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Économie / Dossier economique

Mohamed Kessel, spécialiste financier

“Émettre une nouvelle monnaie”

©D. R.

La rareté de la monnaie divisionnaire est le symptôme d’une prolongation d’un cycle de hausse des prix très importante en Algérie.

Contacté par Liberté, Mohamed Kessel, spécialiste des questions financières, a souligné que l’absence de la petite monnaie dans nos marchés a des effets pervers. Devant l’absence de la petite monnaie d’1 DA et de 2 DA, les commerçants arrondissent à 5 DA. La rareté de la petite monnaie est le symptôme d’une inflation rampante, analyse l’expert. L’effet de l’absence de la petite monnaie conjugué à l’augmentation de TVA va surtout fragiliser le secteur formel. Si on prend le cas des produits blancs (cuisinières, machines à laver, réfrigérateurs…) vendus à Carrefour de Mohammadia (Alger) et ceux cédés à El-Hamiz, l’augmentation de la TVA rend les produits échangés dans les marchés informels moins chers et donc plus attractifs. En voulant augmenter les ressources financières de l’État à travers la hausse de la TVA, le gouvernement va avoir l’effet inverse. Si la crise financière se poursuit, tu vas avoir des marchés en franchise fiscale en plein essor, au détriment des marchés où prédominent la facture et le paiement des impôts. Tout cela renvoie, soutient le spécialiste, à un dilemme dans la réforme fiscale. Il y a une pression fiscale. Elle est le résultat d’une insuffisante appréhension de l’assiette fiscale. En d’autres termes, des pans de l’économie ou des secteurs ne sont pas fiscalisés. Ils ne paient pas d’impôts, du moins pas suffisamment. Le dilemme, c’est comment augmenter l’assiette fiscale pour diminuer la pression fiscale sur les contribuables, notamment les entreprises et les ménages. Le gouvernement n’arrive pas à résoudre ce dilemme.
Devant l’absence de la petite monnaie, faut-il réévaluer le dinar ? C'est-à-dire augmenter sa valeur. Le dinar vaudrait l’équivalent de 100 DA actuel. Absolument pas, répond le spécialiste. La réévaluation du dinar fonctionne comme un appel d’air vers l’augmentation des importations. L’enjeu, ce n’est pas la réévaluation du dinar, c’est la stabilisation de la valeur du dinar. On a besoin de stabiliser le dinar aussi bien pour les ménages que pour les entreprises. En un mot, il convient de ne pas dévaluer le dinar ni de le réévaluer.
Car la dévaluation du dinar a pour conséquence une augmentation de l’inflation, en un mot la hausse des prix. Ce phénomène d’inflation décourage l’épargne. Il encourage les épargnants à “shifter” des actifs monétaires (devises) en période difficile. En clair, les particuliers ont tendance en période de crise financière à échanger leur épargne (argent en dinars dans les banques ou à la poste) en une épargne non monétaire (en dinars) : or, devises, achats d’immobilier.  C’est préjudiciable à l’économie nationale. Quand il y a une inflation importante, quand le dinar n’est pas stable, ça déstabilise les entreprises. Elles évoluent dans un environnement où aucune planification ne peut opérer. L’inflation ou la dévaluation du dinar sont des éléments de désordre.
Il faut noter que depuis l’arrivée du nouveau gouverneur de la Banque d’Algérie, M. Loukal, on assiste à une stabilisation du dinar depuis août 2016. Cette stabilisation a cependant un inconvénient : elle ne reflète pas le coût réel du dinar selon une vision monétaire. Le dinar a besoin d’être dévalué pour décourager les importations superficielles. Elle permet aux entreprises qui ont un potentiel à l’exportation d’aller vers l’exportation. La dévaluation du dinar est un bonus pour l’exportateur et un malus pour l’importateur. Lorsqu’on dévalue le dinar, on encourage l’exportation.  Face à ces paradoxes, la solidité du dinar, la résistance à la crise financière actuelle renvoient à des mesures en faveur d’une augmentation des ressources financières du pays : des incitatifs à l’investissement étranger en Algérie, des Algériens résidant à l’étranger et un toilettage de la législation des changes afin d’encourager les entreprises nationales à exporter et à investir à l’étranger. En attendant, face à cette rareté de la petite monnaie, il faut créer un nouveau dinar, suggère le spécialiste. Ce dinar pourrait avoir le pouvoir d’achat d’un billet ou d’une pièce de 100 DA. On aurait une monnaie divisionnaire de 50 centimes, de 20 de 10 centimes, de 5 centimes équivalant aujourd’hui aux pièces de 50 DA, de 20 DA, de 10 DA et de 5 DA en termes de pouvoir d’achat. Cette nouvelle monnaie donnerait de l’importance au dinar. Mais contrairement à la réévaluation du dinar où les salaires sont augmentés de 100, dans cette nouvelle monnaie, les salaires sont divisés par 100 mais représentent le même pouvoir d’achat que les salaires d’aujourd’hui. Cette solution offre l’opportunité de drainer l’énorme masse d’argent de l’informel, de la fiscaliser et de l’employer pour les besoins de l’économie. Quant à la solidité du dinar, le spécialiste préconise également une politique macroéconomique prudente, l’application de principes d’orthodoxie financière, une création monétaire contrôlée qui ne soit pas inflationniste.

K. R.


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