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Culture Mardi, 21 Février 2012 10:00 Facebook Imprimer Envoyer Réagir

François Beaune, à propos du projet "histoires vraies"

“Voir qui sont les gens qui vivent autour de la Méditerranée”

Par : Sara Kharfi

Présent à Alger depuis le début du mois pour collecter des histoires vraies, l’auteur d’ Un Homme louche et d’ Un Ange noir, explique cet ambitieux projet qu’il porte depuis 2010.

Liberté : L’idée du projet “Histoires vraies” vous a été inspirée par le travail réalisé par Paul Auster à la fin du siècle dernier. Lui, il a récolté des histoires vraies aux États-Unis (True Tales of American life); vous, c’est dans 13 villes méditerranéennes que vous les récoltez. Pourquoi la Méditerranée ?
François Beaune : J’ai découvert le livre de Paul Auster, et je me suis dit que ça faisait un portrait à travers les histoires (des micro-histoires), non pas des États-Unis mais des gens vivant aux États-Unis à un moment donné. Comme j’ai fait des études en histoire et que j’ai lu beaucoup de livres d’histoire et de témoignages, je me suis dit que, finalement, les histoires vraies permettent d’incarner l’histoire. J’ai trouvé que l’ouvrage de Paul Auster était un portrait passionnant des gens vivant aux États-Unis à la fin du XXe siècle, et je me suis dit que, quinze ans plus tard, à une époque de changements très importants, en particulier autour de la Méditerranée, il serait intéressant de faire le portrait des gens vivant autour de la Méditerranée.
Un portrait à travers leurs témoignages, leurs histoires vraies, et qui soit un portrait incarné des gens, non pas de la Méditerranée. Ça ne m’intéresse pas non plus de comprendre l’esprit méditerranéen. La Méditerranée est  une unité géographique, une mer qui nous relie tous, mais qui est beaucoup plus un obstacle, une frontière, qu’un module de réunion. C’est une mer qui exclut beaucoup aussi. Pour certains, c’est une mer qu’on ne peut pas traverser. Ce qui m’intéresse, c’est de proposer aux gens de raconter leurs histoires personnelles et essayer de voir qui sont les gens qui vivent autour de la Méditerranée.

À quand remonte ce projet ?

Il y avait eu une première expérience, en fait, dans le cadre du festival Paris en toutes lettres, en 2010, où on avait demandé aux gens de raconter des histoires vraies. Ensuite, j’ai été en résidence d’écriture à Manosque puis à Marseille, et là j’ai continué à récolter des histoires vraies parce que ça me plaisait bien car c’était une manière de rencontrer des gens. Puis, j’ai découvert que Marseille était Capitale européenne de la culture en 2013 et qu’ils cherchaient des projets autour de la littérature, j’ai alors proposé ce projet littéraire. Enfin, il est considéré comme littéraire, mais tous les arts seront représentés.

Qu’allez-vous faire de toutes les histoires récoltées ?
La première chose essentielle c’est qu’on donne la possibilité aux gens d’éditer eux-mêmes leurs histoires, de s’autoéditer, et donc de garder une trace de l’histoire qui leur semble importante, qui leur est chère. Toutes les histoires seront publiées, toute l’année 2012 et jusqu’en avril 2013, sur le site internet (www.histoiresvraies.net). Ensuite, ces histoires pourront être utilisées et vont être utilisées par différents artistes tout autour de la Méditerranée. Il y aura évidemment des auteurs, des écrivains qui vont donner leurs versions des histoires vraies, mais il va y avoir aussi des réalisateurs, des metteurs en scène, des musiciens. L’autre jour, j’étais à l’école de musique d’Alger pour imaginer des chansons, des slam, des choses comme ça autour des différentes histoires vraies. L’idée c’est que les artistes puissent utiliser cette matière première comme matériau de base pour leurs créations personnelles. Il y a également beaucoup d’étudiants qui vont collecter des histoires dans des universités, des lycées de différents pays. Il y aura tout un travail pédagogique aussi autour des histoires vraies. Moi, je me suis engagé à écrire un livre qui sera mon point de vue subjectif sur les histoires qu’on aura pu collecter. Je ne sais pas du tout ce que va être le livre (une anthologie ou alors dans un cas extrême un roman), et je n’ai pas envie de savoir pour l’instant. Je vais me laisser complètement libre parce qu’il y a vraiment deux étapes, l’étape de la collecte et l’étape de la restitution qui sont bien marquées. J’ai envie, pour toute l’année, de me mettre au service des gens et à écouter.

