“ETTIHA” AU THÉÂTRE RÉGIONAL DE BATNA
Une radioscopie des comportements humains
Par : Belkacem BOUMAILA
Le rire a invité le spectateur à une réflexion plus souterraine sur les thèmes proposés.
La pièce de théâtre Ettiha (la chute), production de l’association Affak des Arts dramatiques de Batna, puisée du texte Le Réviseur de Nikolaï Vassilievitch Gogol, mise en scène par Lotfi Bensbaâ, continue à être chaleureusement accueillie par le public.
Présentée au Théâtre régional de Batna, Ettiha, à l’humour corrosif, compose une véritable satire contre le pouvoir et s’attaque aux systèmes de l’administration et de la corruption. La pièce s’en prend aux vices humains, une véritable radiographie des comportements humains. Les rideaux s’ouvrent sur un décor composé d’une chaire à hauts pieds en délabrement symbole du pouvoir qui périclite et annonçant sa chute.
La pièce très drôle, mise en scène avec beaucoup d’humour et d’esthétisme, révèle au grand jour la veulerie des plus hauts gradés ou notables d’une ville en fripons, vils de basses mœurs : combines, pots-de-vin, abus de pouvoir. À la réplique qui annonce la visite d’un inspecteur arrivé en mission secrète, envoyé par le gouverneur, soucieux d’enquêter sur les abus du pouvoir, les fonctionnaires d’une petite ville tremblent, parce que sa venue signifie immanquablement la mise au grand jour des petites combines des uns et des autres, et fait apparaître leurs abus, leurs malversations, leur lâcheté et leurs escroqueries en tous genres. Troublés par l’annonce de l’imminente arrivée de l’inspecteur, ces vilains comparses chargent “Chitta”, un personnage écervelé au grand corps pour les renseigner sur la présence de cet inspecteur arrivé “incognito”.
À l’annonce de l’inspecteur repéré dans un hôtel, c’est le branle-bas de combat. Les notables malhonnêtes vont tout faire pour s’attirer les bonnes grâces de celui qu’ils prennent pour l’homme de la capitale. Ils souhaitent acheter son silence, pour qu’il n’expose pas au grand jour la vérité sur leur corruption, leurs malversations. Le premier responsable de la petite ville ira même jusqu’à lui proposer la main de sa fille. À la fin, celui qu’ils prennent pour un inspecteur n’est autre qu’un jeune homme, en transit dans leur petite ville et le véritable inspecteur s’annonce.
C’est la chute de l’empire du mal. La mise en scène n’a pas beaucoup négligé les effets spectaculaires relevant de la farce. Les costumes et maquillages sont assez suggestifs. Les personnages sont tous des corrompus et portent au milieu de la figure le nez rouge des clowns tristes, mis à part le visiteur. Les caricatures des personnages sont peu conformes à la fonction qu’ils exercent. La mise en scène a essayé d’user de tous les ressorts du comique. Farce et satire ont eu recours au comique de geste et de caractère.
Il est à noter que les changements opérés par rapport à la version originale ont installé, malheureusement, quelques moments difficiles au niveau de la compréhension, c’est pourquoi il convient de reconsidérer la mise en scène. Pour le jeu, il est trivial. Il provoque du rire spontané et invite le spectateur à une réflexion plus souterraine sur les thèmes proposés.
B. B



