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A la une / Culture

“L’éloge de la perte”, de Lynda-Nawel Tebbani

Quand l’autre devient douleur

Paru aux éditions Media-Plus, ce premier roman signé Lynda-Nawel Tebbani invoque les sens et la passion, à travers une prose poétique construite sur des rythmes de la nouba, où la musique et la ville des Ponts ne font plus qu’un.

Dans sa première tentative littéraire, parue aux éditions Média-plus, la professeure, doctorante aux universités de la Sorbonne et de Lyon 2, et désormais écrivaine, Lynda-Nawel Tebbani nous offre, dans L’éloge de la perte, une poignante œuvre contre l’oubli, à la gloire de la passion, de la musique et de la ville des Ponts, Constantine. La trame, construite autour d’une intrigante histoire d’amour entre Ghanem et Zayna, des personnages complexes et fragiles à la fois, nous immerge dans l’univers  de ce couple que tout semble opposer. L’amante, plongée dans une douce mélancolie, attend, chaque nuit, les appels de son “Unique”, n’arrivant à oublier la négligence de l’être aimé qu’une fois endormie, “apaisée de ne plus souffrir de mon silence”, comme lancera Ghanem, dans un soliloque réminiscent de la ténacité et de l’audace de la jeune femme à vouloir coûte que coûte le retrouver. Ce qui frappe au premier abord dans cette première œuvre littéraire, en plus d’une écriture moderne, est la prose poétique de l’écrivaine, si vivace, si rythmée, et si subtile, comme une mélodie ondoyante, dont les notes sont cette suite de phonèmes rendant presque tangibles les sensations, les réflexions et les résipiscences de ces êtres de papier. Les mélodies et la musique, justement, tiennent une place centrale pour l’auteure, et ne sont, dans ce livre, que le prolongement de sa fascination pour cet art ancestral. Un art pour lequel elle a d’ailleurs consacré un travail de recherche intitulé “Les emprunts et l’héritage de la nouba dans la musique algérienne”. Elle étale cet  amour pour l’andalou à travers la protagoniste pour qui ce chant patrimonial devient une raison de vivre, accompagnant son “quotidien-prison”, quand elle prend son café, voyage, ou lorsque l’insomnie prend le dessus durant ces nuits marquées par l’absence de Ghanem… Cette obsession constitue par ailleurs le lien le plus puissant entre les deux amants, qui se rappellent, grâce au malouf, les moments partagés ensemble lorsqu’ils fredonnent Men djat forgatek, de Fergani ou Kif al amal de Myriam Sultan. La musique, en plus de ranimer leurs souvenirs communs, revivifie paradoxalement leurs blessures et leurs fuites en avant, comme lorsque Ghanem, pris de remords, regrette la souffrance infligée à Zayna sur fond de q’cid andalou. Se rejetant, se cherchant, puis se réunissant, le couple, comme happé par une irrésistible envie de rattraper ce retard dolent, ne peut échapper à ce destin qui s’obstine à perpétuellement les séparer. Mais dans leur cycle de retrouvailles-éloignement, les protagonistes  comprennent que naît de ces capsules temporelles éphémères une plus grande sensation de perte, lorsque l’être conquis redeviendra inéluctablement être désiré. “C’est par la perte que se révèle la valeur” lancera le narrateur, à l’issue de retrouvailles volées qui encelluleront les amants dans cette passion-prison au bord de la mer. Effacée, désintégrée, imprégnée du souvenir de l’être aimé, Constantine, (qui devient ici personnage à part entière), devient aussi une perte dans le roman, dès lors que l’être aimé choisit la fugue. Une double disparition qui implique l’impossibilité de dissocier cet être désiré de la terre qu’il a foulée, des paysages qu’il a admirés et des souvenirs qu’il en a gardés.  Entre un surréalisme et une sensibilité à fleur de peau, Tebbani prouve à travers ce roman brillant de modernité, où la magie de la langue côtoie des chants affligeants de vérité, que l’amour, aussi fort-soit-il, ne peut rien face à l’oubli et l’abandon.


Yasmine Azzouz


“L’éloge de la perte”,  de Lynda-Nawel Tebbani, Editions Média-Plus, 2017


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