Vous êtes à Alger depuis le début du mois, comment s’est fait la collecte et comptez-vous aller dans d’autres villes ?

Déjà Alger aurait pu suffire amplement parce qu’il y a énormément d’histoires d’Alger, car comme c’est une capitale, on rencontre beaucoup de gens. J’ai pu aller par exemple récolter une histoire dans les montagnes de Tazmalt, au sud du Djurdjura, d’un personnage qui s’appelle Arezki Arezki, et qui pourrait être dans un livre de Prospère Mérimée, comme Colomba. Il était patron d’une huilerie, dans les années 1920/30 avec son frère, et c’était un type toujours armé, une forte tête que les gens craignaient beaucoup et en même temps un homme d’honneur. Donc je suis allé voir son petit-fils qui m’a raconté l’histoire : j’ai pris des photos, j’ai enregistré des gens qui me racontaient des histoires sur Arezki Arezki. On m’a raconté aussi des histoires très émouvantes sur la Décennie noire, sur les inondations de Bab El-Oued, et demain (ndlr : aujourd’hui) je vais à Tizi Ouzou pour rencontrer les étudiants de l’université et voir aussi comment on va collecter, puisqu’on va collecter à la fois en français, en arabe mais aussi en berbère. Toutes les langues sont représentées, et donc à Tizi, en particulier, je vais insister pour que la collecte se fasse le plus possible dans la langue naturelle de la personne. Par rapport aux relais, l’Institut français qui a été un très bon relais, il y a d’ailleurs Kenza Mehadji qui va être le relais du projet au niveau du Maghreb. D’ailleurs, je vais essayer de trouver des  relais dans deux ou trois pays qui centralisent les histoires et se chargent de la bonne avancée du projet. Je vais également aller à Oran, vendredi, passer quelques jours. Il y a également le réseau des enseignants qui me semble important qui a été mis en place (des enseignantes de l’IAD, Alger II, Institut français, université de Tizi Ouzou) qui vont se charger de mettre en place une collecte par le biais des étudiants.


S. K.


François Beaune sera présent, demain à 14h, à la librairie du Tiers monde (Place Émir Abdelkader, Alger) pour présenter ses deux romans et expliquer le projet "Histoires vraies".
Pour plus d’informations sur le projet, consulter : http://www.mp2013.fr/histoiresvraies/blog/pourquoi-participer-au-projet-histoires-vraies/

Commentaires

Amathéa 23-02-2012 01:51

#3
Ce que vous faites remarquer est vraiment intéressant, cependant d' une part les peuples méditérranéens comment à la faire leur histoire et d' autre part un historien à des connaissances qu'ils n' ont pas sur leur passé et les processus historiques... Il n' a moins l'intention d' écrire des affabulations personnelles ou un éventuel ouvrage de référence pédagogique manquant qu' une oeuvre qui serait une anthologie : un recueil.
Répondre a Amathéa

Amathéa 23-02-2012 01:45

#2
Citation en provenance du commentaire précédent de mecipsa:
Méfiance de ces genres d'histoires, rien ne remplacera l'histoire vraie des pays avec un nettoyage des livres lus du superflue des écrivains suivant leur pays, il ne s'agit pas de critiquer les anciens historiens, mais essayer de déceler le vrai du faux, raconter l'histoire des peuples d'aujourd'hui notamment des pays nord africains on est sûr d'occulter la vraie histoire, ce Monsieur poursuit un but, sauf que les gens des pays nord africains n'ont jamais réellement étudier l'histoire de leur pays, donc ils sont dans la méconnaissance totale de leur propre histoire.

Ce que vous dites est vrai, cependant, ils commencent à la faire, leur Histoire ! Et un historien a des connaissances qu' ils n' ont pas pour relier ces histoires. Il envisage d' en faire une oeuvre, moins

d' affabulations ou de référence pédagogique, qu' anthologique.
Répondre a Amathéa

mecipsa 21-02-2012 14:30

#1
Méfiance de ces genres d'histoires, rien ne remplacera l'histoire vraie des pays avec un nettoyage des livres lus du superflue des écrivains suivant leur pays, il ne s'agit pas de critiquer les anciens historiens, mais essayer de déceler le vrai du faux, raconter l'histoire des peuples d'aujourd'hui notamment des pays nord africains on est sûr d'occulter la vraie histoire, ce Monsieur poursuit un but, sauf que les gens des pays nord africains n'ont jamais réellement étudier l'histoire de leur pays, donc ils sont dans la méconnaissance totale de leur propre histoire.
Répondre a mecipsa

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