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Économie / Dossier economique

Souhil Meddah, expert financier, “à Liberté”

“Il y a urgence de basculer vers un nouveau modèle économique”

©D. R.

Le spécialiste explique que l’emprunt national constitue une alternative “utile” et “positive” mais “limitée”,  car tirant sa valeur de l’épargne disponible.

Liberté : La situation financière du pays est mauvaise, aujourd’hui. Et, il y a risque qu’elle empire. Comment l’analysez-vous ?
Souhil Meddah :
Plusieurs événements successifs en sont à l’origine, avec un dénominateur commun connu qui est le prix du baril de pétrole. La chute pétrolière a commencé à partir de mi-juin 2014. Elle a eu pour conséquence une diminution des recettes en devise étrangère et de la fiscalité pétrolière en dinar et une pression importante sur le Fonds de régulation des recettes (FRR). L’État y a tellement puisé que l’écart, entre les recettes et les compensations du déficit budgétaire, s’est fortement creusé. Les cours du brut ont touché le fond, tombés à environ 28 dollars à la fin de 2015.  Le pays a engrangé de maigres recettes durant cette période. Du coup, elle a entamé l’année 2016 avec des indications moins bonnes que celles enregistrés à la fin de 2014 et sur une partie de 2015.
Par ailleurs, et dans le cadre de la loi de finances 2016,  le prix moyen prévisionnel (prévision de recettes et de dépenses)  a été arrêté à 45 dollars le baril, le tarif de référence à 37 dollars, avec quelque huit dollars de différentiel destinés au FRR via un mécanisme d’affectation sur la base d’une fiscalité pétrolière en baisse, bien entendu, alors qu’en réalité, les prix réels étaient totalement en dessous de ce niveau-là durant toute la période allant de décembre 2014 (36 dollars le baril)  jusqu’au 7 mars 2016 où le niveau avait enfin atteint les 37 dollars (niveau du tarif de référence). Le 26 avril 2016, le prix avait dépassé le 45 dollars (prix moyen pour LF 2016 ), avant de repartir en légère hausse suivie d’une légère baisse (44,26 dollars à ce jour), avec des dépenses publiques maintenues constamment en hausse (équipement et fonctionnement ) durant toute cette période. Un autre facteur entre en jeu : une partie de la fiscalité ordinaire qui est liée directement ou indirectement à la fiscalité pétrolière, comme c’est le cas des taxations captées à partir de la dépense publique en pâtit également.
Le pays n’arrive pas à se défaire de la dépendance pétrolière. Cela met aujourd’hui les comptes de l’État sous pression. Le modèle économique rentier est  à bout de souffle…
Le modèle économique n’a pas réellement changé,  c’est toujours l’État qui en est l’acteur principal, qu’il s’agisse de la politique industrielle (l’industrie industrialisante) adoptée au début des années 1960, de l’économie dite équilibrée ayant cours dans les années 1980 et qui avait fait de l’autonomie des entreprises une priorité ou du modèle actuel basé toujours sur la rente pétrolière, et mobilisateur de la dépense publique. C’est un choix. On est en fait dans le syndrome hollandais où les économies abondamment dotées en ressources naturelles tendent à connaître une croissance relativement plus faible par rapport aux économies qui en sont dépourvues. Cela doit changer, à mon sens ; il faut aller vers une diversification économique qui mette le pays à l’abri des turbulences des marchés pétroliers.    

Le gouvernement continue de ponctionner les ressources du Fonds de régulation des recettes (FRR). Et, il y a risque que le FFR s’épuise avant la fin de l’année.  Quelle alternative existe-il, selon vous, au Fonds de régulation des recettes ?
Je crois que le gouvernement actuel se replace dans l’après-Fonds de régulation des recettes. La valeur du fonds se réduit, au fil des mois,  il  fallait aller chercher de l’argent, de l’épargne. D’où, le lancement de l’emprunt obligataire. Est-ce une opération qui va réussir ? Je ne peux pas me prononcer là-dessus, car, le processus n’en est qu’à ses débuts. Ce qu’il y a lieu de relever, c’est qu’il y a des investissements à financer et que l’argent de l’emprunt doit servir à cela et pas à autre chose. L’emprunt national reste une alternative utile et positive mais limitée par le fait qu’il tire sa valeur de l’épargne disponible, produit du différentiel entre revenus et dépenses des tiers et non pas de revenus constants. Aussi, y a-t-il nécessité d’opérer des augmentations liées à la fiscalité ordinaire pour garantir des ressources supplémentaires et maintenir la dépense publique, seul moteur, pour l’instant, de la croissance en Algérie et seul moyen d’investir pour basculer vers un autre modèle de croissance. L’emprunt obligataire, une opération classique, a été en fait proposé par des experts indépendants, bien avant le début de la récession pétrolière.

Y. S.


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