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Autres / Des Gens et des Faits

Ma vie, mon destin

32e partie

Résumé : Alors que Wassila s’entretenait avec Lyes, Taos et Khadidja se dirigeaient tout droit chez une voyante. Taos regrettait d’avoir suivi les conseils de sa voisine… Elle avait déjà tenté des aventures chez des chouaffate, et jusqu’à ce jour aucune d’elles n’avait tenu ses promesses… Que va-t-elle donc récolter chez la prochaine ?

Taos reprend difficilement son souffle :
-Je ne sais pas si j’ai bien fait de te suivre Khadidja...
Ce quartier ne m’inspire pas confiance, et je regrette déjà de t’avoir écoutée.
-Tu as tort… El-Hadja Fatma est très pieuse et très douée… Tu verras que cela va marcher pour Wassila, et tu me remercieras bientôt… Taos repasse le mouchoir sur son visage et s’évente avant de répondre :
-Je n’en peux plus… Le taxieur avait dit qu’il ne pouvait aller plus loin… Il avait sûrement peur d’emprunter ces ruelles non sécurisées.
Khadidja hausse les épaules :
-J’aurais dû te prévenir que le quartier ne paye pas de mine, mais lorsqu’on veut réaliser ses vœux, il faut savoir marcher sur des épines… La victoire fait toujours oublier les peines…
Elles étaient arrivées devant une porte en bois, que Khadidja pousse du coude :
-C’est toujours ouvert chez El-Hadja… Tout le monde peut entrer sans frapper… C’est un signe de familiarité, tu ne trouves pas ?
Taos secoue la tête :
-Non. Moi je pense que c’est plutôt pour ne pas déranger… Cette voyante ne peut pas travailler et se lever pour ouvrir la porte à chaque instant…
-Elle aurait pu désigner une femme pour le faire…
-Oh ! ces femmes sont tellement perfides, qu’elles ne font confiance à personne… Rares sont celles qui consentent à prendre une “secrétaire” et encore pas n’importe laquelle.
Khadidja lui pince le bras :
-Chut... pas si fort, on pourrait t’entendre… Viens, allons nous installer dans la pièce des femmes… Regarde, il y en a au moins une dizaine qui sont déjà là.
-Alors je te propose de faire demi-tour tout de suite, sinon nous allons devoir passer toute la journée ici.
-Tu n’es pas sérieuse Taos… Nous avons fait tout ce chemin pour rentrer bredouilles ? Tu n’y penses pas…
-Si, si… j’y pense bien, je n’aimerais pas rentrer à la nuit tombée chez moi et fournir de fausses explications à Saïd sur mon retard.
 -Tu ne rentreras pas en retard, je te promets… Assieds-toi là, je reviens dans un instant.
Taos se laisse tomber sur un tapis en paille sur lequel s’étaient déjà installées les autres femmes.
Comme de coutume lors de ces “rencontres”, ces dernières avaient entamé des conversations, et chacune d’entre elles racontait les raisons qui l’avaient amenée à consulter El-Hadja Fatma…
-Meslmine mektfine… Meslmine mektfine…, ne cessait de répéter une femme d’âge moyen…
-C’est la sixième fois que je lui rends visite. Je l’ai déjà mise à l’épreuve pour le bac de ma fille, puis pour le divorce de mon fils…
Elle m’a aidée à me débarrasser d’une bru indésirable, puis m’a ensuite orientée vers une fille de bonne famille… Heu… Mes ennuis ne sont pas terminés pour autant… Cette fille est stérile…
Mon fils commence à la renier, et veut renouer avec la première… Il m’accuse de tous les maux, et ne cesse de me répéter que je suis la cause de ses malheurs…
Vous vous rendez compte, moi sa propre mère qui ne cherche que son bonheur… Je crois qu’on m’a jeté un mauvais sort…
Seul El-Hadja saura me tirer de ce pétrin… Elle se croise et se décroise les bras encore :
-Meslmine, mektfine… Répétez toutes avec moi : meslmine mektfine…
Les femmes s’exécutèrent et reprirent leurs palabres. Il faut du cran et beaucoup de patience pour écouter chacune d’elles…
Quel était donc le secret des voyantes dans ce rôle, se demande Taos…
Elle secoue la tête : bien sûr, il faut le comprendre aussi : l’appât du gain facile y était pour beaucoup.
Un sujet accroche soudain son intérêt. Une femme parlait de sa fille qui n’avait trouvé preneur qu’à un âge avancé.
Elle tend l’oreille et tente de saisir quelques bribes de la conversation :
-Hayet, ma pauvre fille, était arrivée à l’âge fatidique de 45 ans sans qu’aucun prétendant s’intéresse à elle…
Jamais, au grand jamais, on ne vint frapper à ma porte pour demander sa main…
Par contre, ce n’était pas le cas pour ma voisine de palier qui avait six filles. Aucune d’entre elles n’avait dépassé le cap des 22 ans pour se caser… Vous vous rendez compte…
Six filles laides et ignorantes, qui ne savaient même pas étendre un linge et qui s’étaient déniché un prétendant à l’âge où on était encore de jeunes premières, et puis je ne vous le fais pas dire… Les maris étaient tout ce qu’il y avait de sérieux et de formidable… Tous des garçons issus de familles nobles, riches et puissantes…
À voir les véhicules qu’ils conduisent et les bijoux qu’ils offrent à leurs femmes, on se demandent si réellement la chance existe pour tout le monde.


(À suivre)
Y. H.


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