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A la une / Culture

Publication de “La chance de survivre” de Mohamed Azouzi

Témoignage sur le parcours d’un militant nationaliste

C’est le parcours riche d’un militant de la cause nationale que nous livre Mohamed Azouzi, avec des témoignages inédits sur des hommes et des situations vécues.

J’avoue que pour une fois, j’ai choisi un livre pour une raison subjective, même si son contenu est des plus intéressants. Imaginez ce que peuvent être les activités quotidiennes d’un Monsieur de 89 ans : petites promenades et siestes reposantes ? Journées passées devant la télé, allongé sur un lit ou un canapé ? Mohamed Azouzi, à cet âge, a choisi d’écrire un livre sur son itinéraire de militant nationaliste pour laisser “un ouvrage-témoignage destinés aux jeunes lecteurs”. Je trouve ce geste admirable car il envoie un message fort à tous ceux qui se croient ou que l’on croit “finis” à un âge avancé, oubliant que le cerveau est le dernier à “partir” avant de passer le relais à l’esprit qui survit à travers les œuvres que chacun aura laissées derrière soi. Au demeurant, celui de Mohamed Azouzi est plus vivace que jamais, à lire son livre La chance de survivre, paru aux éditions Casbah en 2016. L’auteur se souvient de sa première réunion clandestine organisée par une section du PPA en septembre 1944 à la mosquée Djamaâ Djedid, dans le quartier de la Marine à Alger. C’est le début d’une aventure passionnante (au début, on appelait les jeunes engagés dans le PPA des “aventuriers”) qui va durer jusqu’à 1962, jalonnée de joies et de souffrances, d’exaltation et de peines. Se replongeant dans les années quarante, Azouzi se rappelle que “certains adeptes des oulémas, en particulier les okbistes, dont la tendance religieuse confinait à la bigoterie, citaient des versets du Coran pour inciter à la prudence, voire au découragement, comme ‘khoudhou hidhrakoum’ (prenez garde) et ‘elli khaf slem, welli slem saedate eyyamou’” (celui qui craint le danger demeure indemne et qui demeure indemne coule des jours heureux). C’est la même logique qu’adopteront plus tard les messalistes vis-à-vis des jeunes du CRUA qui ont décidé, après avoir essayé en vain de convaincre les récalcitrants, de déclencher la lutte armée. On a envie de dire “ma khafou ou selmou”. Jeune auxiliaire au Service des impôts, Azouzi n’a dû cette chance qu’au départ massif des fonctionnaires français à la guerre contre l’Allemagne. C’est parce qu’on avait besoin de lui qu’on lui permit d’accéder à ce travail habituellement réservé aux “Algériens européens”. Ses compatriotes se contentaient, comme il l’a fait lui-même avant, de petits emplois précaires pour gagner leur vie. “Ainsi, nos aïeuls, quel que fût leur rang social, avaient le dessous devant le dernier des pataouètes (pieds-noirs d’origine non française), tout droit venus de Malte, de Mahon, de l’Andalousie ou de la Calabre, lequel était mis sur un même pied d’égalité avec les Français de souche.” Injustice qui fera basculer les jeunes Algériens dans le combat politique, légal ou clandestin, jusqu’au 1er novembre 1954. Durant son parcours militant, Azouzi va côtoyer des hommes qui deviendront de grands responsables de la révolution algérienne. Il rencontrera en 1949 Krim Belkacem et Ouamrane, qui étaient déjà des maquisards avant l’heure. Il intégrera l’Organisation Spéciale, le CRUA et bien évidemment le FLN en 1954. Le livre de Mohamed Azouzi est un témoignage plein d’informations sur la période qui s’étale de 1944 à 1962. Il évoquera autant les manifestations du 8 mai 1945 que les Scouts musulmans, les élections, la crise du PPA. Le 31 mai 1956, il sera arrêté à Dellys et connaîtra durant de longues années les camps d’internement de Berrouaghia et de Bossuet ainsi que le bordj de Tizi Ouzou. À sa sortie, il reprendra le combat jusqu’à l’indépendance. Il exercera ensuite comme cadre supérieur dans l’administration régionale des impôts d’Oran et au ministère des Finances. C’est le parcours riche d’un militant de la cause nationale que nous livre Mohamed Azouzi, avec des témoignages inédits sur des hommes et des situations vécues.
Les universitaires, enseignants comme étudiants, ainsi que tous ceux qui s’intéressent à l’histoire du mouvement national algérien trouveront dans ce livre des informations pertinentes.      



ALI BEDRICI
La chance de survivre, de Mohamed Azouzi,
Casbah éditions, 284 pages, 2016.


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