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Culture / Culture

L’écrivain Tarik Djerroud à l’heure du confinement

“Je finalise un essai sur le règne de Bouteflika”

© D.R

Directeur des éditions Tafat, Tarik Djerroud est l’auteur de nombreux romans, à l’instar de “J’ai oublié de t’aimer”, “Hold-up à La Casbah” ou encore “Le Sang de mars”. Son dernier ouvrage, “Chère laïcité : combien de crimes commis en ton absence”, est sorti au Sila 2019.


Liberté : Bien qu’il soit limitatif en matière d’autonomie de mouvement, comment vivez-vous le confinement ? Quel est le moment fort de vos journées ?

Tarik Djerroud : Cette maladie et la vitesse de sa propagation dénotent combien le monde est un village. Le confinement est un mal nécessaire, voire salutaire. Le virus qui malmène ces jours-ci le monde appelle une réponse mondiale et surtout responsable dont les mesures barrières constituent un début de combat. Personnellement, pendant ce temps, je me consacre en priorité à la lecture avec, sur ma table de chevet, une pile de livres que je dévore en ce moment avec délectation.

Je cite, entre autres, Le Glaive et la Balance d’Abdelkader Hammouche, Le Général dans son labyrinthe de Gabriel Garcia Marquez, et De quoi la Palestine est-elle le nom ? d’Alain Gresh. Cette pandémie nous tient en haleine, le cœur serré, dont le moment le plus fort est l’heure où je me place devant l’écran en fin de journée pour apprendre l’évolution de la maladie. Ses ravages sont chiffrés, mais ce n’est que la partie émergée de la calamité. Toutefois, si les statistiques sont terribles, il n’en demeure pas moins que l’humanité s’est placée en face d’un défi majeur, disons historique, qu’elle doit surpasser au risque de disparaître définitivement.

Rester chez soi, est-ce une halte propice pour revoir ses projets ?

Le monde est à l’arrêt, il est saturé de mauvaises nouvelles, mais rien de tout cela ne doit imposer le diktat de la résignation. Écouter, réagir, se replacer et chasser la déprime de toutes ses forces. Dans l’impossibilité d’effectuer des voyages, le travail de bureau accapare tout mon temps. Rester chez soi est une halte propice pour revoir les projets à venir et, surtout, amorcer une réflexion sur les meilleures méthodes de sortir de cette impasse qui frappe de plein fouet le milieu de l’édition. Il faut être réaliste : la presse bat de l’aile, les librairies sont asphyxiées, les bourses sont à sec.

Les conséquences sont invisibles pour le moment, tant que chacun de nous est concentré sur l’essentiel, c’est-à-dire la santé, mais il est fort à parier que nos lendemains seront difficiles. Dans un pays laissé en jachère, dont les politiques sont uniquement concentrés sur la manne pétrolière, l’heure est enfin venue de mettre en valeur toutes les régions du pays, diversifier les ressorts économiques, libérer les talents et réduire le train-train mirifique, voire dispendieux, de l’État. Le mouvement populaire né à Kherrata en février 2019 ne demandait pas autre chose.    

Pensez-vous que cette crise sanitaire changera notre vision du monde ?

La récession économique ne doit pas nous distraire des réalités sanitaires locales ou mondiales. Il est indispensable de sortir vite de cette panade. Mais il serait suicidaire de s’en sortir sans aucune leçon ! Cela dit, la pandémie nous interpelle à plus d’un titre : sur la valeur de la vie, la fragilité et la vulnérabilité des corps. La lutte contre cette maladie met en avant deux versants de la lutte : l’isolement par égoïsme, la solidarité par générosité, deux versants indispensables pour tirer un supplément d’âme mondial.

Et, surtout, elle nous interpelle sur la préciosité des choses simples de notre quotidien, des choses basiques qu’on oublie souvent. Figurez-vous : partager un café entre amis est devenu un bonheur immense. C’est dire que de simples menus plaisirs apportent un immense baume au cœur. Par-dessus tout, le point positif est révélé par la mauvaise transmission de l’information, induisant un certain laisser-aller et une réaction tardive des États. Ces errements démontrent combien la démocratie et la transparence sont essentielles à la bonne santé des populations. Pour notre pays, loin des discours lénifiants, la réalité dans nos hôpitaux crève le cœur. La pauvreté des ménages s’est montrée galopante en seulement quelques jours d’arrêt de travail. Un État démocratique et social s’avère, en ces circonstances, le meilleur projet à monter sur pied, mais à condition que la volonté politique soit à jour.   

Écrivez-vous en ce moment ? Si oui, voulez-vous gratifier nos lecteurs d’une description de votre ouvrage en cours ou des nouveautés de vos auteurs ?

Je viens de reprendre mes fiches pour finaliser un essai sur le règne de Bouteflika ; il s’agit d’une réflexion sur l’histoire récente de l’Algérie, un regard calme sur le pouvoir, ses arcanes, ses pièges, tout en mettant en exergue le poids d’un homme et la capacité de l’histoire à tout chambouler en un coup de vent contraire. Aujourd’hui ne doit pas être comme hier, il ne le sera pas, il faut lutter pour le changement. 

Le changement est une constante humaine, sociale, politique, sans être une promenade de santé. Vingt ans pour des broutilles et une gloriole inexistante. Vingt ans pour sortir par la petite porte. Vingt ans pour pousser la société au suicide. La bande à Bouteflika a été une épidémie à elle seule, par trop obnubilé par son nombril. Heureusement que le peuple connaissait le dessous des cartes et a refusé d’admettre l’inadmissible dans un rapport de force joué sous le soleil de l’histoire. 

Le peuple n’est pas le roi du pétrole, toutefois, il devrait être le roi de la parole, le maître de son destin. À l’aune de ce jeu, il y a son épanouissement, individu par individu, il y a aussi le progrès social profitable à tout le monde.

 

 

Entretien réalisé par : Louhal Nourreddine


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