Scroll To Top
FLASH
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

Économie / Dossier economique

Ali Benouari, ex-ministre délégué au Trésor, à “Liberté”

“La fuite des capitaux n'est pas une fatalité”

© Yahia/Liberte

Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Ali Benouari tente de cerner les grandes lignes de la problématique de la fuite des capitaux qu’il estime traduire le manque de confiance des Algériens envers les institutions.

Liberté : Estimez-vous que la fuite des capitaux a atteint des proportions alarmantes ?
Ali Benouari : Difficile de le confirmer par des chiffres. Cependant, on peut le supposer au vu du climat des affaires actuel, qui est caractérisé par le flou et l'incertitude. Ce climat, qui n'était déjà pas bon (comme l'illustre l'indice Doing Business de la Banque mondiale), est encore alourdi par trois facteurs nouveaux : la contestation politique du pouvoir, les tensions sociales grandissantes et l'effondrement de nos recettes pétrolières qui a mis à nu, exactement comme en 1986-87, les tares structurelles de notre économie, et qui tend à exercer, comme à l'époque, une pression sur la valeur du dinar.
La chute de notre monnaie est appelée, pour cette raison, à s'accélérer dans les mois et les années à venir. Tous ces facteurs concourent à accélérer la fuite des capitaux.

Quelles sont les conséquences du phénomène sur l’économie nationale ?
À moyen terme, la fuite des capitaux a pour effet de priver le pays de ressources en devises précieuses pour son développement et accélérera, si le modèle de gouvernance actuel persiste, sa faillite économique et financière avec son cortège de malheurs : inflation, chômage, aggravation de l'insécurité, etc. À court terme, elle aggravera le climat de défiance à l'égard de l'économie nationale, mesurable, entre autres, à travers la baisse du dinar sur le marché parallèle. À noter que si le dollar n'était pas monté aussi haut contre l'euro (de près de 30% en six mois), le cours de l'euro dépasserait les 200 dinars sur ce marché. Cette situation ne sera pas sans effets sur les investissements du secteur privé informel, qui investira moins en Algérie (notamment dans la pierre, un de ses créneaux privilégiés) et davantage à l'étranger. Cette évasion des capitaux est de nature à aggraver le chômage et à faire baisser les prix de l'immobilier. Phénomène qu'on commence à observer. L'érosion de la valeur du dinar, que nous observons depuis une année, entraîne aussi une augmentation des prix des biens importés par le secteur informel, qui pèse près de 50% du PIB, selon de nombreux experts, ce qui vient accentuer les effets de la dévaluation officielle. Celle-ci est bien réelle, même si elle n'est pas publiquement assumée. L'écart entre les taux parallèle et officiel (près de 50%) est l'un des plus élevés au monde. Il ne fait que traduire la défiance vis-à-vis des institutions du pays. Les deux taux sont les deux faces d'une même médaille, résumant une grande vérité, à savoir que toute entrave à la liberté des citoyens se traduit inévitablement par des entraves à la liberté des changes et réciproquement.

Que préconisez-vous pour lutter contre cette fuite des capitaux ?
La fuite des capitaux n'est pas une fatalité. Elle traduit le manque de confiance des Algériens envers les institutions. Pour l'enrayer, il suffit de rétablir cette confiance par des réformes politiques et économiques audacieuses. Les réformes politiques sont la clé de voûte de toutes les réformes. C'est l'instauration d'une démocratie authentique qui rétablira la confiance des citoyens et leur redonnera l'envie d'investir chez eux. Les réformes économiques ne réussiront qu'à ce prix, et elles devraient commencer, à mon sens, par une grande réforme monétaire et fiscale, qui est à l'économie ce que le cœur et le poumon sont au corps humain. Son sens général est d'irriguer l'économie en monnaie saine et d'encourager ainsi le travail honnête et productif.
Par comparaison et pour garder la même image, on peut dire que les réformes politiques sont la colonne vertébrale de tout l'édifice. La fuite des capitaux est une question éminemment politique. Elle traduit avant tout la fuite devant l'impôt, c'est-à-dire devant la manifestation du premier devoir du citoyen. Tous les autres fléaux, tels que la corruption généralisée ne sont que les avatars d'un système qui est à revoir totalement.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER