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Culture / Culture

Maya Boutaghou, professeure aux USA et auteure de "Voyage d’Alger"

"J'ai voulu raconter cette ville qui m'habite encore"

© D. R.

Maya Boutaghou, docteur en littérature comparée à l’Université de Limoges, est professeur assistant dans le département de français de l’Université de Virginie (USA) où elle enseigne depuis 2008 la littérature comparée (arabe et français). À son actif de nombreux articles sur le monde arabe et la francophonie, ayant publié en France en 2016 un essai “Occidentalismes, romans historiques postcoloniaux et identités nationales au XIXe siècle”, elle était présente au Sila 2019 pour présenter son premier roman “Voyage d’Alger” paru chez Aframed Éditions. Interrogée sur son parcours et son premier roman, l’auteure a bien voulu répondre aux questions de “Liberté”.

Liberté : Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire ce roman, Voyage d’Alger ? 
Maya Boutaghou : Il faut savoir que j’ai écrit ce roman en même temps que j’écrivais ma thèse de doctorat qui remonte à quelques années déjà. Mais je l’ai beaucoup retravaillé et réécrit entre-temps. Je l’ai d’abord soumis à des éditeurs en France, et j’ai reçu l’accord de quelques-uns d’entre eux, mais je devais retoucher quelques passages ou supprimer quelques autres en “retravaillant” mes dialogues ou expressions, chose que j’ai refusée de faire. Je voulais absolument garder l’esprit et l’esthétique choisis à escient pour mon roman 

Était-ce une manière de censurer le texte ? 
Non, je ne pense pas que c’était une question de censure, mais plutôt une méconnaissance du terrain algérien, si je puis dire, et une “insensibilité” chez eux à notre réalité algérienne que j’avais besoin de garder intacte en la retranscrivant aussi fidèlement que possible dans mon roman Voyage d’Alger, à travers les dialogues de mes personnages. Je voulais que mon lecteur y retrouve ce français algérianisé, ce parler algérois, ce bilinguisme, ces expressions bien de chez nous que seul un éditeur algérien pouvait comprendre ; cette chronologie que j’ai voulu garder avec tous ses aspects “algérois” : urbanité, quotidien des années 90 à 2000, la culture, les relations… Et ce fut le cas avec mon éditeur Madani Guermouche qui a tout de suite compris le sujet et les nuances du roman, et j’en suis très contente. Notre collaboration dure depuis longtemps sur beaucoup de plans et là je suis devenue son auteure.

Quel a été l’écho du livre, puisqu’il a été publié cet été bien avant le Sila ? 
J’ai eu des échos des journalistes qui l’ont lu et qui en ont fait l’éloge, je dois dire humblement. Et ce qui a frappé mes lecteurs surtout, c’est l’hyper réalisme du texte où ils se reconnaissent  car mon histoire ressemble beaucoup à leur vécu  qu’elle semble décrire à la perfection et en toute sensibilité, et j’en suis très contente car c’était entre autres mon but. Aussi beaucoup ont apprécié les rapports entre mes personnages qu’ils ont aussi trouvés réels et humains. Même mes lecteurs autres qu’Algériens ont aimé mes descriptions de ce quotidien qui les a fait connaître Alger et comprendre un peu la complexité des relations, en période de terrorisme et de violence certes, mais pour dire aussi qu’il y a eu la beauté, la jeunesse, l’amour, l’énergie de la résistance…

Quelle est la part de la femme dans ce roman ?
Mon personnage principal du roman est une femme, Lamia, mais elle n’est pas seule ; en fait, il n’y a pas une, mais plusieurs femmes autour desquelles se construit mon histoire, Sabrina, Zina, Aïda... 
Il y a aussi un homme, Sofien, et quelques autres, mais  le monde que je décris est vu et décrit par des femmes, de différentes générations, selon la vision d’une femme sur beaucoup de sujets : politique, société, culture… mais mon roman n’est pas un roman à thèse, j’ai juste voulu parler de cet Alger qui m’habite encore même si je n’y vis plus depuis longtemps. 
J’ai voulu décrire cette ville que j’aime beaucoup et y faire vivre ou revivre mes personnages qui peuvent aussi habiter ailleurs qu’à Alger d’ailleurs, peu importe pour le lecteur car il peut y retrouver pas mal de ressemblances ou de vécus communs. 
J’ai voulu aussi parler de ce quotidien de femme qui se bat au quotidien pour gagner sa place dans la société et qui doit toujours prouver doublement qu’elle est capable de gérer telle ou telle situation, mais sans pour autant faire dans la victimisation ou le drame car le problème de “citoyenneté” touche tout le monde.

La littérature algérienne est-elle connue et étudiée aux USA ? 
Étant moi-même universitaire et professeur de littérature comparée, je donne à étudier des textes d’auteurs algériens à mes étudiants et ils apprécient de découvrir cette nouvelle littérature qu’ils ne connaissaient pas du tout, ou très peu pour certains grâce à quelques noms devenus connus à l’international, grâce à des prix et donc à la traduction. Mais il y a surtout je dois dire la littérature “féminine” qui est connue le plus car on semble s’intéresser beaucoup plus aux écrivains “femmes” comme Assia Djebar ou plus récemment Maïssa Bey qui plaît beaucoup. Il y a aussi Ahlem Mosteghanemi pour ce qui est de l’arabe. Mais il faut savoir aussi que notre littérature algérienne a du mal à se faire connaître directement sans se faire éditer en France ou se faire traduire ailleurs. Il y a un travail sérieux à faire là-dessus. Il arrive heureusement que la critique littéraire touche parfois certains auteurs algériens qui se font connaitre à travers ça, ou encore à travers des travaux de recherches universitaires ou de thèses d’étudiants, mais cela reste insuffisant vu toutes la richesse de cette production foisonnante que je vois aujourd’hui au Sila, et tous ces auteurs qui écrivent  sans que leurs écrits traversent nos frontières pour être lus et appréciés ailleurs. 
 

Entretien réalisé par : Samira Bendris-Oulebsir 

 

 



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