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Culture / Culture

L’ARTISTE BURKINABÉ SANA BOB À “LIBERTÉ”

“Nous apportons la tradition au monde moderne”

Sana Bob. ©D. R.

Sana Bob s’est produit à Tamanrasset lors de la 5e édition du Festival international Abalessa-Tin Hinan des arts de l’Ahaggar. Showman et artiste engagé, notamment pour l’éducation et le développement en Afrique, il ne quitte jamais son mégaphone, avec lequel il annonce aussi bien les bonnes que les mauvaises nouvelles et transmet son message de paix. Il revient dans cet entretien sur son parcours et sur sa musique qui réunit le wedbindé, une danse traditionnelle du Burkina Faso et le reggae. Il évoque également son engagement et ses démarches sociale et musicale.

Liberté : Votre style musical est une “fusion” du reggae avec le wedbindé. Qu’est-ce que le wedbindé ?
Sana Bob :
Le wedbindé est une danse traditionnelle du Burkina Faso, qui est très connu dans le pays et est pratiquée par une ethnie qu’on appelle Mossi. On retrouve cette danse traditionnelle dans le nord du Burkina Faso, mais on retrouve également cet air musical au Mali, ce qu’on appelle le wassoulou, dans une partie de la Mauritanie, de l’Egypte, et même de l’Algérie. On accompagne le chant par une guitare traditionnelle à trois cordes qu’on appelle le kundé, mais également par la calebasse, la lunga et le violon traditionnel. On danse le wedbindé là où il y a la joie comme dans les baptêmes, les mariages ou les fêtes de fin d’année. Ce sont les femmes qui dansent et les hommes qui chantent et jouent de la musique. Dans les chants wedbindé, on remercie et magnifie beaucoup la femme qui perpétue la tradition. Les hommes, par leurs chants, montrent la valeur de la femme, mais on peut également chanter devant les rois. Le wedbindé est très respecté pour ce qu’il incarne, la valeur et la tradition africaines. Il annonce les bonnes nouvelles et transmet un message de paix.

Comment vous avez pensé à utiliser cette musique du terroir Mossi dans vos créations ?
Je suis né dans le wedbindé. La femme qui m’a élevé est une grande chanteuse au Burkina Faso et je l’ai toujours vu chanter avec son groupe. J’ai aussi eu la chance de naître dans un village et d’être en contact avec cette musique. Pour ce qui est du reggae, je l’envisage comme une évolution du monde moderne. Car c’est une musique africaine, qui est partie de là, de l’Afrique jusqu’en Jamaïque, et que j’ai toujours aimée, surtout Bob Marley et Peter Tosh.

Vous êtes né dans le wedbindé, vous avez aimé le reggae, mais vous avez été formé à la musique. Pourriez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai eu la chance d’être formé et encadré dans une école de danse en Côte d’Ivoire. Je suis burkinabé mais j’ai passé toute mon enfance en Côte d’Ivoire. J’ai côtoyé beaucoup de musiciens ivoiriens dans école de formation où j’ai été formé à la danse, au chant, à la comédie, etc. On devient un artiste complet quand on sort de cette école. Donc, quand je suis rentré chez moi, en 2001, j’avais déjà un bagage, j’avais déjà commencé à travailler en Côte d’Ivoire. Et effectivement, j’ai grandi sur les airs de la musique traditionnelle mais je me suis dit pourquoi ne pas faire une fusion entre les deux genres, le Wedbindé et le reggae. En plus des deux styles de musique, j’ai également pensé à faire une fusion entre les instruments modernes et traditionnels (Bendré, violon traditionnel, etc.). Sinon, je chante en Mooré, qui est fait des langues nationales au Burkina Faso et qui est comprise par 90% de la population, le respect, l’éducation, le développement en Afrique, la paix. Au niveau de l’éducation, je ne parle pas uniquement de mon pays, mais de l’Afrique car les problèmes relatifs à ce thème sont communs à beaucoup de pays.

Vous êtes d’ailleurs engagé dans une association pour la scolarisation des enfants ?
En fait, c’est très important que les enfants puissent aller à l’école, coranique ou francophone. L’essentiel est d’avoir une instruction. Et «Actions Scolarité» est une activité de l’association Beoyinga, qui signifie tout ce que nous faisons c’est pour le futur. C’est une activité qui a trois objectifs majeurs : d’abord, sensibiliser les populations pour mettre les enfants à l’école, ensuite faire dons de kits scolaires aux plus démunis avec la collaboration de l’Association nationale des enseignants qui va cibler les plus démunis, et enfin, je parraine et paie la scolarité de certains enfants démunis. Cette action est très importante pour moi, tout comme mon engagement qui est plutôt social, car si on n’a pas un engagement dans la vie ou un objectif alors on n’est rien. Je m’engage pour une bonne cause, pour le bien-être de la société, pour la paix. Si Dieu n’a pas créé le monde parfait, l’homme ne peut pas le rendre parfait, mais ma contribution c’est que je puisse dire quelque chose de positif, pour moi, pour mes enfants pour l’avenir aussi. C’est ça mon engagement.

D’où l’utilisation du mégaphone ?
Dans le temps, dans les villages, on confiait le message au griot qui se chargeait de le transmettre. Dans le monde d’aujourd’hui, dans les villes surtout, les choses ne sont plus comme avant. Avec le mégaphone, avec une petite sirène, je deviens un crieur public qui annonce nouvelles. Même si généralement ce sont les bonnes nouvelles que j’annonce, il m’arrive parfois d’annoncer des mauvaises, pour dire qu’il y a danger, qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Je sors mon mégaphone pour dire que l’éducation est importante, que la paix l’est tout autant, qu’il est primordial de créer des emplois pour les générations montantes et de valoriser la jeunesse, parce que l’Afrique est un continent qui a de l’avenir. Et ce n’est pas n’importe-qui qui tient le mégaphone parce qu’il faut avoir quelque chose à dire. Il faut que les gens qui viennent m’écouter puissent entendre quelque chose de positif pour moi, pour l’avenir et pour notre société. Car pour un artiste, il faut que là où il va, il puisse rassembler un maximum de monde. Aujourd’hui, je suis très content de voir des artistes utiliser le mégaphone dans des vidéos clips. Le mégaphone est tout un symbole, au-delà de porter la voix, il prend les doléances du peuple pour les transmettre à qui de droit, à ceux qui sont en haut parce que quand on parle tout bas on n’entend pas. C’est un porte-parole des sans-voix, un porte-parole du peuple. La sirène à l’instar de l’ambulance signifie qu’il y a urgence.

Quelle est la place des instruments traditionnels dans le son Sana Bob ?
Ma guitare est une guitare moderne à six cordes mais j’y à la manière du kundé. Bien qu’elle soit moderne, on entend la sonorité du wedbindé. C’est vrai que nous Africains avons la chance de la tradition mais il est important de s’ouvrir sur les autres, d’être aussi moderne outre l’enracinement dans la tradition. Nous apportons notre tradition au monde moderne, parce qu’on connaît notre tradition, qu’on a une culture qui a existé bien avant la colonisation et qui existe toujours. Un Africain qui connaît sa tradition, qui a compris sa tradition, ne peut pas ne pas aller vers l’autre. Les Hindous, les Chinois, les Arabes sont allés vers l’autre à partir de la tradition. Aujourd’hui, un Africain qui a tous les atouts est celui qui n’a pas oublié sa tradition.

S. K.



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