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Économie / Dossier economique

Mohamed Kessel, spécialiste financier, à Liberté

“La réforme bancaire, l’Arlésienne qu’on ne voit jamais”

© D.R.

Dans cet entretien, l’expert présente les limites du système bancaire algérien et préconise des solutions pour améliorer ses performances.

Liberté : Faut-il privatiser les banques ?
Mohamed Kessel  : À vrai dire, cette question doit se traiter exclusivement sous l’angle de l’amélioration de l’efficacité managériale, de la gouvernance et de la valeur ajoutée que ces banques peuvent apporter à l’économie. Bien évidemment, une privatisation avec des partenaires choisis peut apporter des améliorations notables sur ces trois aspects.  
 
Quelles sont les limites du système bancaire algérien ?
Le système bancaire actuel est caractérisé par la coexistence des banques à capitaux étrangers dont certaines figurant parmi les “majors” internationales avec des banques publiques largement dominantes, détenant environ 85% de part marché.
Ce système dual est peu compétitif vu la structure quasi oligopolistique de l’offre bancaire. Ajoutez à cela, une réglementation bancaire (de change notamment) “poussiéreuse” et des marchés financiers peu développés. Tout ceci tire vers le bas le secteur. La preuve, nous parlons aujourd’hui encore de réforme bancaire comme de l’Arlésienne que l’on ne voit jamais.
 
Quelles sont les limites des banques publiques ?
Les banques publiques ont un retard immense à rattraper. On peut résumer ces retards brièvement en quelques points :
- Absence de “Business Model” : Les choix en termes de politique commerciale, les priorités en matière de financement sont dictés par des impératifs politiques loin de toute rationalité économique. Le lien patrimonial distord le fonctionnement normal de la banque.  - Retard technologique : des systèmes d’information obsolètes, des applications “métiers” inexistantes, ce qui ne permet pas la remontée en temps réel de l’information fiable. La faiblesse des réseaux informatiques limitent aussi le partage et la circulation de l’information.
- Déficit organisationnel : les notions de Back-Office, Front-Office, Buisness line, fonction support, Risk management, ALM, sont encore des concepts mal intégrés ou pas du tout dans la culture bancaire publique. Or, une bonne organisation contribue à l’efficacité d’une organisation aussi bien en termes de gestion du temps, de maîtrise des risques que qualité de service  au client.
- Enfin faiblesse du capital humain : il y a une pléthore d’effectifs, qui à un certain moment, doit être dégraissée. Bien sûr, le facteur humain si tant délaissé, “oublié”, demeure pourtant la clé de voûte de la réforme du système bancaire public. Sortir du “socialisme salarial” est indispensable pour attirer les meilleurs vers les banques publiques.
Aujourd’hui, à titre indicatif le classement Jeune Afrique du TOP 200 banques africaines :  il y a quelques années les banques publiques algérienne et principalement la BEA étaient parmi les 10 premières aujourd’hui, elles sont dans le Top 20. Cela est la démonstration que celui qui n’avance pas recule…. car les autres banques africaines qui nous devancent dans le classement  la plus part se sont internationalisées pour trouver  des relais  de croissance  en créant  des filiales en Afrique a l’instar d’EcoBanque ou Atijariwafa etc…. qui se positionnent aujourd’hui comme des modèles bancaires de référence en Afrique.

Comment voyez-vous le parachèvement de la réforme bancaire ?
Concernant le parachèvement de la réforme bancaire, pour revenir au début de notre discussion, je suggère que les pouvoirs publics adoptent un schéma d'organisation global du secteur où l'État serait minoritaire. Dans ce nouveau schéma, il faut que l’État soit minoritaire dans le secteur. On peut imaginer par exemple un modèle où 3 banques publiques interviennent de manière à ce que l'État puisse jouer encore un rôle de régulateur-incitateur dans le domaine industriel agricole et de politique de l'habitat, des infrastructures et de la politique d'aménagement du territoire et de l'espace urbain de manière générale. Ces trois banques peuvent faire l'objet d'une ouverture partielle du capital via la Bourse, tout en gardant la majorité. Pour le reste, il serait judicieux de leurs trouver des repreneurs étrangers de renom, aux 3 autres banques, bien que la conjoncture ne soit plus aussi  favorable à de telles acquisitions. En fait, elles sont encore engluées dans des considérations de liquidités et de solvabilité induites par les nouvelles normes bâloises. Néanmoins, si les pouvoirs publics pourraient convaincre des banques de la qualité de Banco Santander l'espagnole d’acquérir les actions de ces banques, ce serait un acquis considérable. Cela boosterait la concurrence dans le secteur et pousserait les banques publiques à se comporter selon les règles de la commercialité. Il faut aussi impérativement avoir un ou deux groupes bancaires algériens qui soient capables de s’internationaliser vers l’Afrique pour créer une dynamique  économique avec des pays africains et même avec des bureaux Europe pour capter la ressource financière. Je pense qu'il faut oser dans ce domaine, nous avons déjà assez perdu du temps. Dans une seconde étape, il faudra préparer ces banques à s'internationaliser et à intégrer graduellement la globalisation financière.


K. R.

 


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