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Économie / Dossier economique

Younès Grar, expert-consultant en TIC à “Liberté”

“Ce texte est bien, mais à condition qu’il soit appliqué”

©D. R.

Le consultant dans les TIC, Younès Grar, revient dans cet entretien sur l'avant-projet de loi relatif aux technologies de l'information et de la communication qui, selon lui, contient des nouveautés intéressantes.  

Liberté : Comment voyez-vous l’avant-projet de loi relatif aux technologies de l'information et de la communication, d’autant plus qu’il consacre la fin du monopole d’Algérie Télécom sur l’internet fixe ?
Younès Grar :
La fin du monopole d’Algérie Télécom a été consacrée en 2000, mais la mise en œuvre a fait défaut. La culture du monopole d’Algérie Télécom a fait que la loi n’a pas été appliquée. Donc elle a mis dehors soit les opérateurs fixes comme Lacom qui a fait une expérience mais n’a pas réussi, et aussi une centaine de providers internet et fournisseurs de service internet qui ont été poussés à la faillite. Sauf que dans cette loi il y a du nouveau concernant le fait qu’Algérie Télécom ouvre sa boucle locale, ce qu’on appelle le dernier kilomètre ou bien le dégroupage, pour les opérateurs privés donc cela va donner un plus. Un peu plus de marge de manœuvre pour les opérateurs privés en espérant, bien sûr, que cela va se concrétiser. Le dégroupage est une opération qui a été testée et pratiquée dans beaucoup de pays et qui a donné de bon résultats que ce soit pour l’opérateur historique, les opérateurs privés et surtout pour les consommateurs qui ont remarqué une meilleure qualité de service. Ce qui a changé donc dans cette loi c’est le fait de consacrer le dégroupage qui oblige théoriquement Algérie Télécom à collaborer avec les opérateurs privés dans le cadre d’une relation gagnant/gagnant/gagnant (l’opérateur historique, l’opérateur privé et le client).

Avec ce nouveau changement peut-on espérer l’arrivée sur le marché de nouveaux fournisseurs ?
Oui, il y aura de nouveaux fournisseurs mais à condition qu’ils soient sûrs qu’il y a de bonnes intentions de la part d’Algérie Télécom de mettre en œuvre cette loi et ses dispositions. Sinon, s’ils constatent un ralentissement ou une marche arrière, ils vont se dire que c’est la même expérience qu’ils ont eue en 2000 avec la loi 2000/03 qui a ouvert le secteur.
Malheureusement l’opérateur fixe (Lacom) a été poussé à la faillite et les opérateurs internet ont aussi été poussés à la faillite par la culture du monopole d’Algérie Télécom. Je pense que les rédacteurs de la loi se sont rendu compte qu’Algérie Télécom à elle seule ne peut pas réaliser les objectifs du gouvernement concernant la disponibilité de l’internet haut débit à toutes les entreprises et tous les domiciles.
Cela fait presque quinze années qu’Algérie Télécom existe et les clients continuent de souffrir de la mauvaise qualité de service. Aujourd’hui, Algérie Télécom est obligée de travailler avec des partenaires et aller vers la transparence. On saura exactement combien coûte le Mégabit par seconde sur le transit international, combien il coûte sur le national, combien coûte le raccordement d’un abonné, c’est le privé qui va le faire. Et là, on va se retrouver, je l’espère, avec des prix proches de ce qui se pratique dans le monde. Je pense que cette ouverture va aider Algérie Télécom à avoir une vision beaucoup plus claire et avoir des services et offres de service plus proches de la réalité des prix qui se pratique dans le monde au lieu de rester avec des prix décidés d’une manière presque administrative.   

Quel sera l’apport du partage des infrastructures entre opérateurs dans la portabilité du numéro ?
Il est inconcevable dans un pays aussi vaste que l’Algérie que les trois opérateurs aillent installer les mêmes antennes et infrastructures sur un rayon de 5 km. Il vaut mieux se partager le territoire. On fait bien le roaming international, pourquoi pas le roaming national ? Et cette loi va obliger les opérateurs à aller dans ce sens. Les opérateurs auront moins de dépenses et de charges.
Ils ne seront pas obligés de s’installer partout. Ils peuvent profiter dans le cadre de partenaria  des infrastructures des autres opérateurs. Le client pour sa part aura une meilleure qualité de service avec moins de déconnection, moins de rupture de service.
Ça sera dans l’intérêt de tout le monde. On était avec les antennes GSM, on est passé aux antennes 3G, maintenant on va aller sur la 4G puisqu’ils sont obligés d’assurer la couverture réseau, donc ça serait très intéressant que ces opérateurs se mettent autour d’une table et se partagent le territoire de façon que le client final ait une couverture proche de 100%. L’autre élément intéressant, c’est la portabilité du numéro. La portabilité du numéro donne beaucoup plus d’indépendance au client par rapport à son opérateur.
Cela va pousser les opérateurs vers une concurrence réelle. La portabilité et le roaming vont donner une dynamique au secteur du mobile avec une meilleure concurrence et une meilleure qualité de service et j’espère de meilleurs prix.   

Qu’en est-il de la confirmation de la souveraineté de l’État sur les infrastructures stratégiques ?
C’est normal. L’État a droit de regard sur tout ce qui est communication téléphonique et internet. C’est tout à fait logique. Ce qui se pratique depuis des années c’est que l’État a laissé le terrain libre aux opérateurs. Il leur fait confiance presque à 100% en matière de nombres d’abonnés, de qualité de service, d’offres de service.
Les opérateurs font ce qu’ils veulent. L’État, à travers ses ramifications, n’est, presque, qu’informé seulement. Ce qui doit se faire c’est que l’État doit se positionner en tant que vrai régulateur. Le fait que l’État ait droit de regard sur les plateformes, les infrastructures, sur tout ce que fait l’opérateur pour éviter que ce dernier ne sorte de ce qui est établi dans le cahier des charges, est une bonne chose. Maintenant, il faut signaler que ce texte est bien, mais à condition qu’il soit appliqué. On élabore des lois, on les adopte, on les publie au Journal officiel et ensuite on constate que les opérateurs ne se soumettent pas à cette loi. Il faut qu’il y ait des textes, des décrets exécutifs, des organes de suivi et de contrôle pour s’assurer que tout ce qui a été décidé est mis en œuvre dans des délais clairs.

S. S.


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