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Économie / Dossier economique

Mohamed Kessel, Expert financier

“Développer des ressources financières alternatives”

Dans cet entretien, le spécialiste financier présente les mesures qui permettent de renflouer les caisses de l’État et financer la croissance, en contexte de crise financière aiguë.

Liberté : Comment analysez-vous la situation financière du pays ?
Mohamed Kessel : La situation présente au double plan budgétaire et externe appelle à des ajustements urgents si on veut éviter un naufrage. Depuis 2014, la situation ne cesse de se dégrader sans qu’on ait pris des mesures sérieuses pour inverser la situation. Je rappelle que le déficit budgétaire est passé de 8% en 2014 à 16% en 2015.  Il sera probablement de l’ordre de 20/21% pour 2016. D’après les données du ministère des Finances, le déficit au 1er semestre est de 1768 000 mds, et si on annualise le trend, ça fait 3500 000 mds de dinars, soit 20,5% !  C’est tout juste non soutenable même à court terme. Sur le plan externe, le déficit de la balance des paiements ponctionne près de 30 mds $/ an. Au déficit de la balance commerciale de 18 Mds $, il faut rajouter la balance des services -7.5 mds $ et les transferts de dividendes (dont les parts des associés de Sonatrach) nous ont coûtés 4,4 mds ….
A ce rythme, nous en avons pour 4 ans maximum pour dépenser le dernier dollar dans les caisses. Le temps presse et le temps n’est plus aux péroraisons et aux tergiversations.

Pensez-vous que l’Algérie s’achemine vers l’extinction du Fonds de régulation le premier trimestre 2017 et une forte réduction de ses réserves de change : 60 mds $ en 2019 ?
Sur le premier volet de la question, je pense qu’il y a lieu de rappeler quelques chiffres qui nous permettent d’extrapoler par la suite : au 1er semestre, le fonds à contribué à hauteur de 1333 mds de dinars au financement du déficit budgétaire. Sachant que déjà à fin mars, il ne restait que 1046 mds, donc théoriquement, ce fonds sera épuisé fin 2016, au plus tard début 2017.
Concernant le second volet relatif aux réserves de change, je pense que ça dépendra des mesures qui seront prises d’ici là pour stopper cette hémorragie. Au rythme actuel, à fin 2019, nous serons à peine à 30 mds !

Les mesures contenues dans le nouveau modèle économique constituent-ils les remèdes adéquats à la crise financière que vit le pays ?
Pour être franc avec vous, je n’ai pas trop de lisibilité de ce qu’est “le nouveau modèle économique”. Ce “modèle” si tant il en est un, pèche par son excès de généralités et de bonnes intentions. C’est tout ! Nous sommes encore mentalement dans le système d’un État à tout faire. L’entreprise n’est présente que de façon marginale et accessoire dans ce modèle malgré les déclarations d’intention bienveillantes à son égard. Et c’est justement le grand ratage des politiques économiques de ces 15 dernières années. Pour réussir un décollage économique, il faut un changement de paradigme ; c’est désormais l’entreprise, quel que soit le secteur : production, services, finances, agriculture,… qui doit être placée au cœur des problématiques économiques.
 
Que préconisez-vous pour renflouer les caisses de l’État et éviter l’impasse  ?
Au-delà de la nécessité de revoir le système de subventions et des transferts sociaux pour une action mieux ciblée,  je pense que nous pourrions et devrions appliquer des remèdes aquéquats à la crise que nous traversons.
La base de tout, c’est la ressource financière, nous entendons ici et là que l’Algérie  va investir 90 Mds de USD dans le secteur pétrolier etc. mais personne ne nous dit où trouver la  ressource financière pour accompagner le développement de ces investissements.
Il faut impérativement :
-Développer un modèle de ressources financière qui ne dépende pas uniquement de la ressources pétrolière (c’est-à-dire fiscalité pétrolière) mais développer des ressources alternatives en devises en libéralisant les taux de placement en devises qui pourront être remployés au service de l’économie en  mobilisant  l’épargne en devises des non-résidents au sens large. Il faut rappeler qu’il y a lieu de profiter de cette aubaine avec des taux d’intérêt négatifs en Europe!
Au-delà des problématiques de rating (notation) du pays et des banques, car je trouve anormal que l’Algérie ne soit pas dotée d’un rating en 2016 mais je pense que l’Algérie si elle se remet sérieusement sur le chemin de la croissance a encore de la marge pour lever de la ressource en devises à des conditions très favorables sans l’endettement extérieur. Ces ressources en devises doivent être canalisées vers des projets industriels dont la finalité et l’exportation et la substitution à l’importation qui sera une autre ressource hors hydrocarbures
-  Redéfinir la notion de souveraineté nationale dans le paysage économique, sortir du dogme de l’actionnariat algérien majoritaire et le remplacer par la souveraineté fiscale et du taux d’intégration locale.
Par exemple, il convient de privilégier une société de production de biens a capitaux 100% étrangers avec un taux d’intégration de plus de 50% au lieu d’une société 49/51 avec 0 taux d’intégration. Dites-moi franchement ce qui est profitable pour la souveraineté  et l’économie nationale.
- Permettre à un actionnaire non résident d’une société créée dans le cadre du 49/51 de devenir majoritaire si le taux d’intégration dépasse les 50% , cela aura pour effet d’encourager le transfert de  savoir-faire… et c’est la vraie souveraineté ....
- Aussi toujours dans la ressource alternative,il faut accepter de réouvrir le débat sur la loi Khelil première version car elle contient l’article 55 qui oblige l’investisseur à importer les fonds nécessaire à son investissement en Algérie et donc c’est du cash qui peut  être mis au service de l’économie mais le 49/51  n’a pas drainé  grand monde car les ROE ( taux de rentabilité) ne sont pas favorable aux majors du pétrole    sachant que la fiscalité pétrolière est de 74% donc la souveraineté fiscale y est en plus de la souveraineté du sous-sol qui reste algérienne.
 - Relancer le processus de privatisation qui permettrait à l’État de renflouer les caisses en plus des bienfaits en termes de management et de la pérennisation de l’outil de production.
- Sur les marchés de capitaux internationaux, je pense qu’il faudrait envisager une option même à titre de test. Il faudrait commencer à sonder les banques internationales présentes en Algérie pour un relais auprès de leurs maison-mères. Leurs divisions Investment Banking s’occuperont du reste (rating, road shows, placement, pricing, …).
 Il est tout à fait possible de combiner cela avec une solution d’endettement en dinars en élargissant le marché des capitaux algériens aux investisseurs internationaux, notamment le marché des valeurs du Trésor ; l’intérêt ici est multiple puisqu’il permettra d’augmenter la taille du marché au moment où ce dernier montre quelques signes d’essoufflement à cause de la baisse de la liquidité, permettra à l’État de minimiser son coût d’endettement tout en “dinarisant” sa dette.
C'est-à-dire que le risque de change est supporté par l’investisseur étranger.  Aujourd’hui, il y a deux banques internationales installées en Algérie qui opèrent sur ce marché, elles ont des capacités de distribution à l’international. Il faudrait y penser sérieusement. Cette expérience, s’il est menée, pourrait être élargie à la Bourse d’Alger. Enfin, il faut absolument éviter la planche à billets qui sera un choix de facilité à court terme et suicidaire pour le pays à moyen terme.

Entretien réalisé par : K. Remouche


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