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Culture Mardi, 24 Juillet 2012 09:50 Facebook Imprimer Envoyer Réagir

MAALEM HAKEM ABDELLAOUI, DE DIWANE EL OUAHA, A LIBERTÉ

"Le diwane traditionnel et la scène sont deux choses différentes"

Par : Sara Kharfi

Du haut de ses 26 ans, cet artiste de Béchar s’illustre dans la musique Diwane. Il a également fabriqué un goumbri à six cordes, alors qu’à la base, cet instrument n’en possède que trois. Maalem (maître de cérémonie) de Diwane El Ouaha depuis 2006, il revient dans cet entretien, sur son nouvel album, ses débuts, et sa vision de l’évolution de la musique Diwane en Algérie.

 

[Entretien réalisé par Sara Kharfi]


Liberté : Vous avez sorti, il y a quelques semaines, un album à compte d’auteur, dans lequel on retrouve six titres. Comment s’est fait le choix de ces morceaux ?

Maalem Hakem : Lorsqu’on a décidé de faire cet album, on a pris en considération le fait que dans le Diwane, il y a plusieurs « Bradj », qui se subdivisent en plusieurs parties, comme El Bambara, El Haoussa, Sahaba, Sraga, etc. On a donc décidé de prendre de chaque Bordj, un extrait. Par exemple « Nabina » fait partie des Bradj Lebhara, « Baba Nouari », « Bouderbala » et « Ali » font partie de Bradj « El Hassaniyyine », « Megzou » -que j’ai joué avec le goumbri à 6 cordes- se compte parmi bradj Lekhlawiyine (les hommes de la forêt), et « Rassoul Allah » avec « Sahaba ». Nous avons fait ce choix pour donner un aperçu des différentes articulations et de la hiérarchisation dans la musique Diwane. Je voulais aussi éviter une certaine monotonie à l’écoute. Il y a deux morceaux de l’album qui sont fait en fusion : « Megzou » et « Baba Nouari ». Il m’a fallu beaucoup de courage pour le faire. Je l’ai fait, peut être pas à contre cœur, mais malgré moi quand même, car à la base, je voulais faire un album traditionnel, d’autant que je me suis fait connaître sur scène comme étant quelqu’un qui fait du traditionnel, le Diwane authentique que nous ont légué nos ancêtres.


En parlant de fusion, vous avez fabriqué un goumbri à six cordes. Racontez-nous l’histoire de cet instrument ?

En fait, ce qui s’est passé, c’est qu’avec mon groupe, on se réunit presque tous les jours dans une maison vide à Béchar, pour faire de la musique. Un des membres jouait sur le goumbri aux cordes graves, et moi, j’avais un goumbri avec trois cordes aigues -que j’avais vu un jour en rêve et que je possède depuis 2006. Un jour je me suis dit pourquoi ne pas mettre ensemble sur un même manche, les six cordes. J’ai décidé donc de le fabriquer en me disant si ça marche c’est bien, sinon, j’aurais perdu un goumbri. Au début, il y avait un problème d’accords, puis il fallait trouver l’espace adéquat entre les cordes, etc. mais je me suis accroché, jusqu’à ce que je le termine. Lorsque je l’ai achevé, je n’y croyais pas, ma joie était incommensurable. La première fois que je l’ai utilisé c’était à un mariage à Kenadessa. Et c’était magnifique parce qu’il m’a donné le son que je voulais avoir. Il se rapproche de celui du mandole (son grave et aigu). Un de mes amis qui aime beaucoup rire, m’a dit on va l’appeler « Gomdole », mais en réalité, c’est un goumbri qui me donne l’impression de jouer sur deux goumbri en même temps.


Pourriez-vous nous parler de votre parcours ?

J’avais 9 ans, lorsque j’ai vu pour la première fois des Gnawa avec des Gangas, et j’ai aimé le son. Un jour, nos voisins ont organisé une Lila Diwan, alors j’y suis allé, et j’ai été captivé par le son du goumbri. Depuis ce jour-là, je m’y suis intéressé au son, à l’instrument et à sa fabrication. J’ai fabriqué un goumbri tout en bois, avec des freins en fer qui ont fait office de cordes. Le son n’était pas bon, mais ça m’a permis de m’exercer. C’était vraiment très douloureux cette phase d’apprentissage parce que comme les cordes étaient en fer, j’avais tout le temps les doigts ensanglantés. A l’âge de 12 ans environs, j’ai pris contact avec Maalem Benlâalem Mohamed, qui m’a accueilli, et a été mon maître. Quelques années plus tard, à l’occasion de la naissance de son fils, il a organisé une Lila Diwan et m’a demandé d’ouvrir la soirée. Depuis ce jour-là, on m’appelle Maalem Hakem, mais j’apprends toujours en réalité. Quant au groupe, on l’a crée en 2006. Depuis 2008, on fait les festivals, les semaines culturelles,  les concerts, etc.

Comment évaluez-vous le paysage de la musique Diwane aujourd’hui en Algérie ?

J’ai remarqué qu’il y a à peu près quatre ans que beaucoup de gens tendent vers la musique Gnaoua. Mais il faut apprendre le Diwane tel qu’il nous a été transmis par nos ancêtres, après, si quelqu’un veut faire des modifications, je serais le premier à l’encourager. Par exemple, lorsque je suis scène, au milieu d’un bordj je fais des sortes d’arrêt avec Karkabou et Goumbri. Ces arrêts sont ma touche personnelle. Il y a aussi le fait que les gens ne répètent pas leur programme. Un artiste doit travailler et répéter. J’ai aussi remarqué dans le festival national de la musique Diwane de Béchar que certaines troupes qui montent sur scène, ne font pas la différence entre une Lila Diwan et la scène. C’est pour ça que le niveau est toujours le même. Ce que je fais sur scène, dans une Lila ou tout seul avec un goumbri sont trois choses différentes. Le Diwane traditionnel et la scène sont deux choses différentes.

S. K.

 

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