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Culture / Culture

“CRÉPUSCULE DES OMBRES” DE MOHAMED LAKHDAR-HAMINA

Méditation sur la guerre et ses injustices

Scène du film “Crépuscule des ombres” de Mohamed Lakhdar-Hamina. D. R.

Après une sorte de mise en situation, qui replonge le spectateur dans le contexte, le film commence vraiment.
Trois hommes – Khaled qui porte les espoirs et les aspirations d’un peuple, le commandant Saintenac qui incarne les contradictions d’un système colonial injuste et moribond, et Lambert, un objecteur de conscience qui refuse de se trahir – se retrouvent, par la force des choses, dans un immense désert.

Le dernier long-métrage de fiction de Mohamed Lakhdar-Hamina, Crépuscule des ombres, a été projeté pour la presse, hier matin, à la salle El Mougar – une avant-première devait avoir lieu dans la soirée au même endroit. Produit par l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC), les ministères de la Défense et des Moudjahidine, le Centre national des études et recherches sur l’histoire du mouvement national et la Révolution du 1er Novembre 1954 (CNERMNR 1954) et Sunset Entertainment, avec le soutien du ministère de la Culture / Fdatic, le film s’ouvre sur le centenaire de la colonisation. Khaled, alors enfant, est conscient du discours mensonger du colonisateur. Il quitte les siens pour aller poursuivre ses études dans une grande ville, puis on le retrouve, quelques années plus tard, étudiant à Paris. Khaled (incarné par le comédien Samir Boitard) rejoint, avec d’autres étudiants algériens, les rangs de l’ALN, part dans un camp d’entraînement à Berkane au Maroc, puis rejoint l’Algérie. Au cœur du Grand erg, il est arrêté, avec ses camarades, en 1958, par une section de l’armée française dirigée par le commandant Saintenac (interprété par le comédien Laurent Hennequin). C’est à ce moment-là également qu’arrive le 2e classe Yves Lambert (campé par le comédien Nicolas Bridet), un objecteur de conscience que Saintenac torture moralement. Sur Khaled, le commandant, qui a également participé à la guerre d’Indochine, exerce des tortures physiques. Après plusieurs mises en contextes et en situations inévitables et nécessaires pour mettre en place les éléments de la fiction, le film commence vraiment avec une “corvée de bois” qui tourne mal : Lambert refuse d’exécuter Khaled, le commandant est fait prisonnier. Perdu en plein milieu du désert, lieu qui exprime en quelque sorte la neutralité et confère au récit une dimension mystique, les trois individus se parlent, même s’ils divergent et même si la confrontation est souvent violente entre Khaled et Saintenac.
Ces trois personnages, dont deux sont diamétralement opposés, représentent trois postures : Khaled, révolté par l’injustice coloniale, abandonne ses études et prend les armes pour libérer son pays ; Lambert, qui se pose un tas de questions, refuse de trahir ses valeurs et d’aller à l’encontre de ses principes et se retrouve embarqué dans une guerre dont il ne semble pas très bien comprendre les tenants ; et enfin le commandant Saintenac, le personnage le plus complexe sans doute de cette fiction, puisqu’il est croyant, père et époux et éprouve de la compassion pour un animal, alors qu’il pratique la torture sur des êtres humains sans ressentir aucune émotion. Le réalisateur, qui a également signé le scénario de ce film, donne de l’épaisseur à ses personnages (Khaled et Saintenac), en leur donnant un passé et un parcours (qu’il explique à ses spectateurs), avant de les réunir avec ce qui les oppose dans un désert immense, filmé d’une très belle manière ; dans un décor paisible loin d’une guerre qui ne dit pas encore son nom.
Le cinéaste prend le soin et le temps qu’il faut pour aller au bout de l’affrontement entre Saintenac et Khaled, de telle sorte que la repentance, le pardon, et même les essais nucléaires français à Reggane sont également abordés et intégrés à la fiction, dans ce road-movie infernal dans lequel les protagonistes se déchargent de leur haine et de leurs reproches, parce qu’ils sont seuls, loin du reste du monde, loin de la guerre et de ses injustices.
Les choses ne semblent pas être aussi simples comme le révèle (et le couronne) la fin de ce film. Mohamed Lakhdar-Hamina, qui n’a plus tourné depuis 1986 (La dernière image), revient avec une fiction subtile, traversée par des questionnements fort pertinents sur la colonisation et sur la nature d’une relation complexe. Mohamed Lakhdar-Hamina et ses trois comédiens ont tenu une conférence de presse à l’issue de la projection de ce film qui a coûté près de “six millions d’euros”. Le réalisateur, qui a obtenu la Palme d’or en 1975 pour Chronique des années de braise, a signalé qu’une série de trois épisodes à partir de ce film a été préparée.

S. K.



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