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Économie / Dossier economique

Samira Bekhti, Experte en politiques publiques et santé, membre du Collectif NABNI

“La transparence et la concertation sont les clés pour réduire l’opposition aux réformes”

© D.R.

Dans cet entretien Samira Bekhti, membre du Collectif Nabni, revient sur les carences du dialogue et la concertation économique et sociale. Selon elle, le principal frein à notre développement économique et social n’est autre que l’actuelle gouvernance publique.

Liberté : Avec un CNES léthargique, une tripartite discréditée et des cercles de réflexions, à l’instar de Nabni, marginalisés, ne pensez-vous pas que le dialogue et la concertation économique et sociale sont au point mort ?  
Samira Bekhti : Le dialogue et la concertation ne sont pas des fondements de notre gouvernance publique, contrairement aux apparences. Certes, les corps intermédiaires, des experts et représentants de la société civile sont régulièrement sollicités dans des consultations devenues des rituels bien rodés… mais sont-ils pour autant entendus ? Qu’en ressort-il effectivement? Concrètement, alors que la baisse du prix du baril a ébranlé les fondements de notre modèle économique et menace notre niveau de vie, nous ne savons absolument pas quelles réformes le gouvernement souhaite entreprendre pour à la fois gérer la crise actuelle et transformer notre modèle de développement économique et social. Que penser de la façon dont les politiques publiques sont élaborées, alors que le nouveau modèle de croissance, initié à grands renforts de communication, autour d’une task force d’experts reconnus, n’a même pas été rendu public ? Si nos gouvernants pensent qu’ils n’ont rien à gagner à mettre en place un processus de dialogue avec l’ensemble des composantes de la société civile, ils se trompent lourdement, pour au moins deux raisons. Premièrement, l’ampleur de la crise appelle des réformes profondes, et douloureuses socialement pour certaines. L’État et le gouvernement risquent d’être confrontés à de fortes résistances, voire à des oppositions, notamment de la part des “innombrables poches de rente” qui se sont développées et renforcées durant les années d’abondance financière. La transparence et la concertation sont les clés pour réduire l’opposition aux réformes. C’est d’autant plus vrai dans une situation où les institutions apparaissent faibles, vulnérables à l’influence d’intérêts privés divers. Deuxièmement, le succès des réformes est tributaire de l’engagement de l’ensemble des composantes de la société, et là encore, sans transparence et concertation, cet engagement risque d’être limité. Par exemple, l’impérieuse réforme fiscale à mettre en œuvre, et l’élargissement de l’assiette ont de grandes chances d’être confrontés à une faible coopération des contribuables si ces derniers ne sont pas convaincus que l’impôt sera équitablement prélevé, et surtout correctement utilisé, en toute transparence. En définitive, le principal frein à notre développement économique et social n’est autre que l’actuelle gouvernance publique : il est impératif et désormais urgent de la réformer. Les propositions en la matière sont nombreuses, et Nabni y a contribué en 2013 à travers son Manifeste : à quand leur mise en œuvre ?
 
Dans sa contribution à la tripartite de juin 2016, le collectif Nabni avait plaidé pour un vrai dialogue ouvert sur le nouveau modèle économique afin que toutes les parties se l’approprient. Avez-vous été entendus ?
Vraisemblablement non, puisque par exemple les travaux concernant le nouveau modèle de croissance n’ont pas (encore ?) été rendus publics.

Qu’est-ce qui empêche l’émergence de concertations économiques et sociales fédératrices en Algérie ?
Pour des concertations économiques et sociales fédératrices et constructives, plusieurs conditions doivent être réunies. Tout d’abord, une société civile (citoyens, intellectuels, universitaires, syndicats, entreprises, médias...) cohésive, qui assume sa part de responsabilité individuelle et collective. Sommes- nous prêts à renoncer à certains acquis, à certaines rentes de situation pour mettre en place les conditions d’un véritable changement et le diffuser dans toutes les strates de notre État, de nos institutions, de notre administration ? La société civile, composée d’Algériens et d’Algériennes éduqués, matures, ouverts sur le monde, doit maintenant jouer pleinement son rôle. Elle ne peut plus attendre que l’État se réforme seul, sans l’émergence de la “citoyenneté”, c’est-à-dire au sens littéral d’un réel engagement du citoyen dans la gestion des affaires du pays, aussi bien au niveau local que national. 
Deuxième condition : un État, des institutions et une administration solides, suffisamment robustes et outillés pour alimenter et animer le dialogue et la concertation, et les traduire en actions concrètes et mesurables. Autrement dit, une administration capable de mettre en œuvre les changements pour améliorer le fonctionnement et la qualité de nos services publics, au bénéfice de tous les citoyens. Troisième condition, enfin : la confiance dans l’État, les institutions et les gouvernants. Confiance dans leur capacité à assumer le mandat confié par les citoyens, confiance dans leur capacité à tenir leurs engagements et à rendre des comptes aux Algériennes et aux Algériens. Confiance aussi dans leur capacité à façonner l’Algérie de demain, celle de nos enfants et de nos petits-enfants. C’est tout le sens de notre projet Algérie Rêvée, entamé en 2016 : il nous permet d’entrevoir d’autres avenirs possibles dans de nouveaux secteurs économiques, dans l’éducation, le sport, ou encore la santé et le vivre-ensemble.  


S. S.


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