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Économie / Dossier economique

Idriss Yalaoui , vice président de l’anexal à Liberté

“Il y a une absence de stratégie ”

Des efforts restent à fournir pour lever les obstacles entravant l’acte d’exporter © D. R.

Consultant, expert en management, membre du bureau exécutif du CNC/PME et vice-président de l’Anexal, Idriss Yalaoui explique, dans l’entretien qui suit, que le pays a besoin d’une “nouvelle approche” en matière d’exportation.

Liberté : Aujourd’hui, le gouvernement parle de nouvelle vision en matière d’exportation hors hydrocarbures. Quelle analyse en faites-vous ?
Idriss Yalaoui : Tout d’abord, il faut rappeler autant de fois qu’il le faut que les exportations permettent de stimuler une économie en valorisant le travail d’un pays auprès des autres et en assurant la pérennité de ses entreprises qui, dans le cadre de la mondialisation, est fortement liée à leurs positions sur le marché mondial. Notre pays l’avait bien compris. Il a installé des institutions d’appui au service de l’exportation algérienne hors hydrocarbures à travers une série de facilitations et d’aides (FSPE, régime fiscal, etc.). Ces institutions ont bien fonctionné jusqu’à atteindre une limite d’incapacité par rapport à des aléas qui n’ont pas été suffisamment appréhendés. L’exportation algérienne a vigoureusement besoin d’approches nouvelles qui prennent mieux en compte la réorganisation des marchés au niveau mondial, les avantages comparatifs de l’Algérie, la diversité importante des capacités de production de nos PME ainsi que leur potentiel à l’export. Il faut reconnaître que le ministère du Commerce fait beaucoup d’efforts à l’endroit des exportateurs pour lever les obstacles entravant l’acte d’exporter. Quelques rencontres ont été organisées dans le cadre d’un comité d’écoute (ministre, Anexal et PME exportatrices).
Et la liste des problèmes semble épuisée. En fait, le gros problème est à l’intérieur de nos PME. Il fallait recenser les produits fabriqués et ceux exportables. Et il semble que nous n’ayons pas de gros produits compétitifs à l’export. C’est pour cela que le sous-comité d’écoute installé au ministère de l’Industrie a pris le problème par le bon bout, en allant à la rencontre de PME fabricant des produits phares pour essayer de les cibler et de leur apporter aide. À titre illustratif, en 2015, l’Algérie a dégagé environ 2 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures, dont 1,7 milliard de dollars réalisé sur les dérivés d’hydrocarbures de manière directe ou indirecte. Les 300 millions de dollars restants représentent des produits issus de PME. Cela ne reflète pas les potentialités de l’Algérie ! Derrière ce chiffre se cache une réalité, celle de l’absence de stratégie nationale en matière d’exportation. Les difficultés rencontrées et le manque de persévérance des partisans de l’export ont fait perdre à la corporation beaucoup d’exportateurs en 2015. Il en reste environ 50 qui réalisent 97% des exportations. S’il est vrai que les exportations hors hydrocarbures n’ont jamais été notre priorité, il n’en est pas moins vrai que l’absence de flexibilité industrielle y est pour beaucoup.

Pouvez-vous nous expliquer en termes simples les principales contraintes qui font obstacle à l’exportation aujourd’hui ?
En termes très simples, les obstacles physiques ont été levés. Seulement, la plus grande contrainte reste la mise en place d’une stratégie qui permette de mettre à niveau les PME, de cibler les potentiels champions, d’identifier les produits compétitifs et de mettre en branle un plan Marshall. Ce plan consistera à suivre, à appuyer et à assister les PME “champion”, aussi bien en interne qu’au plan international par “une structure commando” dédiée à cette mission avec un objectif de pénétration de marchés extérieurs, car les institutions existantes ont montré leurs limites.
Ce “comité d’attaque” doit proposer des recommandations qui s’appuient sur des études scientifiques, sur des études réalisées dans le monde académique et sur l’expérience des professionnels et des praticiens qui composent les PME.
Il doit réunir également des professionnels du commerce international dans la recherche d’idées nouvelles pour aider les entreprises exportatrices ainsi que des chercheurs et enseignants, des représentants d’organismes publics ou privés de soutien aux exportateurs, de fédérations, etc. Cette partie de l’intelligence manque à l’appel, elle n’est pas sollicitée, et toutes ces idées doivent être destinées aux entreprises exportatrices et des organisations de support.

Pourquoi, selon vous, l’État ne joue-t-il pas le rôle central qui lui échoit dans le domaine de l’exportation ?
L’État a joué son rôle à chaque fois que les opérateurs l’ont sollicité, mais cela ne suffit pas. Il ne faut pas se contenter de faire jouer le rôle de pompier à l’État.
L’État met en place des mécanismes et doit veiller plutôt à l’amélioration du climat des affaires qui reste parmi le plus mauvais au monde.
 
Nos entreprises n’ont pas réussi, pour l’instant, à tirer profit de l’accord d’association qui lie l’Algérie à l’UE, et à placer leurs produits sur les marchés européens. Elles se tournent aujourd’hui vers l’Afrique. Le continent noir, c’est aussi un marché pleinement concurrentiel…
Lorsque vous songez à vendre à des clients internationaux, comme dans toute activité commerciale, la clé du succès réside dans la connaissance de votre marché, et lorsque vous vous préparez à exporter, vous devez tenir compte de plusieurs facteurs : la qualification de la main-d’œuvre nécessaire à la production de qualité ; la capacité de production suffisante de votre entreprise ; le système monétaire du pays pour faciliter les flux monétaire nécessaire ; la compétitivité de produits ou services que vous proposez à un prix concurrentiel ; des compétences linguistiques et culturelles nécessaires de votre personnel ; la densité de votre réseau de distribution fiable. Toutes les formules sont valables pour peu qu’elles apportent des résultats. À l’évidence, se frotter à des marchés difficiles est une expérience payante lorsqu’on est persévérant.
Profiter du marché africain qui reste encore accessible devrait servir à acquérir une expérience ; par contre l’objectif cible, c’est les marchés développés et émergents.


Y. S.

 


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