peau de Zabor : l’écriture. Exercice d’exorcisme du complexe identitaire. Le corps fragile, malade, envoyé vivre avec sa tante bigote et son grand-père muet, Zabor évolue dans le décor d’une ville située entre la forêt et le désert qu’il décrit dans le silence de la nuit, lieu de ses errances, autrement pour dompter le temps, la durée. La durée de vie de ses habitants quand pointe la mort du nez. Un don. Il a le don de prolonger la vie. De retarder la mort. D’où tous ces centenaires dans la ville. Coincé entre un père, hadj Brahim, qui semble détester l’enfance, la meut de ses demi-frères et l’ombre de sa mère qu’il n’a pas eu le temps de connaître parce que répudiée quand il avait deux ans, il vit reclus dans “la grotte rose”, sa chambre “dans la maison d’en bas”. C’est dans ce lieu qu’il écrit sur des cahiers des histoires, il raconte, lorsque quelqu’un de la ville est malade, après l’échec de la médecine ou de la religion à l’extirper de la mort. À la manière des Mille et Une Nuits, Zabor “réinvente” la vie par l’appropriation de la langue. Zabor ou les Psaumes se lit comme une fable en incessants va-et-vient entre la religion, les versets, et la littérature universelle. Tous ces livres qu’il a lus ou pas encore, auxquels il emprunte les titres pour donner la vie au mourant.
Écrit à la première personne, Zabor ou les Psaumes se lit comme un ton de chronique. On y retrouve d’ailleurs Kamel Daoud le chroniqueur. Ses prises de position notamment sur l’histoire et la religion.
Quand, la nuit, son verbe scrute les détails de toute la ville. Ses murs, ses maisons, ses ruelles, le cimetière français… Un inventaire qu’il refait au détail méticuleux. Zabor devient arpenteur avec le livre en bandoulière. Un autre livre, celui qui donne la vie. Par opposition au livre qui donne la mort.
Aussi, Zabor est-il appelé à apporter l’ultime preuve de son don. Il devra, sous l’escorte de la meute de ses demi-frères hargneux, aller à la maison d’en haut d’où il a été chassé pour soigner hadj Brahim, gisant dans son lit comme un cadavre. Trois heures et tu dégages ! Lui intime la horde avant de le laisser entrer dans la chambre. Un ultimatum pour une seule phrase qui ne risque pas de sauver le naguère opulent éleveur de moutons. Puis, cet amour épistolaire, à sens unique. Amour impossible. Elle est divorcée, a une fille, Zabor veut l’épouser pour la sauver. Il écrit aussi, mais des lettres qu’elle ne saura lire. Une autre transgression dans ce hameau où tout se sait. Il s’agit, là aussi, d’un moment d’intime solitude où Zabor pense à sa personne. Avec Zabor ou les Psaumes, l’auteur de Meursault contre enquête nous plonge dès l’entame du roman dans un tourbillon de questionnements existentiels. Comme ces grains de sables qui s’insinuent sous la porte de Zabor plongé dans son écriture, les questions défilent. Religion, existence, vie, mort… Et le rapport entre elles. Peut-on sauver la vie avec un livre ? Affirmatif, répond Kamel Daoud. Et l’écriture, dont le style se rapproche beaucoup de la chronique pour lequel est connu Daoud, est nettement différente dans Zabor ou les Psaumes  de celle de Meursault contre Enquête.

Djilali B.

Kamel Daoud, Zabor ou les Psaumes, éditions Barzakh, 336 p. 2017, 1 000 DA.


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