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A la une / Culture

“Jardins des pleurs” de Mohamed Nedali, paru aux éditions de l’Aube (2016)

Le bourbier des turpitudes

Roman inspiré de faits réels, Le Jardin des pleurs démonte un mode de vie imposé par le système politique au Maroc. La corruption règne à tous les niveaux ; là où le citoyen lambda aspire à un peu plus de sécurité, celle-ci lui tombe sur la tête comme un couperet. Souad, épouse de Driss, serveuse dans un grand hôtel, le Tichka Palace, sera agressée par un commissaire de police en plein exercice de sa fonction. Ne se laissant pas faire, elle va connaître des péripéties divulguant les dessous d’une société soumise, hypocrite et lâche, car le harcèlement et l’agression par le commissaire Chejri n’aura fait agir les témoins que pour être finalement aux côtés de l’agresseur. Un multirécidiviste abusant de son autorité car ayant le bras trop long atteignant le pouvoir de Rabat.
Ainsi, du régime ultra autoritaire de “H2” aux petites scènes de ménage qui révèlent de grandes digressions du régime “M6”, beaucoup de points communs : la saleté, la misère, la détresse. Le Maroc, pays des fantasmes et de l’utopie, se noie dans la sauce arabo-islamique… Dans Jardin des pleurs, hormis le couple Driss et Souad, chaque personnage dépeint vit en contradiction permanente, sans principes ou simplement selon l’offre et l’intérêt. L’enseignante surveillant les candidats à l’examen et qui, se rendant compte que la question de dissertation porte sur l’avenir “2020 et les maladies chroniques”, ne serait là qu’une ingérence impie dans les affaires de Dieu, une apostasie. Elle assura à son malheureux candidat une réussite sans aucun effort. Histoire de le récompenser pour la trouvaille ! L’auteur dénonce à tout point de vue la corruption généralisée ; du simple petit responsable au ponte de la politique. “Il faut simplement user de bakchich pour assurer sa place.” Driss aura bien sa place dans la santé en usant de cette formule.
Aux hôpitaux, on transite pour sortir les pieds devant, tout droit au cimetière. “L’hôpital, les médecins et les traitements n’étaient que dérisoires tentatives humaines.”
Un flic qui vous cherche la petite bête rien que pour lui glisser un bakchich à défaut de vous coller un vrai procès pour une fausse infraction, un sens giratoire imaginaire, inexistant. Un médecin qui arnaque ses patients en les envoyant tout de go vers son propre laboratoire, dirigé par son frère. “Pourquoi, demandai-je un jour à Omar, les médecins mentent-ils à leurs patients ?”, “C’est leur fonds de commerce, le mensonge !, répliqua-t-il avec sa franchise habituelle.”
Mohamed Nedali décrit le Maroc des passe-droits, où les syndicalistes, les patrons, les avocats, les juges, les flics, les truands broutent dans la même mangeoire de la corruption. En cherchant un soutien afin d’ester en justice le commissaire Chejri, Souad sera sommée par les propos de l’adjoint du directeur du Tichka Palace : “Les délégués syndicaux de ce pays, Madame Lhouat, sont des bandits sans foi ni loi, des crapules patentées ! Pour un minable intérêt personnel, ils donneraient le plus dévoué de leurs militants.”
Que faire quand “les serviteurs de l’État ne risquent jamais rien dans ce pays quel que soit le forfait dont-ils sont accusés” ? On lui répète à chaque fois pour la dissuader que “dans ce pays quand on n’est pas riche et qu’on ne connaît personne à Rabat, on n’attaque pas en justice les hauts fonctionnaires de l’État !”, paroles d’avocat !  
Toujours dans son style pédagogique, l’auteur emménage son récit pour démonter l’incivilité des “intouchables” qui, à défaut de les réduire au silence par la loi, celle-ci faisant défaut, la violence pourrait être l’ultime recours. Mais, il lui faut aussi des forces.
Le Maroc où on finit par attraper le cancer comme on attrape un virus suite aux machinations de la justice. La victime du harcèlement se battra contre les moulins à vent. Souad va mourir sans que sa plaidoirie ait lieu avec la partie adverse qui ne se présente jamais à la barre. Tous des corrompus, finira-t-elle par signifier à son avocat, lui aussi du même acabit. Jusqu’au marchand du Coran et de la parole de Dieu et la femme qui asperge la tombe de la défunte Souad à l’eau de rose. Une eau de robinet qu’elle fait payer au prix fort.
Des remords prennent Driss au bout du compte (conte), aurait-il agi mieux que ses aïeux ? “Si j’étais un homme digne de ce nom, j’aurais rendu justice à ma femme moi-même, comme aurait sans doute fait mon père dans sa jeunesse ! J’aurais tranché le cou au commissaire Chejri, crevé la panse au juge ElFassi ! Je me serais immolé devant le tribunal à la manière du héros tunisien…”
Les procès qui tuent au Maroc, voilà la justice à la fin ! “C’est le bourbier des turpitudes les plus abjectes ! Le cloaque des ignominies les plus viles !”, soutient le dinandier Moulay Tahar. Autour du couscous, les proches suggèrent à Driss de ne pas tarder à prendre femme, plus belle et plus jeune de préférence pour oublier Souad.
Le Jardin des pleurs, sort indéniable du jardin des fleurs, est une rétrospection d’une société marocaine, maghrébine et africaine en devenir. Même sa lettre à Dieu lui revient en fin au retour avec cette mention “Inconnu à l’adresse indiquée”. Un roman à lire tout simplement…


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